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EN CAS DE GUERRE

Coosidérations géoérales.

614. L'armée active portée à son effectif de guerre, ainsi que nous l'avons dit, chap. 30, et comme nous l'expliquerons plus loin» chap. 37, doit être, dans un délai extrêmement court, mise en état de mobilisation et prête à partir, en totalité, pour les destinations qui lui seront assignées. Elle ne peut conserver aucune attache à l'intérieur, aucune préoccupation pour ce qui s'y passera, ni pour ses ravitaillements de toute espèce. Son rôle est de se porter le plus rapidement possible aux frontières, sans autre souci que cette opération capitale.

Du jour oîi l'ordre de mobilisation est donné, le commandement à tous les degrés n'a plus à se préoccuper que de cette question. Ses soins s'y appliqueront exclusivement. Dès ce moment, il n'y a plus aucune liaison entre lui et le territoire.

En cet instant, les chefs militaires comme les administrateurs, appartonantaux forces actives, devienneut

toatà fait étrangers à ce qui va se passer à rintérieur. Ce serait donc la désorganisation immédiate de tous les services, de toutes les administrations militaires, de tout le commandement (le service des dépôts territoriaux eicepfé). Or, à ce moment, il y a une foule de soins à prendre, d'ordres à donner, tant pour subvenir aux besoins des armées en campagne, que pour pourvoir à la défense du territoire et aux nécessités de l'intérieur.

Ce qui a été une des causes de notre faiblesse, c'est que rien n'était préparé pour ce moment de crise, et que l'armée partie, la vigoureuse impulsion, qui est plus que jamais nécessaire dans toutes les branches, cessa tout à coup. Ce qui constitue un élément de force réelle, c'est que cette interruption ne se produise pas; c'est que tout continue de marcher avec la même activité, qu'elle redouble même, et que tout soit o^;anisé de telle sorte qu'on puisse, pour ainsi dire, ne pas s'apercevoir que l'armée active s'est éloignée.

615. Quelles que soient la valeur du ministre, la bonté de ses bureaux et l'activité du ministère, ils ne sauraient seuls faire face à une situation si complexe. Les gens qui réfléchissent le savaient avant la campagne de 1870. Personne ne peut plus en douter aujourd'hui.

Nous avons déjà insisté sur la nécessité de la décentralisation en temps de paix. Nous y reviendrons encore chap. 41. Cette décentralisation est surtout indispensable au moment de la guerre, alors que le ministère se voit privé d'une partie de ses agents, et que les nécessités sont plus instantes que jamais.

C'est une insigne erreur de penser qu'en de telles occurrences le ministère peut tout faire, tout préparer.

tout diriger, dans Tensemble et dans le détail ; résoudre des milliers de questions chaque jour; entretenir une correspondance infinie avec une foule d'agents ignorant ce qu'ils ont à faire, ou avec des services désorganisés.

La raison et la pratique s'élèvent également contre cette funeste aberration. Toutes deux nous disent que le ministère est une tête et non un bras; que sa mission consiste à diriger et non à exécuter.

Pour avoir oublié ce principe si évident, on a été conduit à une succession d'ordres, de contre-ordres, de mutations, de variations, qui ont amené un désordre incroyable et une perte considérable de force vive. Le relevé des dépêches émanées du ministère, durant celle dernière guerre, serait assurément bien curieux. Il prouverait irréfutablement ce que nous avançons; mais ce serait une démonstration superflue. Tout le monde à présent connaît la vérité de ces assertions, car tout le monde en a souffert.

616. Pour éviter le retour de cette confusion, il est indispensable de préparer à l'avance des agents d'exécution pour recevoir les ordres du ministère et en assurer les détails, lorsque l'armée aura quitté le territoire.

C'est là un des principes essentiels de notre projet (art. 13). Il exige une organisation permanente du commandement à l'intérieur, en cas de mobilisation.

Il faut qu'elle soit permanente, afin de n'avoir pas à la créer au moment de la crise de la mobilisation, et qu'elle puisse immédiatement fonctionner. La permanence lui est encore indispensable pour que ses membres se tiennent au courant des affaires, connaissent la situation et les ressources et soient en mesure

nonnseulement de prendre le commandemeut, mais d'y rendre d'atiles services dès le premier jour.

Choii da cadre éTentaei.

617. La question budgétaire ne permet pas d'entre* tenir un second cadre à côté du premier, en prévision d'éventualités lentes à se produire. C'est parmi les officiers en réserve ou en retraite qu'on doit choisir ce personnel, pour l'avoir à tout instant sous la main, prêt à fonctionner dans de bonnes conditions.

En temps ordinaire il aurait fort peu à faire, mais pourtant quelque chose. Ces officiers seraient encore initiés, en partie, à la vie militaire, et ils y trouve* raient un intérêt. Qu'on lise ce qu'a écrit, à ce sujet, le général Morand {De V Armée selon la Charte)^ el l'on verra combien cet illustre vétéran de tant de guerres, tenait à donner quelque occupation aux anciens officiers ; à ne pas les laisser dans un éloignement complet de la famille où ils ont passé leur vie , en proie à une oisiveté écœurante, funeste à un grand nombre d'entre eux.

On trouverait là tous les éléments nécessaires pour constituer l'organisation à l'intérieur. Tant qu'ils ne ne fonctionneraient pas, rien ne serait changé à la position de ces officiers. Dès qu'ils seraient appelés à servir, ils reprendraient, à l'instant, les avantages, les prérogatives et la solde de l'activité.

618. Par leur nature même, ces fonctions doivent être volontaires et offrir des garanties. Il est possible de remplir ces conditions.

Les officiers, quittant le service, se retirent d'ordinaire dans le lieu où ils ont leurs affections, leurs in* térèls, leurs relations. Si les fonctions conditionnelles

qu'on leur offre, s'exercent dans cet endroit même, il est évident que beaucoup les accepteront.

D^un autre côté, il y aurait avantage pour la chose publique à ce que les fonctionnaires de ce cadre éventuel fussent connus dans le pays et le connussent bien.

L'intérêt général et l'intérêt particulier peuvent ici se concilier facilement.

Le nombre des officiers en retraite est assez considérable pour qu'on ne puisse être exposé à en manquer.

Il ne s'agit pas de refaire les cadres d'une armée, mais seulement les rouages de commandement et d'administration. Cela ne comprend pas un bien grand personnel, et il est certain qu'il se constituera sans difficulté.

Ce cadre aura les mêmes droits, fonctions et pouvoirs, que celui de l'armée active qu'il doit suppléer.

Son organisation sera la même, pour ne rien compliquer ni modifier. Les titulaires partant en campagne, aussitôt les suppléants entrent en fonctions, et le système continue sans interruption. Tout peut être prévu à T'avance, et la crise de la mobilisation entière dasiorces actives s'effectuer sans secousse, sans difficulté, sans confusion.

Cadre érentuel de commandement.

619. A côté du commandant d'un corps d'armée, il sera choisi parmi les officiers généraux en réserve, du même grade s'il se peut, ou du grade inférieur, ua d'entre eux, qui sera investi du titre de commandant éventuel du corps d'armée de tel endroit.

Les corps d'armée actifs changeront de résidence, mais la commandant éventuel ne se déplacera pas.

En temps ordinaire, il est convoqué et assiste avec voix délibérative au conseil de corps d'armée, siégeant pour l'examen de questions militaires, de travaux, d'organisation, de mobilisation, aGn qu'il soit toujours au courant de la situation.

II peut prendre connaissance de tous les documents essentiels et se faire délivrer des copies de quelquesuns.

Sans se mêler du commandement actif, il doit cependant se tenir au courant de ses agissements, afin de pouvoir le suppléer en cas de guerre.

Le commandant éventuel de corps d'armée doit surtout s'occuper de la réserve, de la mobilisation, des établissements de confection militaire, des ressources de toute nature, des lieux fortifiés et de leur défense.

Il doit connaître sans cesse toutes ces questions, sans y prendre une ingérence directe, tant que le commandant titulaire du corps d'armée est présent. Lorsque celui-ci s'absente, ou lorsque l'emploi est momentanément vacant, c'est le plus ancien général de division qui prend le commandement intérimaire, et non le commandant éventuel du corps d'armée.

Cela se comprend, et la séparation des attributions est nettement définie. Le cadre éventuel n'a pas de commandement en temps de paix. Son action ne commence que du jour oiî l'ordre de mobilisation est donné.

620. Ainsi qu'il vient d'être dit pour le commandement éventuel d'un corps d'armée, on procédera pour le commandement des divisions et des brigades ; on constituera des commandants d'artillerie et de cavalerie de corps d'armée, des officiers pour le service d'état-major, pour l'entretien ou la mise en état des places; pour la surveillance des établissements de

fabrication» aussi bien que des médecins et des commissaires pour les ambulances et pour les approvisionnements.

La délimitation et l'étendue du territoire des corps d'armée seront toujours les mêmes ; mais, tandis que les forces actives changent de résidence en temps de paix, le cadre éventuel au contraire reste territorial, local , et peut sans cesse apporter au cadre actif un concours de renseignements spéciaux fort utiles.

Dans nos récents malheurs, on a fait quelque chose d'analogue. On a rappelé les anciens ofGciers et on les a remis en activité ; mais comme rien n'était préparé ni . organisé, il en est résulté beaucoup de confusion et de désordre. Cela s'est opéré tardivement ; le caprice et la fantaisie, souvent le hasard, ont servi de règle, et en somme tout a périclité ; de grands efforts ont été faits pour produire peu de chose. On a gaspillé les hommes, l'argent, les forces vives, sans de notables résultats.

C'est là surtout ce qu'il faut éviter. Or ce désordre, cette confusion sont forcés lorsque les grandes crises de guerre éclatent et que rien n'est prévu, que personne ne sait ni ce qu'il doit faire ni où il doit aller.

Le cadre éventuel remédierait à cet inconvénient si grave, et cela presque sans frais. Ses membres trouveraient dans une occupation, un titre, une certaine importance, l'espérance d'un emploi à un instant donné, un retour momentané à l'activité, la possibilité de récompenses, l'allocation d'une petite indemnité et enfin la satisfaction de rendre de véritables services, des motifs suffisants, non-seulement pour accepter, mais pour briguer ces fonctions.

Rdl« d«8 dépôts ierritoriiox en temps de guerre.

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