COMMANDEMENT
Grades difen des oflSeiers généraux.
121. L'organisation permanente des corps d'armée en paix, aussi bien que l'intérêt de la discipline, semble motiver l'adoption de quatre catégories d'officiers généraux, comme cela existe dans beaucoup d'armées étrangères. Il faut, en effet, que le commandement soit toujours incotitesté, et le grade seul permet d'y arriver. L'ancienneté dans le grade, ou la fonction conférée par lettre de service , ne suffit pas toujours et ne doit s'appliquer qu'à des situations temporaires. Il
y aurait donc lieu de créer le grade de général de corps d'armée parmi lequel seraient choisis dans des cas exceptionnels quelques hommes particulièrement éminents, pour être revêtus de la dignité de maréchal de France.
Le nombre des officiers généraux ne serait pas augmenté, on mettrait seulement d'accord le grade avec les fonctions.
Conseil de la guerre.
122. Les comités d'armes ont des inconvénients nombreux. Les principaux sont la spécialité, le travail isolé dans un esprit exclusif, Tamour-proprc, les prétentions ou les rivalités d'armes et l'impossibilité de juger les questions au point de vue de l'intérêt général de l'armée. Les comités entretiennent et favorisent le sentiment de particularisme dans les armes diverses, au lieu de pousser à l'unification désirable de l'armée.
Il y aurait avantage à les supprimer et à les remplacer par un conseil supérieur de la guerre, dont la présidence appartiendrait au ministre de la guerre, et à son défaut au sous-secrétraire d'Etat de la guerre, chef d'état-major général de l'armée (voir chap. 41).
Cette institution n'est pas nouvelle. Elle existait en France avant 1789.
I^e conseil de la guerre pourrait comprendre, outre le ministre et le chef d'état-major général de l'armée :
1 général de corps d*arméei
2 généraox de division,
3 générai» de brigade,
4 colonels.
Son fonctionnement et ses attributions» concernant surtout les mouvements , les opérations, l'instruction, seront exposés chap. 41 .
Institut militaire.
123. Pour l'étude et le perfectionnement de la science militaire, l'examen de toutes les propositions ou inventions, aussi bien que pour exciter l'émulation et développer l'instruction dans l'armée, il serait bon de former un institut militaire, organisé comme toutes les autres académies scientifiques, artistiques ou littéraires. Essentiellement consultatif, il ofTrirait une réunion d'hommes instruits, travailleurs, et par conséquent compétents pour émettre des avis judicieusement motivés sur toutes les questions touchant à l'organisation de l'armée. La constitution de l'institut militaire sera traitée chap. 48.
Effectif des oiBciers géoénux.
124. L'effectif des généraux doit être calculé sur le chiffre des besoins constatés d'après l'organisation de l'armée. II ne peut y avoir de fonctionnaires inutiles.
Ces besoins s'établissent ainsi qu'il suit :
i* Généraux de eorpi d'armée.
Pour 18 corps 18
i chef d*éUit-inajor ffénéral de Tannée I
i membre du conseil de la gaerre 1
2* Généraux de dMeion.
Pour 36 divisions d'infonterie 36
Pour 4 divisions de cavalerie 4
2 membres du conseil de la gaerre 2
Pour les missions ou remplacements 8
3^ Généraux de brigade.
Pour 72 brigades d'inranterie 72
Pour 18 commandements d'artillerie de corps d'armée. AS
Pour 18 commandements de cavalerie de corps d'armée. 18
Pour 8 brigades de cavalerie 8
Aides de camp de commandants d'armée 4
Membres du conseil de la guerre 3
Commandants d'écoles militaires 4
Pour les missions ou remplacements 13
Aptitude k tous les eominaiideineots.
125. Ce chiffre d'officiers généraux n'est nullement proportionnel aux diverses armes. C'est un principe posé art. 17, que les généraux doivent être aptes à tous les commandements, et qu'ils leur seront donnés sans distinction d'origine. Il y aura tout avantagea les faire alterner de commandement, surtout dans le grade de général de brigade , pour les familiariser avec les différentes armes. Toutefois, au début, il pourra y avoir de nombreuses exceptions.
Suppression des grandes fonetioos dans les armées.
120. Les considérations déjà indiquées aux art. 46 et 75 conduisent à retrancher dans les armées ces grands services qui y existent actuellement. Leur influence trop considérable énerve l'autorité du commandant en chef, par des correspondances latérales avecle ministre ; par une multitude de questions de détail qui, obligées légalement de passer par le commandant d'armée, sont résolues en réalité selon des vues particulières souvent en désaccord avec celles du commandant en chef ; par l'esprit de partie ulariE me qui tend à l'absorption ; par la présence enfin de trop hautes personnalités qui gênent le commandant en chef.
Dans les idées de décentralisation que nous cherchons à faire prévaloir, toutes les affaires de détail s'arrêteront au commandant du corps d'armée, près duquel il y a des chefs de service pour les étudier et l'aider à les résoudre.
Le commandant en chef prend des décisions gêné* raies, pose des règles , indique la façon de procéder, et les commandants de corps d'armée en font l'application aux cas particuliers qui se présentent sans avoir besoin d'en référer au commandant en chef. Cette mé-
thode rend inutiles toutes ces charges de chef d'étatmajor général, commandant de Tartillerie, commandant du génie , chef d*état-major général de l'artillerie, chef d'état-major général du génie, intendant général, commandantdu quartier général, grand prévôt, commandant supérieur du train , médecin en chef, pharmacien en chef, vétérinaire en chef, etc., etc.
Leur suppression fait recouvrer au commandant en chef sa liberté morale et physique. Il n'a plus à correspondre qu'avec les commandants de corps d'armée seuls. II est débarrassé d'un fardeau énorme (qu'il abandonne le plus souvent à ses chefs de service) et il n'amoindrit en rien son pouvoir, incontestable et absolu, de prononcer sur toutes les questions de principes ou essentielles. — Son esprit, délivré de la multitude des soucis secondaires, peut s'appliquer aux grandes idées, aux combinaisons, aux vues élevées. Sa personne, débarrassée des impedimenta qui l'enchaînent actuellement, peut se porter rapidement partout. Or, qu'y a-t-il de plus précieux pour un chef d'armée, que la liberté de pensée et la liberté d'action ?