Bulletin du Département, documents divers, p
2. L'application administrative de ces mesures, disons-le en passant, nécessitera un transfert d'attributions du ministère de l'industrie et du travail à celui des sciences et des arts : les écoles et classes ménagères relèveront désormais de ce dernier département.
traiter le lait, la fabrication du beurre et du fromage, etc., seront au nombre des notions à développer.
« Il doit être bien entendu que, si nous ramenons le \^ degré à trois conceptions fondamentales : le type technique, le type commercial et le type rural, nous n'entendons pas exclure, dans la réalisation de chacune d'elles, les différenciations locales ou régionales. Bien au contraire, tout le succès de la réforme dépendra d'une grande souplesse d'adaptation et d'application aux nécessités du milieu. Le degré complémentaire ne sera pas au littoral ce qu'il sera sur les plateaux ou dans les forêts de l'Ardenne; le ¥ degré rural sera différent dans un pays de grande culture et dans une région où domine la culture maraîchère ou l'horticulture; le type industriel ou technique ne sera pas le même dans le pays de la houille et de la métallurgie, d'une part, dans une région de petite industrie ou d'industrie textile, d'autre part.
« Dans les grandes agglomérations, les différentes conceptions pourront même se réaliser simultanément. On verra, comme à Bruxelles, une école à tendances techniques à côté d'une école à tendances commerciales; dans les localités semi-industrielles, semi-rurales, le ¥ degré industriel fonctionnera à côté du 4^ degré rural.
c Pratiquement, l'instauration idéale du ¥ degré suppose, pour les écoles de garçons du type technique, la construction d'un atelier ad hoc, et, pour les écoles de filles, celle d'un local comprenant au moins une cuisine et une buanderie.
« On ne peut évidemment escompter une semblable réalisation immédiate et générale. L'œuvre est vaste et coûteuse. Mais chaque jour verra s'accomplir un effort, et, chacun apportant sa pierre, l'édifice surgira peu à peu.
« En attendant, la mise en œuvre devra débuter dans des
conditions plus modestes : dans les écoles de garçons, on commencera par les occupations manuelles qui pourront avoir lieu dans une salle de classe aménagée à cette fin; dans les écoles de filles, on utilisera provisoirement, et en cas de nécessité, la maison de l'institutrice pour renseignement ménager.
« Dans les campagnes, il y aura lieu de veiller à ce que les instructions ministérielles relatives à l'existence d'un jardin d'expériences, de 10 ares au moins, soient partout observées; il est essentiel que la méthode intuitive, expérimentale et pratique, inspire et domine l'enseignement agricole. Mais cette méthode suppose que l'instituteur donne un certain nombre de ces leçons dans un jardin bien aménagé, au cours de promenades à la campagne, de visites aux fermes les mieux tenues de la localité et des environs. Il convient aussi que l'instituteur associe les élèves aux travaux manuels de jardinage.
« Les communes seront donc appelées à agrandir les jardins de moins de 10 ares ou à mettre à la disposition de l'instituteur une parcelle supplémentaire de quelques ares prise dans un endroit aussi rapproché que possible de l'école.
« D'après les explications qui précèdent, l'institution du 4« degré n'a pas pour objet immédiat d'introduire dans le programme de l'enseignement primaire un ensemble de branches nouvelles ; il vise plutôt à orienter dans une direction professionnelle plus accentuée l'enseignement des branches obligatoires aujourd'hui.
« C'est qu'au jugement des inspecteurs, le programme actuel, quand il doit, comme c'est le cas aujourd'hui, être développé dans un cycle de six ans, est plutôt surchargé. La scolarité obligatoire jusque 14 ans permettra d'en répartir l'enseignement sur sept ou huit années, tout en y ajoutant les sciences naturelles et les travaux manuels pour garçons, et l'enseignement ménager pour les filles. La distinction entre écoles à programme minimum (les deux premiers
degrés) et à programme maximum (les trois degrés) disparaîtra de même, avec la fréquentation irrégulière qui la fît naître ^ »
Dans le magistral discours qu'il prononça à la Chambre des Représentants le 14 octobre 1915, en ouvrant la discussion générale du projet de loi scolaire, le Ministre des Sciences et des Arts tint à compléter cet exposé et à spécifier davantage encore les tendances générales du nouvel enseignement complémentaire dont le but essentiel est le préapprentissage.
Voici comment il s'exprima : « Or, il se fait que le 4*^ degré constitue, aux yeux des hommes compétents, le préalable indispensable à un bon enseignement professionnel. Naguère, dans le Peuple^ M. Godeaux signalait, à propos de l'apprentissage, en deux mots, les avantages qu'on peut espérer du ¥ degré, au point de vue de l'enseignement professionnel lui-même.
« Le jour, disait-il, où le travail manuel lui-même sera « généralisé avec le ¥ degré, l'apprentissage aura du reste « fait un grand pas, car il sera réduit considérablement en « durée et la mentalité des apprentis sera tout autre. »
« Et une constatation faite récemment à Saint-Trond, où fonctionne une école adoptée qui a instauré l'enseignement complémentaire, d'après les idées générales mises en pratique par l'administration communale de Saint-Gilles, et par la ville de Bruxelles, met bien en lumière le lien qui unit le 4® degré à l'enseignement professionnel.
« Dans un rapport adressé à l'inspection scolaire, le directeur de cette école s'exprime comme suit :
« Aucun élève n'a quitté l'école sans avoir déterminé « d'avance sa profession, et son choix, basé sur l'expérience
1. Un dernier paragraphe de cet intéressant exposé traite de la formation d'un personnel enseignant, capable de donner une instruction solide aux élèves du A" degré. Nous le reproduisons plus loin, au chapitre consacré à la réorganisation des écoles normales.
« et l'aptitude, avait été inspiré par les leçons pratiques de « travail manuel. Aussi, quand, au courant de cette année, « l'école professionnelle fut créée dans notre ville, nos « élèves formèrent presque tout le contingent des apprentis « de l'école nouvelle. »
« Quant aux modalités du ¥ degré, le gouvernement ne peut que se rallier aux idées qu'exprimait un homme dont la compétence et l'expérience sont universellement reconnues : le directeur de l'Université du Travail, M. Buysse. Avec M. Berger, secrétaire de la Fédération agricole du Hainaut, M. Buysse met l'opinion en garde contre l'idée qui tendrait à confondre le ¥ degré avec l'enseignement d'une profession déterminée : « Le ¥ degré, écrit M. Buysse, « doit être préparateur à l'infinie variété et multiplicité des « professions que se partagent les hommes dans les diverses « communautés scolaires. Il importe donc de maintenir aux « études « leur caractère éducatif général » ; toute tentative « de spécialisation des études en vue des métiers déterminés « serait fatale au succès du ¥ degré. »
« Et plus loin, dans le même travail, il signalait un second caractère que doit revêtir l'enseignement du ¥ degré :
« Le plus grand danger qui menace les ¥^ degrés belges « est de les voir se figer dans un système immuable et uni- « forme pour tout le pays, alors qu'ils doivent vivre de la « vie du milieu et conserver une souplesse extrême dans « leur organisation et dans leurs méthodes. »
« Ce sont absolument les vues du gouvernement, et les instructions données à l'inspection, comme les conseils adressés aux communes et aux directions d'écoles adoptées et adoptables, auront avant tout pour tendance de maintenir au ¥ degré la souplesse nécessaire ! »
Les honorables membres du Parlement qui donnèrent la réplique au Ministre des Sciences et des Arts se sont trouvés d'accord avec lui, quant à la physionomie à imprimer aux classes du ¥ degré. Parmi eux, M. Troclet, député de Liège,
un discours substantiel, a jeté une vive clarté sur le débat.
« .... Que faut-il entendre par travail manuel au 5® degvé'i demanda-t-il à la Chambre attentive. Si nous concevons le 4" degré comme une école de préapprentissage et de perfectionnement de l'enseignement primaire, répondit-il, la question devient pour tout le monde fort compréhensible; le travail manuel au 4^ degré n'intervient plus pour apprendre un métier déterminé : c'est seulement comme élément d'éducation qu'il est inscrit au programme; dans ces conditions, le côté professionnel auquel l'article 18 fait allusion est, Monsieur le Ministre, tout à fait secondaire; il ne s'agit donc plus d'apprentissage proprement dit, car il ne faut pas confondre l'apprentissage avec l'éducation de la main; ce qu'on veut à l'école du ¥ degré en introduisant le travail manuel, c'est tout simplement habituer l'enfant à mieux comprendre les leçons théoriques qu'il a reçues.
« Il est incontestable qu'au point de vue du vocabulaire, par exemple, parler à l'enfant d'une série d'outils sans les lui montrer, c'est lui charger la mémoire sans grand profit; tant qu'il ne les a pas vus, il n'en conçoit pas très bien la forme ni l'utilité, et le mot lui-même lui manquera quand il en aura besoin. S'agit-il du bois, par exemple? Il faut aussi qu'il ait vu les dilférentes essences et qu'au besoin il en ait éprouvé les nombreux degrés de résistance, pour se retrouver utilement dans les diverses dénominations des différentes catégories. En réalité, on peut dire que, si l'homme pense et peut préciser sa pensée, c'est que le point de départ de la pensée est le travail de la main; un philosophe a même dit que « l'homme pense parce qu'il a une main ».
« En effet, le travail manuel précise la leçon théorique et habitue l'enfant à vérifier les textes à la réalité; en lui faisant toucher les matières premières nécessairjss à toutes les industries, il gagnera la pratique des comparaisons et on l'habituera à voir clair dans la vie; le travail des mains
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est donc un élément considérable d'instruction et d'éducation générale. »
Puis l'orateur montra que le ¥ degré n'a pas seulement pour but de préparer l'enfant à l^l'apprentissage fructueux d'un métier, mais encore de parfaire son instruction générale :
« Il ne faut donc pas, dit-il, que dès l'âge de douze ans l'enfant soit transformé en automate; nous nous insurgerions contre la pensée de laisser en suspens son éducation intellectuelle, d'autant plus que cette culture générale de l'enfant de l'ouvrier lui sera nécessaire journellement au cours de son existence. J'ajoute, considération supérieure, que, pour sa défense sociale, la classe ouvrière a besoin d'ouvriers qui pourront demain administrer ses syndicats, ses mutualités, ses coopératives, être ses délégués aux conseils de l'industrie et du travail ainsi qu'au conseil des prud'hommes, devenir ses négociateurs, — ses plénipotentiaires, — au cours des conflits entre le travail et le capital.
« Il faut donc au prolétariat des hommes d'une culture générale développée, et, si l'on arrêtait la culture intellectuelle dès l'âge de douze ans, pour ne plus voir que la culture manuelle, il y aurait pour lui une déperdition rei^rretlable de forces morales.
« J'ajouterai que, dans l'intérêt même de la production, il faut des ouvriers à l'esprit éveillé, car il y a une série d'industries se transformant constamment et qui nécessitent de la part des travailleurs de grandes qualités d'adaptation.
« Cette dernière considération est aussi une des raisons pour lesquelles nous voulons une culture manuelle générale et non une culture manuelle spécialisée. »
M. Van Cauwelaert, député d'Anvers, dans un discours du 17 décembre 1915, montra à son tour le danger qu'il y aurait à abandonner prématurément l'instruction générale au profit d'un enseignement des travaux manuels, mal conçu et trop tôt spécialisé. Il attend d'une organisation
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rationnelle de l'instruction professionnelle, donnée après rachèvement des études primaires et largement répandue dans le pays, la formation complète des enfants du peuple.
« Cet enseignement professionnel ou de préparation technique n'existe, en Belgique, que dans des limites trop étroites. Et une des raisons pour lesquelles les enfants du peuple ne manifestent peut-être pas un désir suffisamment intense de suivre cet enseignement là où il existe, c'est précisément l'insuffisance actuelle de l'enseignement primaire.
a Je suis convaincu qu'une des conséquences heureuses de la loi nouvelle sera de nous faire assister à une efflorescence nouvelle de l'enseignement professionnel ou de l'enseignement de perfectionnement.
« Ne compromettons pas cet enseignement d'avenir en introduisant dans les écoles primaires proprement dites un enseignement professionnel anticipé, en accaparant les heures précieuses qui doivent être réservées à l'enseignement fondamental, à la culture générale de l'enfant. »
Dans la même séance du 17 décembre 1913, M. Destrée, député de Charleroi, donna à son tour une définition du 4^ degré qui concorde avec celle du Ministre. « Qu'est-ce que le ¥ degré? » demanda-t-il, et il répondit à cette question dans les termes que voici : « Tout tient dans la définition, le reste suivra. C'est une institution scolaire prenant les enfants de l'âge de douze à quatorze ans, complétant l'instruction primaire, revisant le programme de culture générale, et ajoutant à ce programme des exercices manuels ayant pour but d'exercer l'esprit et non pas de préparer à tles métiers. » L'orateur a voulu dire des métiers déterminés^ car, parlant des sections préparatoires existant dans certaines écoles professionnelles et qu'il assimila au ¥ degré, il déclara dans la même séance : « L'étude se poursuit dans ces écoles tout d'abord par des travaux de culture générale. ' Elle se constitue de la revision du programme de l'enseignement primaire. Elle est accompagnée de certains exercices manuels, qui ne doivent pas nécessairement préparer à une
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profession déterminée, mais qui peuvent y conduire et servent à l'éducation générale de la main, de l'œil et de l'esprit. »
Tous les orateurs se montrèrent ainsi d'accord sur le but à assigner au 4« degré. Ils furent également unanimes à reconnaître que le programme, suivant l'expression de M. OmerBuysse, ne doit pas se figer en une uniformité néfaste, mais se plier aux nécessités locales, ainsi que l'a très bien mis en évidence l'exposé des motifs. M. Mansart, député de Soignies, montra même qu'en l'état actuel de la question il serait difficile de déterminer un programme général autrement que dans ses grandes lignes, et, pour appuyer sa thèse, il donna lecture d'une circulaire émanant du Conseil de perfectionnement des œuvres d'enseignement du Hainaut.
Cette circulaire, marquée au coin du bon sens, nous paraît mériter d'être reproduite in extenso. La voici :
« La question de l'enseignement professionnel est à l'ordre du jour.
« Plusieurs écoles professionnelles ou à tendances professionnelles, créées soit par la province, les communes, soit par des particuliers ou des groupements, existent déjà dans le Hainaut.
« Presque toutes et, en tous cas, les plus importantes à l'heure actuelle ont pour but de préparer les jeunes ouvriers au travail du bois et du fer. Or, ceux qui s'occupent de cet enseignement constatent que ces écoles sont peuplées en partie des fils d'ouvriers mineurs et verriers. C'est notamment le cas pour Charleroi, et la même tendance paraît vouloir se manifester dans le Borinage.
« La conclusion qu'il faut en tirer, c'est que, d'une part, les fils de mineurs ou de verriers ont une tendance à vouloir embrasser une autre profession que celle exercée par leur père, et que, d'autre part, ces enfants et leurs parents qui consentent à s'imposer le sacrifice d'envoyer les enfants à l'école, plutôt qu'à la mine ou à Tusine, forment l'élite. C'est là une situation à laquelle ceux qui s'occupent de l'in-
duslrie houillère et verrière ne peuvent rester indifférents et qui doit les préoccuper.
< Il y aurait évidemment là un grave danger, si la mine et la verrerie étaient abandonnées par les enfants de l'ouvrier indigène!
« Cette question mérite, me paraît-il, d'ôtre étudiée, au moment surtout où les écoles du ¥ degré vont s'ouvrir et vont mettre les enfants en contact avec le fer et le bois.
« Que faire pour conserver à ces importantes industries de la houille et du verre une classe ouvrière qualifiée?
« Que faire pour enrayer la désertion de la mine et de la verrerie par l'ouvrier du pays?
« Comment préparer l'apprentissage des ouvriers mineurs et verriers?
« C'est à l'étude de ce problème que je vous convie.
« A mon avis, il y aurait lieu de composer une commission qui comprendrait :
« Un tiers de patrons ;
« Un tiers d'ouvriers et
« Un tiers de gens d'enseignemeiil.
« Chacune de ces catégories désignerait quatre délégués.
« Il y aurait évidemment une commission différente par industrie.
« Si d'autres renseignements ou explications plus amples vous étaient nécessaires, je me tiens à votre entière disposition.
a Le président du Conseil de perfectionnement, « {signé) Pastur. »
« Vous voyez, ajouta M. Mansart, que cette question de programme joue un grand rôle et qu'il est très important, dès maintenant, non pas de l'établir, mais de vous joindre aux personnes de bonne volonté, notamment comme M. Pastur dans le Hainaut, afin de provoquer de ces réunions ayant pour but d'examiner comment on pourra organiser le \^ degré là où il n'y a par exemple que des bouilleurs, que
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des verriers ou des ouvriers d'autres professions ne travaillant pas le bois et le fer. »
Nous souscrivons entièrement à ces sages conseils de M. Mansart. Aussi estimons-nous que, dans chaque localité importante où il existe une industrie dominante, les administrateurs communaux et les directions des écoles privées, pour établir le programme de leur 4^ degré, surtout en ce qui concerne la partie pratique ou manuelle, agiront dans l'intérêt bien entendu de leurs élèves en consultant à cet égard les organisations patronales, mais surtout les organisations ouvrières. Les ouvriers sont, en effet, particulièrement intéressés à la bonne solution de cette question et les plus capables d'indiquer, grâce à leur expérience personnelle, de quelle préparation leurs enfants ont surtout besoin pour faire un apprentissage rapide et fructueux de leur futur métier.
FAISONS, AINSI, DES ÉCOLES SUR MESURE î