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IV. — LA FORMATION DU CARACTÈRE

EST-CE Teffet de cette illusion tenace de l'imagination qui nous porte inconsciemment à granàif les êtres et les choses que le temps recijlë dans nos souvenirs ? Toujours^fist-il que l'impression nous gagnait, avant la guerre, que ces types d'honmies au caractère frempè, à la Conduite rectiligiie et ferme, soucieux avdiht tout de l'honneur, privé ou professionnel, pleins du sentiment d'un devoir souvent difl&cile à accomplir, tels enfin que nos souvenirs et une histoire prochei encore en conservent l'image, devenâier^t plus rares parmi les générations contemporaines. La vie extérieure s'était à ce point tiriif ormiséé, tout, le vêtement, le logement, l'ameublement, l'emploi du temps, les distractions, les snobismes eux-mêmes avaient pris une telle monotonie, les situations sociales s'édi-. fiaient ou s'écroulaient avec ime telle rapidité parmi une demi-aisânce généralisée, les liens personnels se nouaient et se brisaient avec tant de légèreté, les convictions sincères et durables se faisaient si rares, l'éducation commune était devenue si parfaitement niveleuse, que la société paraissait s'enliSer dans la banalité. Mais la guerre est venue, et avec elle les sursauta d'énergie, l'exaltation des qualités profondes de la race, le réveil de la force d'âme. Puissent les méthodes d'éducation nationale profiter à l'avenir

d'un tel bienfait, rendu plus précieux encore par tant de soufirances et de deiifls !

Le caractère est la synthèse des qualités morales et d'action. C'est la vigueur du caractère qui fait les hommes forts : volonté, énergie, initiative, ordre et sentim«it du devoir, acceptation des responsabilités, continuité dans T effort et confiance eh soi, telles sont les qualités qu'il faut s'attacher a développer.

« Il importe bien moins d'instruire l'esprit que de construire l'âme, de la construire saine, vigoureuse, résistante, capable d'effort et d'attention, joyeusedjÀ^ son énergie ; de lui apprendre l'obéissance, la fiSrteT^ la tenue ;' de l'adapter entièrement, pour une certaine fonction, à la société où elle a sa place ; de la dr^sér smvant les lignes et les axes qui feront son style ; bref de produire des créatures humaines de valeur, c'est-à-dire belles, vigoureuses, efficaces (i) ».

L'unanimité est faîte sur cet axiome que c'est par le caractère, pius encweque par l'intelligence, que Ton réussît dans la vie. Tout succès normal ne résulte que du plus ou moins d'énergie appliquée au travail et à l'action. On admet augsi que les diverses vertus dont la réunion fait les caractères résistants ne sont qu'applications particulières de la volonté : l'énergie n'est que volonté accumulée ; l'ordre est volonté ; là fidélité au devoir est volonté ; l'initiative est un acte de confiance dans sa propre volonté ; la confiance en soi n'est que l'expérience de la volonté. « Dans la volonté

(i)LaP&nsiedeRushtn,paxKsDiit Chbvrillon (p. i6o). — Hacliette. éditeur.

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réside la dignité et la grandeur de Thomme. Elle permet de triompher de tout et de lui-même, à tel point qu'avec du caractère, fût-on d'intelligence médiocre, on réussit toujours. Avec de rénergie> il n'est rien qu'on ne puisse éteindre (i) ».

La formation du caractère apparaît ainsi comme étant avant tout une éducation de la volonté : car la volonté s'acquiert ou s'inculque ; une fois acquise, elle se discipline et s'orgianise. « Le tout, dit avec justesse M.Max Leclerc, n'est pas de vouloir, mais de vouloir avec suite ». D'autre part, l'ét^iiduè du champ de la volonté dépend du but utile et moratqu on aura su lui proposer.

Enfin personne ne conteste que l'éveil de la volonté doive se faire dès l'enfance, et que les soins à donner pour la fortifier doivent s'exercer tant positivement que négativement. Positivement, par la provocation de toutes les circonstances de nature à exciter la volonté, et négativement, par l'élimination de toute influence néfaste susceptible de ralentir le développement des facultés d'action.

MaUieureuseineirt, une fois ces principes admis, les méthodes à proposer pour leur mise en œuvre manquent de précision. Nous ne prétendons pas à dresser ici un plan complet et uniforme d'éducation du caractère. Cette éducation est aussi complexe que la nature humaine ; ses formes doivent être, au moins dans le détail, souples et diverses comme les caractères eux-mênaes. Voici toutefois quelques suggestions très

(I) Paul Gavltibr, La vraie Éducation (p. i82)« — Hachette, éditeur.

générales susceptibles de fournir un cadre aux initiatives individualisées des éducateurs. +-

On ne nous contredira pas si nous avançons que les qualités de caractère ne s'imposent pas. La con-: traint^ ne peut jouer en cette tnatière qu'un rôle très limité, au delà duquel elle devient nuisible. Ce qu'il faut éveiller chez l'enfant, c'est le goût du vouloir, la jouissance éprouvée dans la difficulté vaincue. Mais on fie peut obtenir ce résultat que par une suggestion constante des faits et par le maintien de l'enfant dans une ambiance de volonté. N'oublibns pas que l'homme est avant touttim être d'habitude. « L'ensd^nenient a pour but de former des manières d'agir, et de penser, et de fortifier ces manières en habitudes, afin de réaliser une meilleure adaptation de l'individu à son milieu (i) •>). Selon la formule chère au IK Gustave Le Bon, ce qu'il faut dans la formatioç^du caractère, c'est « faire passer le conscient dans l'inconscient », L'idéal serait que le vouloir devienne très vite une manière d'être habituelle, et à la longue un besoin impérieux. L'ordre est susceptible de se transformer en habitude, car il engendre une satisfaction dont l'attrait finitpar se substituer à l'efiort de volonté consciente que nécessite sa réalisation. L^angoisse qui accompagne la prise d'une initiative, l'acceptation d'une responsabilité, chez celui qm n'a pas appris a voulou", se change en une jouissance spéciale chez qui a pris l'habitude d'oser et de tenter. La continuité dans l'effort peut,

(i) A. BiNfiT, Les Idées modernes sur les enfants (p. 6). — E. Flammarion, éditeur.

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dle-même, pour celui chez qui elle est passée 1 l'état d'habitude, se teintéf^d'ûn amout-propre qui devient one des pièces inaitresses du caractère^

Le milieu où évolue Tenfant doit donc être organisé de telle sorte que chaque détail y soit un appel à la volonté. Le sens de l'effort nsdtra à la vue de l'effort, par l'expérience même de Teffort ; le courage d'aller au-devant de la lutte naîtra de la conviction d'une nécessité de la lutte, et aussi d'un trop-plein d'énergie ph3^que ou morale à dépenser.

En ce qui concerne ce dernier point, nous avons montré précédemment conunent la culture physique, par la dépense de volonté patiente qu'elle exige et par les satisfactions qu'elle procure, développe déjà le caractère et lui donne l'occasion de se révéler ; comment 1» pratique des sports en conmiun, par la discipline qu'elle impose, amène Thoname àû point où cette qualité est joyeusement appliquée à d'autres buts, pour peu que la nécessité d'autres efforts soit par ailleurs démontrée çt leur connaissance donnée à temps. Nous n'y reviendrons pas.

Tout bien peisé. il ne semble pas qu'il y ait de meilleure méthode à préconiser, pour placer l'enfant dans un milieu éducateur de sa volonté, que le contact direct avec la vie elle-m&ne. « L'école oe Vaut que comme préparation à la vie. Tout enseignement est vain qui reste verbal, car le verbali^ne n'est que du symbolisme et la vie n'est pas une parole (i). » La jviej est

(i) A. Biivsf, L^ Idées modertus sm iés enfants, (p. 6). — E. Flammarion, éditeur.

une lutte : il convient de n'en pas isoler l'enfant .

A ce point de vue, l'éducation à la campagne se montre très supérieure à l'éducation dans les grandes villes. La vie des champs, à condition qu'on la fasse tOBcher-jdu^dûigt-daBS-ses travaux obstinés, s'affirme par elle-même éducatrice du caractère. Le contact joiumalier avec les ouvriers des champs, avec les artisans, est pour l'enfant une leçon de choses constante. II apprend de bonne heure, à apprécier les efforts que réclame la vie de chaque jour. La guerre n'a-t-elle pas mis en relief d'éclatante façon les magnifiques qualités de résistance et d'énergie patiente que le rural acquiert au contact de la terre ? Les qualités natives du paysan persistent d'ailleurs chez lui, loirs même qu'il change de milieu et s'élève dans la vie sociale : il demeure généralement un homme de réalisation. ^ ' '. . 1

Il y aurait doiïfc un intérêt évident à ce que l'école, à tous ses degrés, dëiiiéutât le plus possible en dehors des grandes cités, où le caractère des enfants n'a que très peu à apprendre et beaucoup à perdre. L'exemple des collèges anglais pourrait être invoqué à cet égard. Quelques tentatives d'écoles à la campagne ont bien été réalisées chez nous, dans ces dernières années, telles l'école des Roches, l'école de Normandie, l'école de Liancourt. Mais ces essais %bnt encore trop restreints. Il ne suffirait d'ailleurs pas que l'école fût située à la campagne, car cela ne présenterait d'intérêt que pour la santé des élèves. Le Contact direct avec les travaux agricoles et même dans une certaine

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mesure la participation à ces travaux seraient à pré- ^ coniser.

Malheureusement, là-même où les conditions requises se trouveraient naturellement réalisées, c'està-dire dans notre école primaire de village, la nature et la conception de Tensdgnement aboutissent parfois à détruire' chez l'enfant le culte de la terre et à le détourner de Torientation professionnelle qui devrait être normalement la sienne. L'ambition qu'il devrait avoir de continuer Texploitatiop agricole de ses parents, en y améliorant les méthodes de culture et le rendement de la terre, se trouve trop souvent combattue par le goût d'ime vie différente, d'apparence plus facile, que fait nsdtre en lui l'enseignement de connaissances générales incomplètes.

Lorsque le transfert de l'école à la campagne est matériellement impossible, sciait-il utopique de demander à l'initiative privée, ou même à l'administration publique, -de porter l'école primaire à proximité même de l'ushie, de l'atelier, de la vie active ? Quelle meilleure préparation à l'effort que le spectacle continuel de la ruche au travail ?

La vie 3e tiuncÈéés a mis en évidence les avantages innombrables que peuvent, retirer tous les milieux, sociaux/ d'un rapprochement et d'ime certaine communauté d'existence. On se connaît mieux;, on s'apprécie plus exactement, en raisQn même du partajge des dangers, des misères, aussi bien que des aspirations et des joies. N'y aurait-il pas le plus grand intérêt à ce que ce contact, après la guerre, ne fût pas rompu?

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Il est vrai que les fils d'une même génération se coudoieront, désormais, davantage grâce aux matchs y interlocaux ou interscolaires dont nous avons réclamé l'organisation sur une grande échelle. Mais il faudrait dé plus que les jeunes gens des villes soient niêlé'é aussi étroitement que possible, non seulement à la vie rurale, mais à la vie de travail sous toutes ses formes : notannnent par des visites périodiques, prévues aux programmes ofiSciels et intelligemment conunentées, d'usines, de centres agricoles, d'installations maritimes, de chantiers de construction, d'ateliers de toutes sortes, ainsi que de laboratoires, d'écoles d'apprentissage professionnel ou technique. Le choix d'tme carrière s'en trouverait sans aucun doute faciUté et rendu plus spontané.

Enfin, pourquoi l'éducation de demain, celle même des classes dites dirigeantes ou intellectuelles, ne comprendrait-elle pas, comme le réclamait Jean- Jacques Rousseau, et comme l'avait décidé Jules Ferry, l'enseignement d'un métier éducateur ? Le travail manuel ne permettrait plus aux ressortissants des professions libérales d'ignorer les efforts et les énergieà dépensés par le monde ouvrier, que beaucoup de dirigeants ne connaissent jusqu'ici que sous la forme de rapports électoraux. L'adresse ainsi acquise ne serait inutile à personne, ni superflue en aucune circonstance. Et ne serait-ce pas le mo>ci' de remettre en honneur le travail manuel, tout en rapprochant des milieux différents ?

D'une façon générale, il serait avantageux pour

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la formation du caractère que fût réduit, 'sinon le tempsMes études'générales et théoriques, du moins le temps où ces études ne s'accompagnent d'aucune initiation professionnelle. Taine était dans le vrai, lorsqu'il regrettait « les innombrables impressions sensibles que le jeune honmie reçoit tous les jours à Tatelier, dans la mine.^au tribiûial, à l'étude, sur le chantier, à l'hôpital, au spectacleldes outils, des matériaux et des opérations, en présence des clients, des ouvriers et du travail,cde l'ouvrage bien ou mal fait, dispendieux ou lucratif », impressions qui se font aujourd'hui beaucoup trop attendre. «^De tous ces contacts précieux, de tous ces élém^its assimilables et indispensables, le jeune Français est privé, justement pendant l'âge fécond.; sept ou huit années durant, il est séquestré dans une école, loin de l'expérience directe et personnelle qui lui aurait donné la notion exacte et vive des choses, des hommes, ainsi que des diverses façons de les manier (î) ». Une expérience précoce des choses professionnelles, outre qu'elle révèle à l'adolescent le côté sérieux de la vie, lui enseigne le prix du travail, la valeur de l'effort, lui donne le sens de la mesure dans les décisions et de la responsabilité dans l'action.

Il n'est pas de petits moyens pour créer autour de la jeunesse une atmosphère de volonté. L'exemple de la volonté doit lui être offert par tous les sens. L'image, certaines maximes nettes et bien choisies,

(i) Tainb, Les Origines de la France contemporaine, «— Le Régime moderne (T. II, p. 276).

mille fois répétées, peuvent, par une vision journsdière,' agir comme une suggestion continue. Dans cet ordre d'idées, il serait simple et peu coûteux d'avoir dans les salles, dans les corridors des écoles primaires ou des lycées, toute une série d'affiches, de tableaux ou de frises peintes rappelant d'une manière artistique, frappante et persuasive, tout ce qu'on attend 4^ l'enfant : la propreté, l'ordre, la discipline, la maîtrise de soi, le sentiment du devoir et de l'honneur personnd, le r^pect de sa liberté et de celle de son voisin, cette « respectability » que les Anglais ont su porter à un si haut degré, et d'une façon plus générale, le souci de la valeiu" professionnelle, les nécessités de notre expansion commerciale, l'accroissement de notre marine marchande, l'augmentation de la nroduction rurale, n^nière, industrielle et coloniale.

Ce serait un moyen entre plusieurs 'de faire comprendre à l'enfant qu'il se doit à son pays, et qu'il lui doit non seulement le sacrifice de sa vie — ce qu'il fait aujourd'hui si généreusement et si natureDement — mab que, même en temps de paix, il n'aura pas le droit d'être un « inutile », et qu'il lui incombe pom* sa part de contribuer à la grandeur du pays par son intelligence et son travail.

Tout, et les livres de prix, et les discours officiels, et les recueils de lectures, et les leçons d'histoire contemporaine, doit concourir à rendre toujours présentes à la mémoire des enfants, et pour ainsi dire constamment placées sous leurs yeux, les idées de patrie et de famille, mais accompagnées de cet acte de

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volonté que patrie et famille soient toujours plus grandes, plus florissantes, plus respectées.

Il va sans dire que tout ceci resterait vain sans une transformation profonde de l'opinion publique. C'est un nouveau type d'honune à proposer comme idéal à l'âme française. C'est tout un esprit à refaire.

En premier lieu, certaines manifestations de notre esprit de famille, en particulier dans la bourgeoisie, paraissent devoir être combattues. Peut-être l'égoîsme familial n'est-il qu'un des aspects du problème de la natalité en France, aiilsi que de celui de notre insuffisante expansion dans le monde. En tout cas les répercussions en sont manifestes. Il ne faut plus que la famille continue à élever l'enfant jalousement pour die seule, mais bien en vue de sa vie propre, de sa carrière, de son métier futur. L'enfant doit être humain et gênéreux : mais tout en développant chez lui la sensibilité et le sentiment, il faut éviter de se réjouir d'une sensiblerie peu compatible avec les idées d'action. Au lieu de restreindre constamment l'initiative chez l'enfant, et d'assimiler trop facilement l'enfant volontaire au mauvaié sujet, les par^its doivent au contraire stimuler et inculquer de bonne heure le désir de se rendre indépendant, de pouvoir se suffire à soi-mênàe.

Puisqu'il nous faut des hommes n'hésitant pas dans les circonstances graves de la vie, n'oublions pas que pour se conduire seul, il faut avoir appris dès l'enfance l'usage de la liberté et savoir agir selon sa conscience. Ceci dépend surtout des parents. « On donne

à reniant anglais confiance en Im-nGiême, en le livrant de bonne heure à ses propres forces ; on fait naître ainsi chez lui le sentiment de la responsabilité f en lui laissant, une fois prévenu, le choix entre le V^^n et le mal. S'il fait le mal, il supportera la peine de sa faute, ou les conséquences de son acte (i) ».

Mais ce serait une singulière iUusion que de croire que Tintemat tel que nous le pratiquons réponde à ces exigences. La vie mécanique de Tinternàt, où tout est prévu, réglé et imposé d'autorité, est une médiocre école d'initiative. Plus que partout ailleurs le contact y est supprimé avec la vie. Nos jeunes gens sont jusqu'à 17 et parfois 19 ans encasemés, soumis à un règlement uniforme et automatique, sans cesse placés devant la xrontrainte aveugle. Puis, brusquement, sans transition, après le baccalauréat, on les lâche dans une vie dont ils ignorent tout, où ils se grisient de l'orgueil des premières indépendances, tfébucfeeiït souvent et parfois se blessent.

Les Anglais ont, au contraire, adopté un système de vie en commim par petits groupes habitant chez un professeur. Là, les enfants participent à la vie de famille, mais avec tme certaine règle de vie et des obUgations de tenue qui les préparent à la yie sociale, en même temps qu'elles leur évitent les faiblesses, ou Ips lacunes qu'ils rencontrent assez souvent - chez euxT Cette solution semble en tout cas préférable, si on la juge par les résultats.

(i) Max Leclerc, V Éducation des classes moyennes et dirigeantes en if Angiéterre (p. 31).

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Toujours en vue de préparer Tenfant à la liberté, ne pourrait-on lui laisser, tout au moins en ce qui concerne l'étude de certaines matières, un peu de liberté quant au choix du moment où il travaillera, quant à la forme qu'il donnera à son travail, quant à là fantaisie dont il pourra faire preuve dans le choix de ses sujets de prédilection ? — Et pour le « contraindre à l'initiative », pour lui donner confiance en lui-même, n'est-on pàb fondé à souhaiter qu'une place plus considérable soit fait^. dans nos exercices scolaires, aux travaux personnels nécessitant là recherche et la réunion de documents épars, et surtout aux expositions orales devant les condisciples K

Pour habituer l'enfant à se passer de sa ^miille, pour développer son caractère, rien ne vaut les voyages, les séjours à l'étranger, où seul, livré à lui-même, il sera déjà obligé de faire acte d'honmie. Rien ne riiûnt le jugement conune l'observation d'habitud» ou de vies différentes. Je me rappellerai toujours qu'étant avec mon père dans la gare de Glasgow, il y a vingtcinq ans environ, je vis approcher de notre compartiment un jeune garçon âgé de huit ans tout au plus, conduisant une petite fille plus jeune encore, sa sœur probablement. Comme mon père voulait aider la fillette à monter dans le compartiment, soii frère se retournsut aussitôt, fier et calme. Tout dans sa physionomie disait : « Est-ce que je ne suis pas là ? » — Il savait déjà ce qu'est la responsabilité. Or combien voyageraient seuls, à cet âge, chez nous ?

En dehors de la famille, le redressement de notre

* esprit public pourrait dépendre, dans une large mesure^ d'une orientation nouvelle donnée à la presse, à la littérature, au théâtre. Il y aurait toute une mode nouvelle de vie et d'éducation à lancer. Il y aurait un type de héros romanesque à populariser : garçon énergique, réussissant dans la vie par son énergie, marin, colon, ingénieur ou explorateur, tirant de son énergie à la fols d^ satisfactions personnelles et la considération du pays. Combien de jeunes garçons de tous les milieux se trouveraient ainsi acheminés vers la vie active, par des ex^nples appropriés !

On est en droit d'espérer qu'une éducation conduite selon ces grandes lignes nous débarrass^ait de ces êtres timorés, énervés par un travail cérébral exclusif, recherchant seulement dans une administration et dans le fonctionnarisme Tabri assuré contre tous les risques et toutes les responsabihtés. Nous connaîtrions alors une génération d'hommes forts, disciplinés, confiants en eux-mêmes, et en fait plus heureux. Plus heureux parce qu'ils trouvergient uiie joie dans leur équilibre moral : au lieu qu'une demi-instruction à prétentions encyclopédiques, bôlirsouflée et CSfeusè, engendre trop souvent une jalousie stérile et le mécontentement de soL Ces hommes seraient forts contre le sarcasme et là critique qui, chez, nous, font choir tant de bonnes volontés naissantes : car ils auraient le sentiment de leur force, en ayant été, pour une bonne part, les artisans. On peut tout attendre des forts, parce qu'ils savent se maîtriser avant que de conunander.

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