‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 16 sur 56 · LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT. M · texte numérisé non relu

LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT. M

couches et en pleine terre, les repiquages, et les interplanta- 1 tions ; l'esherbage, l'éclaircissage et le binage ; les insectes et« les maladies des plantes potagères et les moyens de les com-H battre; la culture spéciale des meilleures plantes potagères, leur récolte, la sélection des [porte-graines ; enfin la conservation des légumes frais et des légumes secs, sans oublier l'emballage et l'expédition des légumes par charrette ou par chemin de fer. L'instituteur fixera l'attention des élèves sur l'importance capitale qu'il y a de satisfaire en ceci comme en toutes choses les goûts, les habitudes et jusqu'aux manies des clients, et de se montrer toujours scrupuleusement honnêtes, dans les fournitures.

Le jardin potager servira également à l'enseignement de l'arboriculture fruitière. Celle-ci a été fort négligée dans notre pays, et cependant elle pourrait devenir une source abondante de richesses, si les paysans s'entendaient à mieux soigner leurs arbres, à choisir de bonnes variétés et à présenter couA^enablement les fruits aux acheteurs.

Si, au lieu de vendre leur récolte |fruitière en vrac à des fabricants de conserves ou de confitures, ils procédaient à la cueillette des fruits avec tous les soins désirables, les triant, faisant essuyer les beaux exemplaires avec un morceau d'étoffe sèche pour les faire reluire, et les emballant dans de petits paniers en osier qu'ils auraient fabriqués eux-mêmes pendant l'hiver, et les offrant ensuite, par l'intermédiaire de leurs propres coopératives de vente et des coopératives de consommation, à la petite bourgeoisie et à la classe ouvrière des villes, ils en retireraient un prix fort rémunérateur et ils rendraient en même temps un service signalé à la population urbaine.

Disons en passant que c'est par la coopération, qui supprime les intermédiaires onéreux,, qu'à notre avis on parviendra, après le rétablissement de la paix, à combattre la vie chère née du grand conflit.

Celte cueillette des fruits demande une main-d'œuvre nom-

breuse et agile. La besogne est à la taille des écoliers et peut être confiée aux plus grands.

Le champ de démonstration servira aux leçons d'agronomie. Inutile de nous étendre sur ce sujet. Le rôle de ces ( hamps est suffisamment connu ; c'est là que se feront les ! udes comparatives sur l'emploi des engrais chimiques, sur lapplication de certains procédés et modes de culture, sur la -'Mection des graines, etc.

Une branche que je voudrais voir enseigner avec quelque développement dans toutes les écoles rurales, pour garçons comme pour filles, c'est le petit élevage de volailles et de lapins, pour qu'il se répande dans tout le pays et devienne une nouvelle source de revenus pour nos campagnards. Ce petit élevage rendra d'autant plus de services que, notre cheptel bovin, ovin et porcin, ayant été presque détruit par la guerre, le gouvernement devra, surtout au début et pendant plusieurs années, prendre des mesures de conservation et défendre notamment l'abatage prématuré de certaines catégories de jeunes animaux. Une partie de l'alimentation carnée de la population pourra ainsi être fournie par la basse-cour.

Nous avons pu constater, au centre d'aviculture créé à Port-Villez par une des nombreuses initiatives de l'infatigable commandant Haccour, que l'élevage de volailles et de lapins, bien compris et bien conduit par des hommes formés a bonne école, demande une petite mise de fonds, est peu coûteux et pourtant très rémunérateur. La théorie se réduit à peu de chose. L'excellent maître Hector De Cooman, simple instituteur de village, mais d'une compétence et d'un dévouement au-dessus de tout éloge, la cheville ouvrière de l'école d'aviculture de Port-Villez, a préparé un cours, qu'il publiera dans les deux langues nationales et où il a condensé, avec la méthode et la clarté qui le caractérisent, toutes les connaissances pratiques relatives au petit éle-

vage^ Nos instituteurs y trouveront un guide sûr et facile. D'autre part, les soins d'hygiène qu'il prodigue à ses élèves « plume et poil *, sa connaissance admirable du régime alimentaire qui leur convient, l'ont jusqu'ici préservé de tout mécompte; et cette constatation a son importance, parce que beaucoup d'éleveurs amateurs échouent dès que leur entreprise prend une certaine extension : les épidémies éclatent, et en peu de jours les ravages sont tels qu'ils entraînent dans la perdition l'envie des cultivateurs lésés de recommencer une nouvelle expérience.

Et pourtant nous devons encourager l'élevage de volailles indigènes dans les fermes, non seulement pour la chair, mais aussi pour la ponte. Nous importons tous les ans des stocks considérables d'œufs italiens. Il y £ quelques années, notre département de l'agriculture avait entrepris une campagne de conférences pour prôner l'élevage de la poule. Les conférenciers furent persuasifs et parvinrent à décider plusieurs fermiers à tenter de larges essais. Beaucoup de basses-cours furent peuplées de poules achetées en très grand nombre en Italie. Mais, soit changement de climat et de nourriture, soit ignorance des éleveurs, les volailles dépérirent, furent atteintes d'épidémies et moururent en masse.

Si donc l'école répand les règles de prophylaxie contre les épidémies de la volaille et des lapins, si d'autre part elle enseigne aux jeunes générations l'élevage rationnel de ces animaux domestiques et joint la pratique au précepte, elle rendra un service signalé à l'agriculture nationale. Or, la pratique est passionnante ; elle mettra de la gaîté et de la joie dans les écoles rurales et rendra le 4^ degré particulièrement attrayant.

Lorsque, dans la suite, les bonnes méthodes se seront

1. Au moment où nous relisons ces épreuves, nous arrive la triste nouvelle de la mort inopinée de M. De Cooman, emporté en quelques jours par la grippe espagnole. Nous saluons ici sa mémoire. Nous nous occuperons personnellement de la publication de ses cours.

répandues dans le public, l'école pourra se reposer sur ses lauriers, entretenir simplement les saines théories, et... passer à d'autres exercices dont le besoin se sera révélé, car la vie est un éternel changement.

Il y aura toutefois un écueil à éviter : il ne faut pas que les instituteurs, plaçant leur intérêt privé au-dessus de celui de leur enseignement, étendent cet élevage au point de se muer en petits industriels dont les affaires excitent la jalousie des populations.

A cette question se rattache celle de la propriété des produits du jardin, des champs de démonstration et de l'élevage. Dans les écoles privées, la question ne se pose pas : c'est un point à régler entre la direction et son personnel et qui ne regarde pas le public. Il en est tout autrement dans les écoles communales. Si la commune paie les installations pour l'élevage. — encore que les plus simples sont les meilleures, — si elle fournit les semences et les engrais chimiques pour les cultures démonstratives, les œufs et les reproducteurs pour l'élevage, est-il équitable que l'instituteur bénéficie à lui tout seul des gains de l'exploitation scolaire? Qu'arrivera-t-il, si un instituteur autre que le chef d'école est chargé des cours de culture et d'élevage au 4" degré? Nous estimons qu'il faudra se montrer très large à l'égard du personnel, pourvu qu'il se dévoue réellement. L'intérêt personnel joue en effet, dans la réussite d'une entreprise, quelle qu'elle soit, un rôle qu'il serait dangereux de sous-évaluer. Il s'agira de trouver une combinaison conciliant tous les intérêts et tous les appétits en présence. Et voilà une troisième question à étudier par le conseil de perfectionnement, d'accord avec les fonctionnaires de l'inspection.

Le problème de l'aviculture attire naturellement l'attention sur celui de l'apiculture. Faut-il, dans les contrées qui s'y prêtent, inscrire cette branche au programme du ¥ degré rural pour garçons? Naguère notre administration de l'enseignement primaire favorisait l'apiculture, mais elle a changé

d'attitude à la suite de quelques abus flagrants. Certains instituteurs consacraient plus de soins à leurs élèves ailés qu'à leurs élèves tout court. Et puis, n'estimez-vous pas qu'un instituteur-apiculteur doit avoir l'esprit de devoir chevillé au corps pour ne pas interrompre sa leçon lorsque sa femme vient l'avertir qu'un essaim d'abeilles a quitté la colonie-mère et se trouve accroché à ujie branche de pommier dans le jardin du voisin?

Nous avons connu, pourtant, des instituteurs-apiculteurs qui étaient les premiers maîtres de leur canton et semblaient avoir puisé chez « les mouches à miel » les qualités de zèle, d'ordre et de méthode que nous admirons chez ces insectes.

Le point capital sera de ne pas tolérer d'exagérations. Si l'apiculture est inscrite au programme, la capture de l'essaim et son installation dans une ruche à cadres feront l'objet d'une leçon de choses à laquelle toute la classe assistera, et ces opérations rentreront parfaitement dans la conception du 4^ degré.

N'oublions pas que l'apiculture peut devenir une source de prospérité dans les contrées les moins favorisées par la nature. Avons-nous le droit de négliger cette source de bienêtre, de mépriser les richesses que cèlent les calices des fleurs et que la gent des abeilles récolte pour les humains sans aide de leur part? Nous ne le pensons pas.

L'enseignement agricole pourra tirer aussi un large profit de promenades scolaires bien organisées. M. Allard, député de Nivelles, préconisa ce mode d'instruction dans son discours du 12 décembre 1915, à la Chambre des Représentants; l'exposé des motifs du projet de loi les recommande également. Ces excursions doivent comporter des visites de fermes modèles et de champs de démonstration, des exercices de mesurage, des herborisations, etc. Ainsi conduites, les promenades scolaires produiraient les résultats les plus heureux. Toutefois, pour être fructueuses, elles demandent à être préparées minutieusement, sans quoi elles dégénèrent en

parties de plaisir et même en expéditions de maraudage. One l'on ne se récrie pas ! nous avons vu une classe en promenade dans la forêt de Soignes se livrer à des actes de vandalisme sur les jeunes arbres, et nous ne sommes pas le seul à avoir assisté à ce spectacle et à avoir entendu les imprécations peu littéraires du maître, lesquelles, malgré leur véhémence, ne parvenaient pas à faire rentrer dans Tordre les jeunes barbares.

Nous sommes aussi très sceptique à Tendroit des promenades d'écoliers tant vantées, organisées par les grandes villes et les écoles importantes. Telles qu'elles sont pratiquées, leurs effets éducatifs sont nuls. Dès que les classes sont arrivées à destination, que ce soit dans un grand parc ou dans quelque site agreste, les maîtres semblent se désintéresser de leur petit troupeau ; ils bourrent une pipe et se plongent dans la lecture de leur journal, tout en savourant leur semois ou leur obourg. De temps en temps, ils lèvent la tête pour surveiller la jeunesse qui se livre à ses ébats et parfois exerce ses instincts de destruction.

Le seul avantage des promenades à la campagne ainsi comprises est d'ordre hygiénique. Obligés de vivre en ville, dans une atmosphère chargée de poussières funestes et de germes de maladies, logeant parfois dans quelque taudis malsain, les enfants prennent ici un bain d'air pur; ils se désinfectent les poumons à l'oxygène et hument les senteurs fraîches de la campagne. Ils se font ainsi une riche provision de santé et de belle humeur.

Cela n'empêche pas qu'à notre avis le gouvernement a le devoir de recommander les promenades scolaires, qui figurent d'ailleurs au programme.

Ces excursions devront être réglées comme des leçons, inscrites avec des détails suffisants dans les journaux de classe et surveillées par l'inspection. Là où elles ont dégénéré en simples parties de campagne, il conviendra de les ramener à la saine conception des promenades instructives.

Quel doit être le programme des travaux manuels proprement dits au ¥ degré rural? D'aucuns se proposaient d'enseigner le cartonnage à nos petits paysans. Nous espérons bien que Ton ne donnera pas suite à cette idée saugrenue. Pour cultiver chez eux la dextérité, nous avons à notre disposition quantité d'opérations autrement intéressantes et autrement variées, qui ont en outre le grand mérite de permettre la confection d'objets immédiatement utilisables. Citons entre autres la confection des paniers en osier pour les divers usages de la ferme ou pour l'expédition de fruits et de légumes, et de paniers en paille cousus avec des brins d'osier préalablement fendus et préparés à cet usage; le filochage de pare-mouches pour les chevaux ; le tressage de la paille, la fabrication de paillassons et de claies en joncs, en branchages ou en lattis, pour servir d'auvents ou de clôtures du jardin potager ou d'abris à la basse-cour. Il y a ensuite le travail élémentaire du bois : la construction de menus objets tels que manches d'outils, mangeoires ou abreuvoirs pour les habitants de la basse-cour, d'éleveuses pour poussins, de clapiers pour lapins, de poulaillers et de parquets à volailles, de marmites norvégiennes, enfin les couveuses artificielles. Il est en effet des couveuses artificielles qui ne sont trappées d'aucun brevet et qui se recommandent précisément par leur rusticité, parce qu'elles peuvent se passer de tous ces organes délicats de réglage dont le dérangement, momentané même, compromet l'incubation. M. De Cooman en a fait construire à Port-Villez d'après ses plans, et les résultats ont dépassé son attente. Le coffre peut être fabriqué par un menuisieramateur. Le réservoir seul, de forme et de complexion très simples, devra être fourni par le zingueur du village.

Nous avons vu exécuter tous ces travaux par des mutilés, pour lesquels ils constituaient des nouveautés et qui, à deux, ne disposaient souvent que de deux mains valides; et nous avons été surpris de la rapidité avec laquelle ils s'appropriaient les tours de main que nécessitent ces ouvrages.

Ajoutons à tout cela la couture du cuir et la préparation

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