‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 17 sur 56 · UU J · texte numérisé non relu

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des peaux de lapins à fourrures, préparation qui s'apprend vite et permet de décupler le prix de celte marchandise, dont oii ne connaît pas assez la valeur à la campagne, qu'on laisse vent se détériorer et que Ton bazarde ensuite pour une

agatelle à quelque revendeur ambulant.

Dans certaines contrées de l'Ardenne, l'industrie de la !)oissellerie pourrait s'implanter ou se répandre par le concours d'un instituteur bien préparé. Nous ne voulons pas nous prononcer ferme en cette matière, car les éléments d'appréciation nous manquent. Nous nous bornons donc à

noncer le problème, laissant aux compétences le soin de le résoudre.

La description des machines agricoles, qui deviennent de jour en jour plus compliquées, ne pourra être négligée dans les pays de grande culture. Comme il est impossible que lécole se procure tous ces modèles en nature, l'instituteur, en guise de promenades scolaires, conduira parfois sa petite troupe dans quelque ferme bien tenue où il en trouvera du dernier type. Dans bien des cas, le père d'un élève consentira à amener certaines de ces machines dans la cour de l'école, pour que l'instituteur en puisse expliquer la construction et le fonctionnement à sa classe du 4« degré.

Parfois il sera utile de faire une station chez le maréchalferrant du village, où viennent échouer les machines conduites par des mains inexpertes ou malhabiles. Sur interpellation du maître, le disciple des Cyclopes montrera les fautes à éviter, il indiquera sur les organes détériorés les points faibles ou délicats à ménager; et ce petit cours d'anatomie pathologique des machines aratoires jouira d'un succès mérité.

Cette partie des cours appellera le dessin à la rescousse. Le programme des années antérieures se développera. Ce sera le dessin à main levée d'objets empruntés à l'agriculture, de croquis cotés des objets usuels simples que nous avons

énumérés plus haut ; de pièces peu compliquées de machines agricoles, de plans d'une couveuse artificielle, d'une fosse à purin, d'un clapier, d'un poulailler, d'une éleveuse, d'une étable modèle.

Aux cours de dessin et de calcul se rattacheront quelques leçons d'arpentage, avec le lever approximatif de plans de pièces de terre, de bâtisses, etc., et le tracé au net de ces plans.

Au même titre que le futur ouvrier industriel, le cultivateur de demain a besoin d'être initié aux problèmes économiques dont il sera bientôt un facteur modeste, mais non moins important. Depuis que l'individualisme a cessé de régner en maître à la campagne et que la coopération y a répandu ses bienfaits, la vie agricole s'est compliquée davantage.

Les transactions ne se limitent plus au canton; les expéditions en commun se font au loin, vers toutes les grandes villes du pays et même vers l'étranger. Les engrais ne sont plus fournis par l'étable seule, mais viennent, à grands frais, de l'usine et souvent des contrées d'outre-mer. Le crédit agricole mutuel a vivifié l'agriculture, intensifié l'élevage et favorisé les défrichements. Les achats en commun de fourrages et d'engrais ont diminué les prix de revient, les analyses chimiques préalables des marchandises acquises ont mis un terme à l'exploitation éhontée des paysans par des mercantis sans vergogne, et les ventes en commun ont augmenté les bénéfices. Tous ces changements sont les fruits d'une évolution lente. Maintenant que ces idées de solidarité ont pénétré dans les couches paysannes, il s'agit de les éclairer davantage encore, de les épurer et de leur faire rendre le maximum d'effet utile, par quelques leçons bien bâties d'économie rurale. Le maître y joindra quelques notions claires sur les partages et les échanges de terres, sur la mitoyenneté, les clôtures et les servitudes, sur les baux et les louages de services, sur les assurances contre l'incendie

t la mortalité du bétail, sur les transactions, les arrhes et les promesses de vente, sur les héritages, sur la police de roulage et les animaux domestiques, sur la responsabilité en cas

: accident du travail, etc., etc. Il parlera des syndicats prolossionnels, mettra en évidence la force de l'association, notamment pour Técoulement avantageux des produits de la terme, et prônera la mutualité et l'épargne. Il montrera enfin comment l'agriculture est solidaire des autres branches de l'activité nationale et incitera les jeunes gens à lire des ouvrages de vulgarisation traitant de toutes ces questions passionnantes. Il faut que notre classe paysanne s'instruise; elle n'a qu'à se modeler sur celle du Danemark et, par certains côtés, sur celle des Pays-Bas. Ce que les cultivateurs danois et hollandais ont réalisé n'est pas au-dessus des forces de nos vaillantes populations rurales.

Sur ces leçons se greffera un petit cours de comptabilité agricole. Nous n'avons jamais compris aussi bien qu'au petit bureau de la ferme d'Arconville, dépendant de l'Institut des mutilés belges de Port-Villez, l'importance de cette comptabilité et son intérêt captivant. Voici, par exemple, le tableau mensuel de la production laitière : les différentes vaches y figurent avec le résultat de chaque traite. On suit aisément les variations : le fermier les interprète par l'état physique de la bête, par l'approche ou l'éloignement de l'époque de la parturition, le changement de fourrage, etc. Toute variation anormale ou suspecte excite son attention, et le détermine à en rechercher la cause. Voilà le relevé de la ponte journalière des poules, canes, oies, dindes, pintades. Les braves canes détiennent le record. Ailleurs c'est le tableau du travail des chevaux et des bœufs, ceux de l'alimentation du bétail et de la basse-cour et celui des récoltes; le nombre et le poids des gerbes s'y alignent à côté du chiffre des quintaux de blé produit. Voici encore le relevé des engrais et celui des semences et graines; enfin, condensant tout cela, le Hvre des recettes et dépenses.

Cette comptabilité est claire et parlante. Nous avons employé tout à l'heure le terme « captivant », et nous le maintenons. L'inscription régulière des résultats de l'exploitation et son examen fréquent incitent à l'économie. Le paysan qui a appris à comprendre le langage des chiffres y conforme sa conduite. Tantôt ils l'engagent à augmenter certaines rations, tantôt ils lui conseillent de se débarrasser des bêtes à l'engrais passé un certain délai. Ils lui montrent que telle exploitation laitière est moins avantageuse que telle autre, que l'élevage du dindon est plus, ou moins, profitable que celui de l'oie, que l'emploi d'un engrais chimique déterminé augmente les récoltes dans des proportions rémunératrices, etc.

Cette comptabilité a le mérite de ne pas être difficile à tenir, pourvu que les cadres en soient bien tracés et que le fermier en ait saisi la méthode.

On pourrait reprocher à ce programme de sacrifier trop à la pratique agricole et d'empiéter sur l'instruction professionnelle.

M. Max Pastur, député de Nivelles, a par avance répondu à cette objection lorsque, en séance delà Chambre du 12 décembre 1915, il a dit :

a Actuellement, 90 pour 100 des enfants de la campagne ne fréquentent que l'école primaire, 8 pour 100 l'école moyenne et 2 pour iOO seulement l'institut supérieur ou l'université. C'est que les exploitants des campagnes n'ont pas les ressources nécessaires pour envoyer les enfants dans les écoles moyennes, et, dès lors, la grande masse des travailleurs agricoles, des petits exploitants, des jardiniers, maraîchers, horticulteurs, ne recevra jamais que cet enseignement primaire.

« C'est pour ces raisons que le 4^ degré doit contribuer à fournir aux enfants des centres ruraux un enseignement nettement agricole. Il importe que les élèves soient munis des connaissances usuelles adaptées au miheu où ils doivent vivre.

« D'aucuns prétendent que l'enseignement nouveau ne doit être que le développement des six premières années d'études, se basant sur cette considération qu'à l'âge de 12 à li ans l'enfant ne peut encore choisir sa carrière. D'après eux, le ¥ degré doit se composer de notions propres à servir de base à toutes les professions.

« En théorie, cela paraît rationnel; en fait, cependant, nous devons tenir compte de la mentalité acquise par les cultivateurs et les expériences du passé.

« En admettant un enseignement général, qu'arrivera-t-ir? Que deviendront nos enfants de la campagne, à l'âge de 14- ans? Les fils des artisans fréquenteront probablement une école industrielle ou professionnelle des environs.

« Les fils des cultivateurs, au contraire, se diviseront en deux catégories. Pour les uns, le 4^ degré aura contribué à développer leur instruction générale sans leur avoir donné comme solide contrepoids une instruction professionnelle agricole.

« Et il arrivera souvent que les plus intelligents d'entre eux seront encouragés, grâce à la mentalité actuelle, soit par leurs parents, soit par l'instituteur, à quitter nos campagnes. Pour les autres, ce sera le retour à la ferme sans instruction professionnelle et sans occasion de la recevoir encore.

« Dans ces conditions, la population agricole continuerait ainsi de se composer de cultivateurs n'ayant pas reçu d'éducation professionnelle. On ne niera pas que, dans ces conditions, l'agriculture se trouverait dans une situation d'infériorité vis-à-vis des autres professions, et c'est pourquoi je souhaite que toutes les branches du ¥ degré à la campagne soient nettement orientées vers l'agriculture ; il faut, avant tout, faire aimer la campagne; il est à souhaiter que beaucoup d'instituteurs changent leur mentalité actuelle et n'envoient plus leurs meilleurs élèves vers les grandes villes, mais qu'ils fassent aimer au contraire aux enfants les champs et le pays où ils sont nés. »

Nous sommes convaincu que nos conceptions en matière DE Paedw. — L'Enseignement en Belgique. 10

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d'enseignement au 4^ degré rural donneront entière satis faction à l'honorable député. Les petits paysans qui auront terminé leurs études dans une classe du 4^ degré conduite d'après les principes que nous venons de développer aimeront la terre, ils apporteront dans la ferme paternelie un esprit réfléchi et curieux, ils seront désireux de marcher avec le progrès. Ils lutteront contre les routines, essayeront les procédés recommandés en classe et les introduiront dans les cultures, en' vainquant par [le succès l'opposition mollissante de leurs pères.

Mais que faites^vous de fils d'artisans, de négociants, de bourgeois, qui Fréquentent l'école villageoise et qui n'ont pas besoin d'un enseignement agricole poussé aussi loin?

L'instituteur les réunira en une division à part. Ils suivront avec leurs camarades paysans les coure d'enseignement général, de physique, et certaines leçons d'horticulture et d'élevage, car à la campagne tout le monde cultive un tant soit peu. Pendant les exercices d'agriculture, ils se livreront à des applications de calcul, mais surtout de dessin élémentaire de constructions civiles et de dessin industriel.

Pendant les congés saisonniers qui retiendront les jeunes cultivateurs aux champs, le maître pourra leur consacrer des heures spéciales et les « pousser » dans cette branche si importante.

Nous y voyons, surtout comme aboutissement, une amélioration du confort et de l'hygiène dans les habitations rurales. Nulle part la routine n'a sévi avec autant d'insistance que dans ce domaine. Les artisans villageois de nos jours ne sont guère plus avancés que leurs pères. Les maisons qu'ils construisent sont la négation des commodités peu coûteuses qui font l'agrément de la vie. Si l'on vent retenir le terrien à la terre, il faut rendre son existence à la catnpagne moins rude, moins pénible, ou plutôt plus agréable.

Nos maçons et nos charpentiers sont remplis de boTine volonté; ils ne manquent pas d'habileté, mais ils sont igno-

rants et ils ne possèdent pas les plans qui leur permettraient de construire, pour le même prix, des habitations répondant aux règles de l'hygiène et présentant un certain confort. L'instituteur rapportera ces plans de la section normale spéciale où il se sera perfectionné en vue de l'enseignement au -i^ degré.

Nous terminerons cette étude du type rural pour garçons parce détail minime, mais qui a néanmoins son importance et met en relief le but à atteindre par ce cours très élémentaire de constructions civiles. Les bains sont presque inconnus à la campagne, et cependant il est des travaux après lesquels les habitants de la ferme auraient besoin de faire de sérieuses ablutions. Nous n'allons pas jusqu'à réclamer l'installation de salles de bain dans les demeures paysannes ; mais rien n'empêcherait d'y posséder au moins une baignoire. Nous avons vu à Letchworth, la cité des jardins anglaise, une baignoire dans chaque maisonnette ouvrière. Elle est dissimulée dans une arrière-cuisine ou relaverie, entre la pompe et ce que nous appelons une « douche ». Un couvercle en planches se rabat sur elle et sert en temps ordinaire de table pour le lavage de la vaisselle. Un membre de la famille veut-il prendre un bain, il relève le couvercle; la pompe lui fournit l'eau froide et la douche l'eau chaude. Dès qu'il a fini, il nettoie la baignoire et rabat le couvercle... et le tour est joué!

Si les plans modèles que l'instituteur proposera à ses élèves prévoient un dispositif semblable, il est à présumer que l'exécution pratique n'en tardera pas, et, comme en ce bas monde on est mouton de Panurge, Jean suivra l'exemple de Pierre, et Marianne la fermière estimera que ce que la voisine se permet, elle peut se l'offrir à plus forte raison.

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