‹ La réforme de l'arméeChapitre 118 sur 142 · Pour remédier au premier inconvénient, il · texte numérisé non relu

Pour remédier au premier inconvénient, il

sufflt cVisoIer la masse des légumes et d'empêcher soa contact avec l'eau.

On y parvient aisément en remplaçant le couvercle des marmites par une boîte à légumes percée à sa base et sur ses flancs d'une multitude de trous. Les légumes s'y cuisent à la vapeur, s'imprègnent de l'osmazôme de la viande, acquièrent du goût et perdent leur acidité*

Non-seulement la confection de la soupe est meilleure; mais elle est encore économique. Une marmite, ne contenant plus les légumes, sert pour 1 33 hommes au lieu de 100. Elle renfermera 20 litres de viande et os« 10 litres de vide et 70 Htresde bouillon. C'est plus d'un demi-litre par homme. De cette manière, on supprime un fourneau sur quatre. Nous rapportons là un procédé pratique qui est appliqué avec succès dans un régiment d'infanterie.

Variété de la noorritiue.

712. Les dépenses accessoires de l'ordinaire sont nombreuses et exagérées, par suite d'une détestable routine. L'éclairage à la chandelle coûte, dans cer* taines compagnies, 1 fr. par jour; certaines autres ne dépensent que 10 cent., en se servant de petites lampes.

Il serait juste que les villes prissent à leur charge l'éclairage au gaz des casernes; ce serait une faible dépense pour elles, et un grand avantage pour l'armée.

La réduction des dépenses, sur les autres fournitures, encaustique, cirage, graisse, etc., peut se faire dans des proportions analogues.

En appliquant rigoureusement le règlement sur les services payés, les absences des hommes, les puni-

tions de prison, etc., on élève un peu le chiffre des recettes.

Par cette double combinaison et le pain mis en commun on a pu, avec de l'intelligence et de la yo* lonté, réaliser des améliorations sensibles.

Pour donner aux hommes un repas le matin, certains corps transforment Tindemnité d'eau-de*vie en sucre et café, et parviennent ainsi à distribuer aux hommes un peu de café, 4 ou 5 fois la semaine, pendant 5 mois.

On arrive à un résultat plus avantageux, avec la soupe à l'oignon préparée d'une certaine façon, et dont le prix est de 1 centime par homme.

Le combustible est obtenu par la réduction de 1 marmite sur 4, grâce à l'adoption de la boite à légumes.

Le pain ne manque pas, puisque les hommes en ont toujours trop, le vendent ou le gaspillent.

On est parvenu, dans le régiment dont nous avons constaté les excellents résultats, à donner trois fois par semaine aux soldats, pour le premier grand repas : une soupe maigre, un morceau de saucisson ou de jambon cuit dans la soupe.

La soupe pour 70 hommes exige 200 gr. d'huile et 4 kilogr. de légumes. Une marmite suffit, en paix, pour 2 compagnies; la soupe se fait en deux heures, et revient à 4 centimes par homme. En y ajoutant 100 gr. par tète» de saucisson ou de jambon, on ne dépasse pas le prix d'une soupe grasse.

Voilà à quoi l'on est arrivé avec un versement de

43 c. à l'ordinaire, que les produits divers élèvent i

44 c. 5. Qu'on juge de ce qu'il serait possible d'obtenir avec la solde que nous proposons (art. 696).

Ce qui manque pour varier la nourriture, ce sont

les appareils de cuisson. Les troupes n'ont que la marmite. Le four est un précieux auxiliaire et est naturellement indiqué.

Dès 1861, à l'exposition de Londres, on a vu des appareils à rôtir, à Tusage des troupes.

Le système Edward Deane, expérimenté pendant 18 mois au 43*, est devenu, avec quelques modifications, l'appareil Cantillon, qui a figuré à l'exposition universelle de 1867. Avec deux de ces instruments, on peut faire un repas pour 6 compagnies en paix, ou donner un repas rôti, sur trois, à tout un régiment (18 compagnies).

La voiture-four à pain de Perkins de Londres, serait, avec quelques modifications, une admirable ressource pour les troupes en campagne. Ces voitures servent à faire le pain, et, dans un cas pressé, on peut y cuire, en une heure, la viande de tout un bataillon. C'est une des inventions qui ont le plus d'avenir pour les armées aux camps de manœuvre ou en campagne.

Boisaoo.

713. L'indemnité d'eau-do-vie est habituellement transformée en café le matin. Les hommes n'ont plus à boire toute la journée que de Teau. Ils en abusent, et nombre de maladies en proviennent. Le traitement de ces malades coûte plus que la légère augmentation que nous sollicitons.

On peut faire une boisson hygiénique et écono* mique avec les marcs de café. Lorsqu'ils sont encore chauds, on y ajoute 500 grammes de café frais par bataillon, et on y verse de l'eau. Dès que l'ébuUition a eu lieu, on décante dans des barils, en y mêlant 100 grammes de réglisse, 5 citrons ou un peu d'acide citrique, quelquefois même un peu d'alcool, puis

on remplit d'eau de manière à avoir un litre par homme.

Le prix de revient est de 2 centimes par litre. 11 y a là une amélioration importante, au point de vue de la santé des soldats.

Foarnitare du pain.

714. L'État fournit aux hommes 750 grammes de pain par jour, et chaque soldat est maître de sa por^ tion. Il ne la consomme pas, tant s'en faut, la gaspille quelquefois et, plus habituellement, la vend secrètement ou ostensiblement. On n'estime pas à moins d'un quart la quantité ainsi inutilisée pour Talimentation. Le remède est de mettre le pain en commun et d'en laisser Tachât aux corps, comme celui de la viande.

Cette mesure n'est pas nouvelle. Elle fut décrétée par l'ordonnance royale du 1^ avril, 1 788 à la suite d'expériences qui en avaient montré les avantages.

En 1850, sous le ministère d'Hautpoul, on reprit l'idée du comte de Saint-Germain. L'application était rationnelle. Les résultats furent satisfaisants. Ce système, mal compris, en butte aux attaques de l'administration qui se croyait menacée, et de la routine rebelle à tout changement, dura peu et disparut avec le ministre qui Pavait intronisé.

L'expérience est bien loin de l'avoir condamné, au contraire. Essayé la veille d'une révolution, en 1788, repris au lendemain de la révolution de 1848, sa pratique s'effectua dans de mauvaises conditions et fut de courte durée.

La cherté croissante des subsistances ramène à oe moyen, qui est évidemment économique. Jamais les circonstances ne furent plus favorables que mainte-* nant pour rentrer dans cette voie.

L'industrie a pris, depuis 20 ans surtout, un développement tel que les anciennes objections élevées contre elle n'ont plus de valeur sérieuse.

Prix de reyieot de la ration.

715. Le prix de revient de la ration de pain de 750 grammes a été, en 1867, de 25 c. 07. Il faut y joindre la dépense d'entretien du personnel et des établissements ; elle s'établit ainsi :

fr.

Solde du personnel des vivres, chauffage et fourrage . . . i, 877 ,842 Habillement et campement de 3,000 ouvriers d'adrainis-

iralion 241,220

Les rations de pain consommées par eux 274,516

Leur part proportionnelle dans les dépenses de casernement, couchage, transport, hôpitaux, prisons, etc., environ 96,000

L'entretien des manutentions^ mobiliers et réserves .... 800,000 Solde et allocations de l'intendance chargée de diriger les

services des vivres ^ 3,39^,795

Total. . . . 6,685,339

Il est certain qu'on peut di miner de beaucoup ce nombreux personnel administratif.

Pour ne rien exagérer, ne prenons que la moitié du chiffre des dépenses indiquées ci-dessus, ce sera une sommede 3,342,668 fr. à répartir sur les 108,854,727 rations consommées en 1867. Soit, par ration, 3 c. 34 de frais accessoires. Le prix de revient réel de la ration est ainsi au minimum de 28 c. 41 pour 750 grammes, ce qui représente 37 c. 88 le kilogr. Les corps de troupes, dans la plupart de leurs marchés, ne dépassent pas 35 c. le kilogr., ce qui mettrait la ration à 26 c. 25. Si doncTÉtat donnait aux hommes les 28c. 41 que lui coûte la ration, les ordinaires bénéficieraient de 2 c. 16 par jour et par homme.

De plus, le pain étant mis en commun, ou est assuré que la consommation du paiu de soupe et du pain de table ne dépassera pas 900 grammes. C'est

one nouvelle plufif-valoe poor rordioairede 3(. 3. »it on bénéfice total de 5 c. 66, ce qoi eA eoasûlénUe et permr.'t d'dpporter one amélioration ti is aotabte à ia nouiTitore de» hommes.

716. L'achat des légomes en gros pour timt ira corpf, par des marchés régoliers, n*est pas d'an piix excessif. Il est douteux que l'on obtienne de meilleures conditions avec les jardins militaires, Celîe idée séduisante a des côtés très-tâcheox. Elle amène des difficultés et dissentiments dans l'intérienr des corps. Elle détourne une quantité de soldats de Tinstruction. Elle entraîne à des abus. Elle est soiioat inapplicable avec de fréquentes mutations des troupes et des séjours prolongés dans les camps.

Des ftpis»

717. La manière de prendre les repas a encore one notable influence sur l'alimentation. Aujourd*hoi, le soldat mange par terre, isolé, assis sur une marche d'escalier ou un seuil de porte. Beaucoup absorbent leur nourriture gloutonnement et salement. Moralement et physiquement il y aurait avantage à changer celte méthode. 11 est facile de faire manger les hommes h table et assis. Ils y auront un certain plaisir, une position plus commode. Ils mangeront moins vite, et la digestion s*opérera mieux. D'un autre côté, ils s'accoutumeront à certains égards les uns pour les antres et prendront des habitudes de propreté.

On réaliserait à peu de frais cette amélioration. U faudrait augmenter le nombre des tables et des bancs dans les chambres, de manière que chacun pût être assis. Cela est encore nécessaire pour Tinstruction élé* mentaire (voir chap. 46). II existe dans les casernes en-

viroa la moitié des tables et des bancs nécessaires. 11 manquerait à peu près 15,000 tables et le double de bancs. La dépense de premier établissement peut s'évaluer à 300,000 francs, et son renouvellement par trentième occasionnerait un surcroit de dépense annuellede 10,000 francs, c'est-à-dire fort peu de chose.

Chaque homme possède un couteau, une cuillère, un gamclon qui, modifié, peut former deux assiettes, et un quart qui remplace le verre.

Les marmites de campagne serviraient à apporter séparément la soupe, puis la viande et les légumes pour 8 hommes; les petits bidons renfermeraient la boisson. Chaque escouade formerait une table, et son outillage serait ainsi complet sans dépense appréciable.

La conséquence de ce système impose l'obligation de commander le service par escouade, ce qui se fait en guerre et devrait s'effectuer en garnison.

Des ablutions.

718. La propreté est une des causes du maintien de la santé. On n'y veille pas assez dans les corps de troupes. Pourvu que les hommes se lavent à peu près la figure et les mains, on se montre satisfait. Cela ne suffit pas. Il faut laver fréquemment le corps. On y pourvoit par deux procédés différents. Rien ne serait plus simple que d'avoir dans une salle des robinets à pomme d'arrosoir où les soldats viendraient faire un peu d'hydrothérapie le matin en se levant. Les bains froids sont une excellente chose dans la belle saison. Dans la mauvaise, il est possible de donner dés bains chauds. Cela s'est fait et par conséquent l'expérience a prononcé. ,

On se sert de petits cuviers au lieu de baignoires. L'homme s'y asseoit les jambes croisées. On lui donne

dix litres d'eau chaude et autant d'eau froide. Puis avec une gros'se éponge il se lave le corps.

Avec un service bien monté et un peu d'habitude, chaque homme prend un de ces bains tous les vingt jours et môme tous les quinze jours. Chaque baio exige 180 grammes de charbon, soit, pour un régiment d'infanterie de 1710 hommes, 307 k. 8 par quinzaine et pour huit mois 4,925 kilogr. A 35 fr. la tonne., ce qui est cher, la dépense serait de 175 francs par an. La masse générale d'entretien pourrait la supporter. Elle s'en trouverait couverte par un moindre nombre de doublures d'effets à remplacer.

Les effets de cuisine hors de service , les vieilles doublures, etc., peuvent servir de torchons. Il est facile de donner en paix une serviette à chaque homme pour s'essuyer. C'est une dépense de 0,50 par an, et la masse individuelle peut la supporter.

Ou couchage.

719. Le couchage des troupes laisse à désirer. On sait que les châlits sont des réceptacles à puoaif^es, incommodité considérable pour les soldats. Les lits, constamment à la disposition des hommes, se salissent par diverses causes, et il en résulte une dépense énorme pour les masses individuelles. Les chambres sont obstruées par cette quantité de lits. On ne peut pas y faire manger les hommes ni les transformer ai salles d'école élémentaire, ni s'y livrer à des exercice de pointage aux chevalets.

En cas de mouvements fréquents, il y a une grande difficulté et une perte de temps notable pour prendre et rendre tous les effets de coychagc. Plus on en change, plus la dépense est grande pour les honunes. Enfin les frais de couchage sont considérables.

Par tous ces motifs on est conduit à penser que le système actuel ne répond pas aux besoins et qu'il est très-coûteux. Le prix de location actuelle, déduction faite du blanchissage, s'élève à 23 pour cent par an, soit à plus de 10 francs par homme, non compris les dépenses imputées aux masses individnelles.

On est ainsi ramené à l'adoption des hamacs, déjà plusieurs fois préconisés et essayés.

Ils consisteraient en une forte toile rectangulaire accrochée au mur par deux des angles. L'autre extrémité serait soutenue par un petit tréteau en fer et retenue par une corde partant d'un des anneaux d'angle, passée dans un anneau fixé au sol et revenant s'attacher à l'anneau de l'angle opposé.

Sur cette toile reposerait un petit matelas. On y ajouterait une paire de draps avec une couverture, et Ton aurait un excellent couchage. Ces hamacs peuvent se laver, et, par conséquent, la vermine y serait moins à redouter.

Au réveil, les hamacs se roulent et restent ainsi que les tréteaux accrochés au mur. Les chambres se trouvent vides et disponibles pour y installer des tables et des bancs, soit qu'il s'agisse des repas, soit que l'on se livre à l'instruction élémentaire. A ces avantages vient se joindre celui de l'économie.

720* La fourniture de soldat vaut environ 46 fr. 50, son prix de location est de 6,745 comme entretien et de 3,90 comme occupation, total 10,645, soit 23 pour cent de loyer, sans compter le prix des taches et dégradations qui constituent un profit énorme pour la compagnie.

Le hamac complet reviendrait à 38 fr. 50 seulement, et il semble qu'en allouant 15 pour cent pour frais de location et d'entretien oa 5 fr. 80 on agirait largement.

Comme les troupes passeront au moins quatre mois au camp, il ne faudrait compter que les deux tiers de cette somme. Mettons les trois quarts ou 4 fr. 35. On trouverait même à meilleur marché eu supprimant Im compagnie générale des lits militaires et traitant, dans chaque garnison ou arrondissement, ayec de petits entrepreneurs.

L'application du système des hamacs produirait une économie de plus de moitié.

Les aspirants auraient un ameublement semblable à celui des adjudants. On les placerait par deux ou par un, suivant Timportance des chambres.

Les hommes à l'infirmerie auraient des lits comme ceux donnés actuellement à la troupe; ceux à Thôpital auraient des fournitures plus soignées.

D'après Teffectif que nous avons indiqué les dépenses de couchage s'élèveraient :

pour 7,4S4 aspirants à 12 fr. 97 96,808 fr.

pour 316,145 hommes pendant 8 mois, 4 4 fr. 35 I,375»230

pour 27,4f4 fournitures d'hôpital à lî fr. . 329,89î

pour 8,700 fournitures d'infirmerie 4 8 fr. 69,600

Total. . . 1,871,530

On supprimerait, bien entendu, toutes les demifournitures dans les salles de discipline, dans les pénitenciers et dans les prisons. 11 ne doit pas y avoir autre chose qu'un lit de camp.

Le nombre des corps de garde sera fort restreint, lisseront éclairés au gaz aux frais des villes et chauffés par elles. Le mobilier est inutile, l'officier est pourvu de son outillage de campagne et n'a besoin de rien ; les soldats ont un lit de camp, cela suffit. Les capotes de factionnaires seront prises parmi les capotes de troupe hors de service. 11 ne doit point y avoir de

capuchon. Un homme en sentinelle est tenu de veiller, autrement il ne sert à rien ; en conséquence il ne doit pas avoir la tète enveloppée.

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