‹ La réforme de l'arméeChapitre 15 sur 142 · SUPPRESSIONS · texte numérisé non relu

SUPPRESSIONS

84. Tout en conservant ce qui est bon dans l'ancienne organisation, il y a des portions à supprimer complètement, et d'autres h modifier profondément. Avant d'exposer le système que je propose, il est nécessaire d'indiquer les suppressions et transformations indispensables, en les motivant par quelques courtes considérations.

Inralide».

85. Cette institution coûteuse devient sans but, depuis rélévation du taux des retraites. Le nombre des invalides diminue chaque année. Ceux qui sont sans famille peuvent être placés dans les asiles départementaux pour les vieillards et les infirmes. La dépense sera beaucoup moindre que celle de 2,000 fr., qu'enlratne chaque homme entretenu à rhdtcl des Invalides.

On fera du même coup disparaître de nombreuses

sinécures occasionnant des frais aussi inutiles qu'onéreux pour le trésor.

Compagnies de Télérans.

86. Il ne reste plus à présent qu'une compagnie de gendarmes vétérans. Elle n'^a absolument aucune utilité, c'est une dépense sans avantage ^ucun. El}e est à supprimer*

Compagnies d'ouvriers d'artillerie.

87. Les 10 compagnies d'ouvriers d'artillerie , h compagnie d^ouvriers du génie, les compj^gnies d'artificiers, la compagnie d'armuriers à Alger, organisées en corps de troupes et commandées p^r des officiers, n'ont aucune raison d'être. La routine seule les maintient.

Les établissements de construction doivpnt iitiliser le plus possible l'industrie libre, topjours moins coûteuse que la régie directe. On le fait pour les poudres, les fonderies, )es projectiles, les manufactures d'armes. On peut donc étendre ce système à des voitures, des outils, etc.

Dans les arsenaux conservés, pourquoi ne pas prendre des ouvriers civils, travaillant sous les ordres de gardes, chefs' d'atelier? Ils reviendront n^oinq cher que des ouvriers militaires, et ne grossiront pas les chiffres des non-valeurs.

Enfin, s'il ét^it nécessaire de maintenir exceptionnellement quelques ouvriers militaires, attachés aux établissements, ils n'ont besoin que de gardes, chefs ouvriers, pour les diriger, et les officiers sont superflus. Il y a là une économie importante à réaliser.

BemoDtes.

88. L'acquisition des chevaux a pris successivement un luxe de formes, de personnel et d'établissements.

sans aucun rapport avec le service fait. C'est une erreur de croire que l'acheteur est obligé d'aller trouver le vendeur. Quand l'acheteur est l'État, le vendeur qui a besoin de se défaire de ses animaux , viendra toujours où l'on voudra.

Les écoles de dressage n'ont absolument rien dressé, et quand elles dresseraient les chevaux, ce serait à un prix de revient excessif.

Il y a dans les remontes, hors cadre, et dans les compagnies de remonte :

1 colonels 39,012 fr.

2 lieutenants-colonels 13,294

12 chefs d'escadron 66,000

51 capitaines 178,200 \ 4&2,f06 fr.

14 lieatenanu 33>600

30 soos-lieatenants 57,000

30 vélérinaires 95,000

On entretient en France et en Algérie 9 compagnies de remonte, d'un effectif d'environ 2,700 hommes, dont la dépense moyenne annuelle est de 1 ,944,000 fr.

Il y a 23 dépôts de remonte, plus 3 dépôts d'étalons en Algérie.

Outre les officiers hors cadre on y emploie 56 capitaines, 26 lieutenants détachés de leurs corps, ce qui porte le personnel officiers à 228. Tous reçoivent un supplément do solde qui s'élève pour l'ensemble à 278,000 fr.

En joignant aux frais précédents l'entretien courant des dépôts et celui des bâtiments (266,000) on a une dépense d'environ 2,970,000 fr. Comme on achetait en moyenue 9,500 chevaux par an, il en résulte que le service des remontes coûte 310 francs par animal acheté.

Ces chevaux, pris à quatre ans, sont conservés dans les dépôts ou dans les corps, pendant un an, sans rendre aucun service. Le prix de leur ration, ferrage.

logeraenti harnachement, médicaments, n'est pas inférieur à 2 fr. par jour. Le prix de revient du cheval entrant réellement en service à 5 ans s'augmente de 310 fr. des frais du service de remonte, et de 730 fr. de nourriture, etc., total 1040 fr.

89. Si Ton n'achetait que des chevaux de 5 ans, au moins, habitués à la selle et au cavalier, prêts à entrer dans le rang, l'État pourrait les payer 500 fr. de plus qu'à présent, et il y gagnerait encore plus de 500 fr. par cheval. L'économie dépasserait 7 millions par an, et près de 3,000 cavaliers slnécuristes disparaîtraient de l'effectif.

Dans l'organisation que nous proposons, les troupes seront réparties en corps d'armée, en paix comme en guerre. Le général commandant la cavalerie du corps d'armée, serait en même temps le directeur des remontes de ce corps, sous les ordres du commandant du corps d'armée, qui lui transmettrait les instructions du ministre. On opérerait ainsi en paix, comme on agit en guerre.

Les achats s'effectueraient dans tous les corps montés. Des commissions annuelles d'officiers et de vétérinaires siégeraient tous les jours aux époques nécessaires, dans la cour de chaque quartier, et examineraient les chevaux qui leur seraient présentés.

Ceux achetés, seraient immédiatement payés par le trésorier du corps et mis en subsistance dans le corps. Compte rendu immédiat des opérations serait transmis télégraphiquement au général commandant la cavalerie du corps d'armée, qui ferait diriger les animaux sur les corps auxquels ils conviendraient.

Les chevaux reconnus impropres à leur destination seraient changés d'arme ou de corps aux frais de la commission d'achat. Ceux qui seraient impropres à

tout service, resteraient pour compte à la commission d'achat.

Dans diverses campagnes, on a formé ainsi des commissions d'achat au moyen d'officiers pris dans les corps de troupes, et on s'en est bien trouvé.

11 n'y a pas de raison pour que des commissions régulièrement instituées ne donnent pas de bons résultats.

Parquets perminents.

90. Les parquets militaires permi^nents confiés à des officiers en retraitp ne paraissent pas avantageux. C'est une dépense inutile. Cest une institution de p^ix non applicable en guerre et, par conséqnont, en désaccord avec le prippipe fondamental de l'organisation d'une armée (art. 1 et 22). Elle empêche, en outre, les officiers en activité de s'initier aux détails de la justice et de connaître les lois. 11 faut qu'en paix comme en campagne, les officiers soiept chargés de la justice, tout en faisant leur service.

Avec des greffiers exercés, tenant en ordre les archives, tout officier intelligent peut être membre d'un parquet. C'était l'ancienne législation de l'armée, et on n'y a dérogé qpe pour augmenter le nombre des sinécures.

Alelien el pénitenciers.

91. Les ateliers de travaux publics et les pénitenciers doivent être dirigés par des agents du service des prisons et non par des ofiiciers. Il est inutile de distraire du service des ofliciers, pour les employer à une mission peu en rapport avec leur situation et avec leurs aptitudes.

Parcs de coiitrttction dei éqoipaits.

92. Les établissements de construction du train des équipages n'ont pas de motifs d'exister. Les voitures

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de ce service peuvent être construites dans les mêmes arsenaux que celles de TartîHerie ou du génie et par les mêmes agents, soit qu'on opère en régie, soit qu'on utilise l'industrie.

Ce grand nombre d'établissements différents, destinés à produire des objets analogues, entraine des dépenses considérables, des directeurs, des comptables, des agents, des logements, des états-majors, des sinécures, c|ui doivent disparaître. La suppression des parcs de construction de Vernon, de Ghâteauroux et d'Alger, est naturelle, logique et économique. Les compagnies d'ouvriers des parcs des équipages, commandées par des ofliciers, ne peuvent plus exister par les raisons détaillées art. 87.

Capitaioes d'artiUerie en résidence fixe.

93. D'après le principe que les corps de troupes doivent pourvoir à tous les services en temps de paix, les capitaines d'artillerie en résidence fixe ne sauraient être maintenus. Us trouveront leur place dans les dépôts tierritoriaiix (cbap. 39).

État-major des places.

94. L'état-major des places n'est plus nécessaire dans une armée organisée en paix comme elle l'est en guerre. Ces états-majors sont souvent une source de conflits. Ils constituent une autorité en dehors des corps de troupes et du commandement. Ils ne servent à rien dans les places en état de guerre. On ne saurait voir dans celte création qu'une retraite anticipée donnée à des officiers fatigués du métier militaire.

Les troupes doivent faire elles-mêmes, avec leurs propres ressources, le service de place.

Les officiers qui, pour des motifs quelconques, dé-

sirent une existence sédentaire seront placés dans les dépôts territoriaux (chap. 29).

Les employés secondaires du service des places, tels que les caserniers, éclusiers, portiers-consignes, etc., passeront au titre de Tartillerie.

Aumôniers.

95. Les aumôniers militaires sont un embarras dans les armées et une superfluité en temps de paix. Les militaires sont libres, comme tous les citoyens, de fréquenter les églises ou les temples, les synagogues ou les mosquées et de recourir à un ministre de leur culte, s'ils le jugent à propos. U n'est pas nécessaire d*en avoir de spéciaux pour l'armée.

Les ministres des différents cultes ont pour mission de visiter les prisons et les hôpitaux, qu'ils soient militaires ou civils. Il n'en est pas besoin de spéciaux. Ce sont là des sinécures sans objet et qui entraînent une dépense inutile.

ÉUbUssemMU miliUtm.

90. Il existe beaucoup de bâtiments militaires dont l'utilité est loin d'être constatée. La plupart ne constituent que des habitations, principalement pour des officiers ou des gardes de Tartillerie et du génie.

Ainsi, ou voit dans la même place un logement pour le directeur d'artillerie, un autre pour le directeur de l'arsenal, un pavillon pour les gardes, souvent aussi d'autres habitations pour le général d'artillerie, le chef d'état-major et parfois môme l'inspecteur général qui vient y passer quelques semaines chaque année.

Ces logements ont souvent des jardins et sont toujours très-complets. Le prix de leur construction, du terrain sur lequel ils s'élèvent, et de leur entretien annuel, représente un loyer qui, pour un colonel di-

recteur, dépasse parfois 12,000 fr., alors que l'État n'accorde que 1000 fr. au colonel d'un corpsde troupes.

II y a là un abus à réformer radicalement en faisant rentrer tout le monde dans le droit commun.

On remarque, en outre, un grand nombre d'établissements déclassés; on les conserve et on les entretient, on ne sait pourquoi. Beaucoup de petits magasins dans une foule de petites places consomment notablement pour leur réparation, sans profit aucun pour l'armée.

Il faudrait se débarrasser de tous ces immeubles, que les villes achèteraient à un haut prix, ou les affecter à un service profitable à l'armée, tel qu'il sera indiqué art. 397 et suivants.

Places fortes.

97. Les places fortes sont au nombre de 152 envi« ron. La plupart sont inutiles, sans valeur, mal placées ou insuffisantes. Il est nécessaire de prendre un parti radical et de supprimer une forte proportion de ces forteresses plus nuisibles qu'utiles. Les villes acquerraient volontiers ces terrains militaires qui s'opposent à leur expansion et les paieraient facilement avec un système d'annuités.

Il en résulterait pour le trésor des ressources immenses, à l'aide desquelles on organiserait parfaitement un petit nombre de places, ou de vastes camps retranchés ; on compléterait les grands établissements conservés; on achèverait l'outillage et le matériel complet de l'armée ; on procurerait dans les gites d'étape des terrains de campement, et près des lieux de garnison de vastes polygones ou champs de manœuvres pour l'instruction des troupes (Voir chap. 44 et 49).

On réduirait ainsi de plus de moitié le service d*entretien, de construction , d'amélioration et de conservation, de rartillerie et du génici et par conséquent le personnel qui y est attaché. L'économie à réaliser se chiffre par des millions.

Il est certain qu'avec 00 points au plus, sérieuse*roent fortifiés, la défense de la France pourrait ùlve beaucoup mieux assurée qu'avec la quantité de places défectueuses actuelles et à bien moins de frais.

Cantinières.

98. L'institution des cantinières, conservée par la tradition, n'a que des inconvénients. Elle entraîne des discussions chez les sous-officiers, des abus de bien des genres, un encouragement à l'ivrognerie et un encombrement des bâtiments militaires. En campagne, elle produit une masse de voitures lourdes, mal attelées, marchant mal, qui augmentent les con* vois. Dans une armée de 150,000 hommes, on trouve environ 450 voitures de cantinières.

Le mari de la cantinière ne fait pas de service. Elle réclame un cuisinier et habituellement un homme pour servir; total, trois hommes supprimés pour le service.

Les sous-officiers peuvent très-bien vivre en popotte, avec un cuisinier à eux par bataillon ou demibataillon, escadron ou batterie, comme cela se fait en campagne, et la cantinière n'est nullement nécessaire pour leur alimentation.

Enfin, si Ton croit utile que les soldats trouvent une cantine à proximité de leurs quartiers ou de leurs bivouacs, on peut autoriser un débitant quelconque h s'établir près du quartier ou à suivre l'armée en dehors des colonnes. On les révoque ou on les renvoie comme on veut; on a une action sur eux, tandis qu*on

u'ed possède aiieune stir les cantinières. C'est une institution abusive à faire disparaître complétehient.

Enfants de troupe.

99. Les résultats ne sont pas conformes aux espérances fondées sur Tinstitution des enfants de troupe. Ils reçoivent une déplorable éducation et, pour la plupart, tournent assez mal. Ils sont un grand embarras dans les corps et coûtent aussi cher que des hommes.

Leur nombre s'élève à 5, Si 53 environ.

En les supprimant, on pourrait, sans surcroit de dépense, entretenir, à leur place, 5,000 combattants réels qui rendraient infiniment plus de services.

On obtiendrait, d'une autre manière, le résultat cherché, qui est surtout de soulager les parents, en leur accordant des bourses ou demi-bourses dans les écoles ou institutions. L'État y gagnerait, et les enfants encore plus. Les troupes bénéficieraient de n'avoir plus cet embarras, et les parents n'y perdraient rien, au contraire.

École de la Flèche.

100. Le collège militaire de la Flèche est destiné paiement à soulager les militaires pautres, en ce qui eoncerne l'instruction de leurs eilfants. Le but était louable, l'application est mauvaise.

On militarise trop tôt de jeunes iritelligencei^, et on 1m faussé. On leur enlève prématurément l'éducation de la fdmille, pour ne leur donner que TinstrUction officielle. Les résultats ne sont en rapport hi avec la dépense, ni avec l'intérêt de l'armée, ni avec celui des enfants. Le droit commun est toujours préférable aux systèmes d'exception; Donc, pas de collège militaire sous aucune forme. Secours aux militaires, dont

la position est digne d'intérêt, par des bourses dans les établissements d'éducation ordinaires. Ce sera moins coûteux pour l'État, les enfants seront conservés à la vie de famille, et cette influence salutaire sera tout au profit de l'armée, s'ils y deviennent officiers plus tard.

Établi ssemenU de la Légion d'honnear.

i 0 i . Les mêmes considérations peuvent être invo^ quées, et avec bien plus de force encore, à Tégard des maisons d'éducation pour les filles des légionnaires. Elles causent des dépenses très-grandes et donnent de médiocres et souvent bien tristes résultats. Ces maisons spéciales, fausses créations, sont à supprimer et à remplacer^par des bourses dans des institutions ordinaires.

Chancellerie de la Légion d'honnear.

102. La cbancellerie de la Légion d'honneur, immense institution bureaucratique, présente, au plus haut point, tous les caractères de l'inutilité et du parasitisme. Cette administration s'est développée presque à l'égal d'un ministère ; elle devrait tout au plus former un bureau au ministère de la justice. Est*il donc si difficile de tenir le contrôle des gens décorés? Et il n'y a pas autre chose à faire. Quant aux questions de déchéances, elles seraient infiniment mieux jugées par des magistrats que par des militaires. La suppression des établissements de la Légion d'honneur et de son budget produirait plusieurs millions d'économie.

TraiUmenl de la Légion d'honneur.

103. La décoration est essentiellement une dis* tinction honorifique : c'est l'amoindrir que d'y attacher un intérêt pécuniaire. Tout au plus, pourrait-oa

admettre que le légionnaire en retraite touchât un supplément de pension; mais, en activité, la croix ne doit pas être rétribuée.

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