‹ La réforme de l'arméeChapitre 73 sur 142 · AVANCEMENT · texte numérisé non relu

AVANCEMENT

PriBâptt i)# riftootmefit.

323« De la bonne distribution de ravEQcement dépendent, l'instruction de l'armée, la capacité de ses chefs et la discipline. On ne saurait s'attacher assez h trouver un bon système, puisqu'il aura une influence capitale sur la valeur de l'armée.

L'avancement ne peut être ni une faveur ni un droit ; c'est une récompense méritée par la valeur et la capacité. Ce sont là les seuls titres qui permettent de s'élever et de diriger les autres.

L'intérêt de l'armée et du pays aussi bien que la justice veulent qu'il en soit ainsi. L'avancement est en résumé le prix d^ua concours, et il appartient au plus digne.

De cette vérité découlent deux principes :

4"* L'obligation, pour quiconque prétend avancer, de faire ses preuves de eapacité et de valeur.

3* La nécessité, dans l'intérêt de l'armée et dans celui des concurrents, de constater, d'une manière irréfragable, d'une part, que les preuves ont été sérieusement faites, et de l'autre, quels sont ceux qui l'emportent sur leurs concurrents.

Avaocanent ^ctneU

324. DanQ la législation actuelloi tout l'avancement aux grades dç caporal , soua-officier et officier , se dopne au choix ; ensuite il y a une part à l'ancienneté et une part au cboi^c, puis* au delà du grade de chef de bataillon, le choix seul existe.

Ainsi, au commencement et à là fin de la hiérar-

chîe, le chou Beul 8*axerpe. Au milieu, il alteri^eAvçp rancienDeté«

Cette anomalie découle d'une pensée de méfiancç envers les chefs de corps et inspecteurs généram^, Le choix ne dépendant que d'un seul homme peut être entaché de caprice et d'arbitraire. On a cherché, par lavancement à Tanciennetéj h protéger les officiers inférieurs contre le caprice et l'arbitraire^ Oa f voulu leur assurer quand même un avenir moyen.

lue résultat a été de maintenir }e caprice et Varbitrairej tout en le restreignant un peu« et, de faire arri*r ver par l'ancienneté des hommes (souvent incapable)^ i Au lieu d'up pial, il en est advenu deux*

La loi d? 1834 est absolument illogique e( préju-r diciable à l'armée. Le but qu'elle se proposait n'a pas été atteint. On juge deTarbre par le^ fruits qu'il porte^ Les derniers événemeuts proclament assez haut le^ effets de la loi de 1834. Elle doit disparaître, LeH d^ux plaies de l'avancement sont rar|)itraire et l'inoapa-'cité. Si Ion détruit l'arbitraire, la suppression absplue de l'avaucemept à Tancieuneté doit cons^qUemment s'ensuivre.

325. Si Ton écarte un instant l'idée de garantir les officiers contre le caprice, Tavanoement à l'ancienneté apparaît comme une combinaison aussi absurde que nuisible.

La durée du service, en elle-même, ne signifie absolument rien pour passer d'un grade à un autre. L'ancienneté ne saurait être un indice de capacité; au contraire, le maréchal Bugeaud disait avec raison t le mulet du maréchal de Saxe avait fait la guerre pendant trente ans, et était toujours resté un mulet.

Imaginer qu'un officier, quelque piètre que soit sa

valeur^ quelque médiocre que soit Ba manière de servir, arrivera forcément à commander un bataillon, c'est l'absurdité même» c'est la négation de toute nécessité de capacité, c'est la suppression de toute émulation.

326. L'officier qui n'a pas ouqui a perdu l'espérance d'avancer au choix» est un homme à peu près perdu pour l'armée ; il ne peut être utile, et il est nuisible.

II n'a point de preuves à faire; partant, il n'a pas besoin de travailler. Ses notes ne peuvent l'empêcher d'arriver ; que lui importe qu'elles soient défavorables? 11 sufBt d'éviter le conseil d'enquête, et le grade de chef d'escadron est facilement acquis. L'officier sait à six mois près quand un nouveau grade lui adviendra; il connaît la limite de sa carrière, conséquemment il est sans désir, sans émulation.

Pourquoi se donnerait-il de la peine? Il n'a rien à gagner ni à perdre ; le zèle serait superflu, et il n'en a pas.

Ce n'est plus un serviteur , c'est un parasite ; il n'agit plus, il attend. Non-seulement il n'apporte pas à l'exécution de son service la vigueur, l'ardeur , le goût, le désir du progrès qui sont indispensables, mais il donne aux autres le pernicieux exemple de la n^ligence et de l'insouciance dans ses devoirs.

Son grade est sa propriété de par la loi de 1834 ; il faut des fautes en excès pour qu'il en soit privé; il peut sans inconvénient côtoyer le conseil d'enquête.

L'officier qui ne prétend pas au choix n'attend aucune récompense ; il ne craint pas d'être renvoyé ( ce qui est fort rare); il sait que dans un délai déterminé, sa position s'améliorera forcément. Sûr d'un avenir

Kmité, maiscertaiD, sans espoir et sans crainte, aucun mobile ne le soutient ni ne le surexcite. Il n'y aurait que le sentimentélevé du devoir qui pourrait mal^ gré cela entretenir soq zèle ; c'est le fait de quelques âmes très-honnêtes , mais nous savons que la conscience de la masse faiblit facilement, lorsqu'elle n'est pas maintenue par les deux aiguillons de la récompense et du châtiment.

L'idée morale doit se manifester en tout dans une armée. C'est elle qui fait les bonnes troupes , parce qu'elle développe tous. les sentiments généreux. Elle ne saurait trouver une plus grande, place que dans les questions d'avancement, parce que tout avancement est inséparable de l'idée de justice.

L'avancement à l'ancienneté est un principe faux et dangereux. C'est une prime offerte à la paresse et à l'incapacité. 11 demande à être radicalement supprimé.

Perte da grade.

327. La loi sur l'état des officiers doit être combinée de telle sorte que la privation du grade devienne beaucoup plus facile qu'à présent. Il ne suffit pas, comme aujourd'hui, qu'un officier commette quelque énormité, soit un voleur qualifié pour être exclu de l'armée. Cette grande corporation doit se montrer plus sévère. Un manque notoired'honorabilité, de tenue, de convenance, de dignité, doit rendre l'officier passible d'un tribunal d honneur^ pouvant prononcer la destitution. Par les mêmes considérations, le défaut persistant de zèle, ou un manque de capacité constaté après un certain temps chez un officier, est une cause suffisante d'indignité et doit entraîner son expulsion de l'armée.

Onnesauraitjndlcieusemonladmettre qu'un homme

pal'veiiu àu g^&(l6 d*ôffîciet puisse se perpétuer trente ans et plus dans un corps s'il s'y montré inepte. Sa seule raison d'être, c'est sa capacité ; s'il ne i*a pas ou s'il l'a perdue, il doit se retirer*

Les mêmes considérations montrent encore que la punition du retrait d'emploi^ par mesure de dise!-* pline, doit être Supprimée et remplacée par Texclu-^ sion pure et simple. Un officier reparaissant après ud retirait d'emploi de ce genre a perdu ce qui constitue essentiellement l'officier, c^est^-^ire le prestige dû à une honorabilité incontestable. Or, sans prestige, il n'y a pas d'officier.

Ainsi, il faut non-seulement supprimer Tavancement à l'ancienneté, mais obliger tout le monde à recher^ cher le chbii sous peine de déchéance.

ATtoeemenl td ehoii*

328. La suppression de l'avancement à l'ancienneté exige impérieusement que le choix soit entouré de garanties tout autres que celles qui existent aujourd'hui.

C'est à la mauvaise administration de l'avancement au choix qu'il faut attribuer en grande partie l'affai-^ blissement graduel du mérite du corps d officiers de^ puis 30 ans. D'une part, on n'a exigé des candidats que des preuves illusoires de capacité, et la plupart du temps aucune, c*est ce qui a développé l'ignorance; de l'autre, la désignation des candidats, a été confiée à des personnalités, un chef de corps, un inspecteur général (les comités ne désignent pas les candidats, ils les classent seulement), ce qui a nécessairement en* gendre le caprice, l'arbitraire, des choix erronés ou coupables, l'ambition effrénée chez les uns, le découragement chez les autres, et chez tous un abaissement

moral produit par là coatemption de jour eu jour plus fréquente du droit et de la justice.

Dans ce système, dotit la base fragile ouvrait la porte à de faciles iniquités^ on ne reconnaissait même pas les numéros de préférence donnés par ceux qui étaient censés connaître les officiers et désigner les plus méritants^ On ne suivait pas l'ordre des tableaux.

C'était une sorte de logique dans Tinconséquencé. Le choix dépendant uniquement de la volonté du chef de corps, ou de l^nspecteur général, de même la nomination dépendait uniquement de la volonté du ministre ou du commandant d'armée délégué.

Avec un tel système, si propice à Tarbîtraîre, offrant si peu de garanties, l'avancement à l'ancienneté et la propriété du grade étaient des correctifs indispensables.

La suppréssioû de bês garantie^ appelle forcément la destruction complète du mode actuel d'avancement au choix. Il est également nuisible à l'armée, à la considération de ses chefs et à la dignité des officiers. Cette question est trop grave pour ne pas la traiter avec quelques développements.

329. L'homme de bonne foi, qUi juge les autres , est sujet àl'erreur ; il peut se tromper et être trompé ; il peut manquer de discernement et de perspicacité ; il est enclin à des préférences ou à des antipathies , quelquefois involontaires ; il à des idées personnelles d'appréciation qui peuvent être fausses ; il a enfin des affections légitimes dont il subit malgré lui la pression.

Quiconque s'est trouvé dans cette situation sait combien il est souvent difficile de choisir ; quelles hésitations se produisent, et combien l'embarras est

grand, lorsqu'il s'agit de prendre une décision consciencieuse !

Le choix peut donc être souvent vicié par des causes excusables ; il Test bien plus encore par des causes sans excuse.

Les influences agissent vivement sur un homme chargé de décider seul. AflTection, népotisme, adulation, intrigue, recommandations puissantes, tout s'adresse directement à lui; et le place fréquemment dans une situation extrêmement délicate.

Si le chef est consciencieux, il lui sera toujours pénible d'avoir à opposer un refus à de pressantes sollicitations. Ce sera bien autrement grave si le demandeur est son supérieur, celui qui tient son avenir entre ses mains. A tous les points de vue, il est mau-> vais de placer ainsi un ofGcier entre son devoir et son intérêt. C'est exiger des hommes un bien grand désintéressement ou les forcer à de tristes capitulations de conscience.

Le juge unique place fatalement l'inférieur dans une situation non moins difficile. Il faut qu'il plaise, ou tout au moins qu'il ne déplaise pas. Cela le conduit fatalement au servilisme, à l'obséquiosité, à la flatterie. Il faut penser comme le chef, aimer ce qu'il aime, se plier à ses fantaisies, rechercher ses

bonnes grâces, etc Il y a là un écueil très-grand

pour la dignité de l'officier, un abaissement moral auquel on ne peut souvent échapper qu'en sacrifiant sa carrière.

330. Il n'est question, ici, que d'hommes honnêtes. Quand cette qualité vient à faire défaut chez le chef ou chez le subordonné, le choix n'est plus une récompense, c'est un trafic entre le favoritisme et l'intrigue, entre le patron et le client.

La fantaisie remplace la justice; la protection devient le meilleur titre; l'adulation tient lieu de valeur ; le mérite ne peut lutter contre une forte influence. En haut, on ne cherche plus les hommes capables ; on comble ses parents ; on gratifie ses amis et les parents de ses amis; on donne un grade comme on fait un cadeau. En bas» on ne s'occupe plus d'acquérir des titres, on mendie des recommandations. C'est le naufrage complet de la dignité du caractère, la destruction des sentiments élevés; c'est la démoralisation en grand.

Or, la démoralisation d'une armée entraine inévitablement sa défaite. Nous en avons fait la cruelle expérience. L'Empire a récolté ce qu'il avait semé.

CoDditioDS générales d'araneemeot.

331 . De quelque manière qu'on l'envisage, le juge unique est mauvais dans les questions d'avancement.

Le choix ne peut s'opérer équitablement qu'à deux conditions :

Garanties données par le candidat ;

Jugement par plusieurs.

Mérite, impartialement constaté : telle est la moralité du choix.

L'avancement doit se gagner et non se donner. Il se gagne par l'accomplissement de conditions régulières et non irrégulières; normales et non accidentelles. C'est ce qu'il importe de bien distinguer.

La capacité ou le mérite se constate :

1® Par les notes et services détaillés;

îf^ Par l'instruction pratique ;

3^ Par l'instruction théorique.

Une supériorité notoire, dans une des trois branches, ne peut compenser une infériorité manifeste

— JIO —

dans Tune des deux autres* Il y a un minimum qu'il faut absolument réaliser dans chacune.

332. Pour empêcher le choix de s'égarer, il est d'abord nécessaire de le limiter. Quoique l'ancienneté ne puisse jamais être invoquée comme un titre, il y a une garantie d'expérience acquise dans une certaine durée d'exercice d'un grade.

Il est bon d'obliger chacun à séjourner dans un grade, au lieu de ne faire que le traverser. Les fruits qui mûrissent trop vite sont sans saveur. Qui ne s'est aperçu de cette vérité dans l'armée? On a beaucoup demandé, depuis vingt ans, des officiers jeunes, des généraux jeunes; on en a eu, et, à l'expérience, il a bien fallu reconnaître que les jeunes ne valaient pas mieux que les vieux. C'est qu'en effet, en ces sortes de choses, l'âge ne fait rien. Le caractère et la capacité sont tout. Peu importe que l'homme de valeur ait les cheveux blancs ou noirs; les faits nous l'ont montré incontestablement; l'intelligence, l'énergie, l'activité même ne se mesurent pas à l'âge; les exero-> pies ne manqueraient pas, car chacun en connaît. Les avancements prématurés n'ont généralement pas été avantageux pour Tarmée. Il est sage de les modérer à l'avenir. Pour cela, nul ne pourra être proposé pour un grade à n'importe quel degré de la hiérarchie, s'il ne se trouve dans la première moitié des officiers de son grade.

Épreons k uibir.

333. Ce qui importe par dessus tout, c'est la capacité, et il faut absolument la reconnaître.

Les services seront constatés sur les livrets des troupes, et il en sera établi d'analogues pour les officiers. On y relatera, tous les trois mois, ce qu'ils au-

roût fait ou appris dans le trimestre ; les missions ou services spéciaux qu'ils auront pu rendre ; les blâmes encourus; les éloges obtenus; les actes de guerre auxquels ils auront participé, et enfin les notes du cbef de corps ou de service, sur le caractère, la conduite, la manière de servir et la capacité professionnelle.

Lorsque TofBcier change de corps ou de situation, il est essentiel que son passé soit bien connu, qu'il ne soit pas un homme nouveau^ comme cela arrive aujourd'hui.

L'inspection de ce livret doit suffire pour juger de la carrière du candidat. Il est dérisoire, en effet, de dire campagnes de tels pays, durant tant d'années : il faut savoir si la campagne a été réellement effective, si le militaire a participé aux opérations, ou s'il est simplement resté dans up poste ou un corps d'occupation «

Ces livrets d'officiers sont une des bases essentielles d'appréciation de la valeur du candidat. Ils ne sauraient être tenus avec trop de soin, et resteront toujours entre les mains du chef de corps ou de service. On y consignera les notes données par les officiers généraux à leurs inspections, les propositions faites, enfin tout ce qui peut éclairer sur la valeur morale de l'offîcier, son caractère, son aptitude, son zèle.

334. Les deux autres séries de garanties seront données par des épreuves écrites, orales, et des séances sur le terrain, en présence d'un conseil (art. 311 et suivants).

Sans exposer ici des programmes détaillés d'épreuves, voici les bases sur lesquelles elles devraient reposer pour chaque grade. II suffit de les indiquer

pour l'infanterie, qui est la partie la plus considérable de Tarmée. Elles seront tout à fait analogues pour les autres armes ou services.

Elles sont graduées de manière que les officiers puissent en très-grande majorité y satisfaire, s'ils veulent travailler. Il est bien évident, en outre, qu'il ne faudra pas pousser les candidats très à fond sur certaines questions. Les programmes sont une indication ; ils varient beaucoup de difficulté, selon la façon dont on les applique.

ÉpreoTes des loldtU pour caporal.

«..^* J I Dictée d'une demi-page.

*^**- I Exécntion des 4 règles.

(Ecole da soldat.

Orales. { Premiers principes da tir pratique.

(Une portion des règlements.

^ « I Exécution de l'école du soldat.

JliLil \ Un certain nombre de balles à mettre dans la cible à des lerram. { distances déterminées.

ÉpraoTat des eaponui poor foof-oflidêri.

««*s» J i Bapport écrit sur un petit fait de serrice. iscnies. ( pro6lèmes simples sur les 4 règles.

(Ecoles du soldat, de peloton et des tiraiUeurs. Orales. ] Principes du tir.

(Portions des règlements.

I Exécution de l'école de peloton et de tiraileun. Leçon donnée à une daase d'école de soldat ou de tirailleurs.

Un certain nombre de balles à mettre dans la cible.

Épreoraa des Mma^olBciara pour .la gnda d'aspirant.

Page 1