‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 9 sur 56 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LA DISCUSSION DU PROGRAMME DU 4^ DEGRÉ DE L'ÉCOLE PRIMAIRE AU PARLEMENT BELGE

L'exposé des motifs. — Les tendances de l'enseignement au 4« degré : discours de M. Poullet, ministre des Sciences et des Arts, et de MM. Troclet, Van Cauwelaert, Destrée, Mansart. — Une circulaire de M. Pastur, député permanent du Hainaut.

Avant de développer nos vues quant à l'organisation pratique de l'enseignement du 4« degré sous ses diverses formes, nous tenons à exposer en un chapitre spécial comment le législateur a envisagé le problème, lorsqu'il a décrété cette innovation.

Voici comment l'article 17 de la loi organique de l'instruction primaire définit cet enseignement complémentaire.

Après avoir, en son alinéa premier, déterminé le programme général de l'école primaire, cet article dit en ses alinéas 2 et o :

« Le programme sera successivement complété par l'enseignement de matières à tendances pratiques, qui formeront un degré d'études complémentaires, préparatoire à la formation technique et professionnelle des jeunes gens.

« Les grandes lignes du programme du 4^ degré sont fixées par arrêté royal. Elles seront adaptées aux nécessités locales par les règlements particuliers que les communes et les directions d'écoles adoptables ou adoptées pourront édicter. »

Et l'article 18 ajoute : « Le 4*^ degré ou les cours de perfectionnement à tendances professionnelles prévus à l'article précédent seront, dans un délai de cinq ans à partir

de la promulgation de la présente loi, organisés dans toutes les communes du royaume.

« Au besoin, le régime du demi-temps pourra être établi. En cas de nécessité également, deux ou plusieurs communes pourront être autorisées, par arrêté royal, à se réunir pour l'organisation en commun du degré complémentaire. »

L'exposé des motifs du projetde loi présenté aux Chambres par M. Poullet décrit très nettement le but du ¥ degré, et montre avec infiniment de clarté quels types principaux de classes il conviendra d'organiser pour que cet enseignement complémentaire produise tous ses effets.

Il nous paraît indispensable de transcrire ici le passage de ce document parlementaire traitant spécialement de cet objet :

« Dans son organisation actuelle, l'instruction élémentaire se compose de trois degrés, formant six années d'études, de sorte qu'au bout de sa douzième année l'élève a normalement parcouru le cycle complet de l'école primaire.

« Arrivé à cet âge, si l'enfant continue à fréquenter les classes primaires, il n'y trouve plus qu'un enseignement de répétition ; s'il passe dans un cours industriel ou professionnel, il est aussitôt absorbé par la spécialisation, sans aucune préparation adéquate; enfin, s'il est, dès cet âge précoce, dirigé vers l'apprentissage et le travail, il n'acquiert le plus souvent, de son métier, que la connaissance ébauchée par une routine étroite, pour devenir, en fin de compte, un ouvrier médiocre ou un artisan incomplet.

« Il y a donc, dans l'ensemble de l'éducation scolaire, une lacune.

« Le remède à cette situation paraît tout indiqué. Il résultera efficacement d'une double mesure combinée : interdiction du travail des enfants de moins de 14 ans et institution d'un quatrième degré d'études primaires à tendances professionnelles générales.

< L'interdiction du travail des enfants fait l'objet d'un projet de loi modificatif déposé par le Gouvernement, dans

la séance de la Chambre des Représentants du 12 novembre 19121.

« En ce qui concerne l'institution du 4^ degré à l'école primaire, il convient d'entrer ici dans quelques développements.

« Le 4® degré ou cours primaire supérieur n'empiète en aucune façon sur le domaine de l'enseignement technique ou professionnel proprement dit, qui est une spécialisation. Il ne s'agit pas d'y former des menuisiers plutôt que des forgerons, des cordonniers plutôt que des tailleurs, des commis plutôt que des comptables. L'enseignement d'une profession ou d'un métier déterminés est l'objet propre de l'école professionnelle, tandis que le ¥ degré primaire vise seulement à donner aux jeunes gens une éducation manuelle et pratique préparatoire à tous les métiers et à toutes les professions.

« Son but est donc de retenir pendant deux années de plus, dans la saine atmosphère de l'école, les enfants de la classe ouvrière ou rurale, d'associer davantage l'éducation technique préparatoire et le travail manuel à l'instruction générale et scientifique ; de donner aux aptitudes naturelles et aux vocations l'occasion de se dévoiler et de s'affirmer; de ménager ainsi la transition entre l'école et l'atelier ou entre l'école primaire et l'école professionnelle; enfin de tourner la prolongation de la scolarité au profit d'une formation plus intégrale de l'homme et de l'artisan.

« Plusieurs communes, et il convient de rendre ici hommage à leur initiative, sont déjà entrées dans cette voie.

« Dès l'année 1902, Saint-Gilles décida l'institution d'un quatrième degré à tendance technique dans certaines de ses écoles, et cinq ans plus tard elle inaugurait l'école primaire supérieure, destinée adonner aux futurs ouvriers une éducation manuelle intégrale. Bruxelles a organisé, depuis 1906, des classes complémentaires à tendances commerciales et

L Document 17. Session 1912-1915.

administratives (rue des Sols et rue des Six-Jetons) et des classes à tendance technique (rue du Miroir et rue de Schaerbeek). Ixelles et Louvain possèdent depuis plusieurs années une école du ¥ degré, desservie par un personnel spécial. A Liège, une septième année d'études est établie, depuis 1907, dans plusieurs écoles primaires.

« Enfin, bon nombre d'autres communes, ainsi que certaines directions d'écoles adoptées ou adoptables, ont fait preuve d'une initiative analogue.

« Envisagée dans ses modalités de réalisation, l'institution du quatrième degré se présente pour les écoles de garçons sous trois aspects différents : le type industriel technique, le type commercial et le type rural ou agricole.

« Le type industriel technique s'adresse surtout au futur ouvrier manuel ; le type commercial à ceux qui se destinent aux petits emplois de l'administration, du commerce et de l'industrie.

« Même dans le type commercial, une place est faite aux travaux manuels, car ils constituent un excellent moyen d'éducation générale. Ces travaux contribuent, en effet, à développer l'habileté générale, l'agilité, la dextérité des deux mains, la promptitude et la sûreté des mouvements : qualités dont l'importance ne saurait être contestée et qui trouvent leur application dans les diverses circonstances de la vie et dans toutes les professions. Ils donnent aux enfants des habitudes d'ordre et de correction; ils développent les qualités d'attention et de perception.

« Les occupations manuelles tendent même à rendre plus fécond l'enseignement reçu dans les cours généraux ; elles constituent le prolongement naturel des cours de dessin, et elles fournissent l'intuition plus complète et plus profonde des notions de formes géométriques, de calcul et de système métrique, par l'application à la réalité des choses.

« Dans le type rural, les occupations manuelles se rapporteront avant tout aux nécessités de la vie rurale. Si l'on voulait donner au 4^ degré dans les écoles rurales des tendances industrielles ou commerciales trop accentuées, l'institution nouvelle contribuerait à promouvoir l'exode rural vers les villes. En détournant la jeunesse des campagnes de la profession agricole, le ¥ degré travaillerait contre son but même, qui est de donner aux enfants l'éducation générale la plus appropriée à leur vocation. Dans les écoles rurales, le programme du ¥ degré s'attachera avant tout aux sciences naturelles, aux notions pratiques d'agriculture, à la comptabilité agricole et au jardinage. La prolongation de la scolarité jusqu'à l'âge de 14 ans permettra de réaliser dans toute son ampleur l'instruction du 45 février 1890, relatif à l'enseignement primaire ^

« Le ¥ degré pour les écoles de filles visera avant tout les travaux de la femme ; il apprendra l'économie domestique, les travaux de coupe et de couture, les soins de l'hygiène; dans les villes, il se complétera par les leçons de floriculture ; dans les campagnes, par les notions d'horticulture et des travaux de jardinage, etc. En d'autres termes, l'établissement du ¥ degré primaire généralisera dans nos écoles de filles l'enseignement ménager, qui est si apprécié là où il est organisé ^

« Ici aussi, il importera de distinguer essentiellement les régions industrielles et urbaines des régions agricoles, et d'adapter l'enseignement ménager dans les écoles des campagnes aux connaissances que réclame la direction d'une exploitation rurale, si petite soit-elle. Les soins à donner aux animaux, l'entretien de la basse-cour, la manière de

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