‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 24 sur 56 · Les Case dei Bambim · texte numérisé non relu

Les Case dei Bambim

ùssent élevés au-dessus du niveau où ils se sont maintenus jusqu'aujourd'hui. »

Mais, pour cela, il faudrait que nos universités préparassent pour nos écoles normales des maîtres capables d'enseigner nos futurs instituteurs. Auprès de chacune de nos universités devrait se fonder une haute école pédagogique, qui ne fût plus tributaire de la faculté de philosophie, mais entrât dans la vie universitaire comme une faculté indépendante.

La préparation des futurs instituteurs par les sciences expérimentales ne doit pas consister seulement à leur enseigner les procédés de l'anthropométrie et de la psychométrie. La technique ne suffit pas ; elle doit être au service de l'esprit scientifique. Il faut, comme le dit encore le même auteur, orienter le maître primaire « dans la voie de la science expérimentale, en lui enseignant à se servir un peu de divers instruments dont il aura besoin pour remplir son office », mais aussi, « dans les limites de ses fonctions, le mettre sur la voie de l'esprit scientifique », et éveiller son intérêt pour les manifestations des phénomènes naturels chez l'enfant « jusqu'à ce qu'il connaisse l'attente anxieuse de celui qui a préparé une expérience dont il espère une révélation » .

Nous devons cultiver chez nos normalistes la passion de l'observation de la nature enfantine, mais cette observation ne peut donner de résultats, ni la pédagogie expérimentale naître et se développer, que pour autant que « l'école permette à l'enfant de manifester librement sa nature ». Nous reviendrons sur ce thème lorsque nous développerons, au chapitre XIII, la réforme de l'enseignement gardien.

Une seconde cause du peu de connaissances positives que donne l'école normale actuelle réside dans le mode d'enseignement que les maîtres y emploient. Dernièrement encore, nous entendions un homme très intelligent développer cette énormité qu'une leçon d'école normale doit être bâtie de lelle façon qu'elle pourrait à la rigueur être transportée à l'école primaire. Une leçon d'école normale, pour être bonne.

doit, paraît-il, débuter par une interrogation sur la leçon précédente et éventuellement la correction d'un devoir, se continuer par l'exposé socratique de la matière nouvelle, et se terminer par une récapitulation et une nouvelle interrogation, et nous nous sommes laissé dire que la répartition du temps en tranches mesurées à la minute a été consacrée officieusement.

C'est très drôle; mais cela fait perdre énormément de temps. Pendant qu'un élève est « sur la sellette », les autres bayent aux corneilles, sans compter que la forme socratique est très lente et convient surtout à des enfants. Nous sommes partisan du mode dogmatique lorsqu'il s'agit d'enseigner des jeunes gens de 16 à 18 ans, d'une réduction des heures de cours, d'une augmentation correspondante des heures d'études et de continuelles interrogations individuelles par des répétiteurs spécialement désignés pour cette mission. Nous voudrions, de plus, voir introduire une autre forme d'horaire. Actuellement on décrète combien d'heures seront consacrées hebdomadairement à chaque branche en particulier. Nous aimerions infiniment mieux que l'on déterminât le nombre d'heures à attribuer par an à chaque spécialité. La matière serait d'avance répartie en leçons, et le système aurait cet avantage que le professeur ne s'étendrait pas sur quelques points au détriment des autres.

Par l'emploi du mode dogmatique dans certaines branches, le professeur pourrait en une séance exposer beaucoup plus de notions, et la continuité de l'exposé ferait mieux ressortir leur enchaînement : car, à leur âge, ses élèves doivent être habitués aux vues synthétiques. Chaque professeur aurait à traiter, mieux que par le passé, la méthodologie spéciale de sa branche enseignée à l'école primaire. Le directeur se verrait confier la mission de veiller à ce que tous ces cours particuliers entrassent dans le cadre de la didactique générale tracé par le professeur de pédagogie. Mais ces cours seraient complétés par des indications précises quant à la méthode spéciale à suivre dans l'étude approfondie, par les

futurs maîtres, de chacune des sciences figurant au programme.

L'augmentation des heures réservées à l'étude permettrait aux jeunes gens de digérer et de s'assimiler convenablement ces notions plus nombreuses, et les interrogations continuelles, tout en stimulant et en soutenant leur effort, les obligeraient à un travail régulier, leur apprendraieat à exposer leurs idées avec aisance, clarté et méthode, et donneraient l'occasion au répétiteur de rectifier les conceptions fausses qui auraient pu se glisser dans leur cerveau.

Ces répétiteurs seraient choisis parmi les tout meilleurs éléments; ils rempliraient d'abord les fonctions de maîtres d'études et de professeurs suppléants, et se prépareraient ainsi à occuper dans la suite une chaire dans l'enseignement normal. Car ces chaires leur seraient réservées, à moins qu'ils se montrassent inférieurs à leur tâche; dans ce cas, on les écoulerait le plus vite possible vers une école moyenne.

Il nous semble indispensable de faire observer ici qu'aucun arrêté organique ne règle les conditions à remplir par les candidats qui postulent des emplois dans l'enseignement normal primaire.

La possession cVun grade académique ou scientifique ou du diplôme de professeur agrégé de renseignement moyen du second degré nous paraît s'imposer, sauf pour les cours accessoires de dessin, de gymnastique et de musique, pour lesquels on aurait à exiger naturellement des diplômes ad hoc.

L'Etat aurait à demander les mêmes garanties aux directions des écoles normales agréées et à stipuler quà l'avenir tous les nouveaux professeurs à désigner dans ces établissements devraient être porteurs de semblables titres de capacité^ faute de quoi V agréation consentie naguère deviendrait caduque ipso facto.

L'organisation des sections normales spéciales pour le quatrième degré s'opérerait sans grandes difficultés. Il y

aurait naturellement quatre types différents : le type technique et commercial et le type rural pour les instituteurs, le type urbain et le type agricole pour les institutrices.

Admettons un instant que notre projet ait reçu l'approbation de rautorité supérieure et examinons comment il faudrait passer à la réalisation.

Le gouvernement et les directions des écoles normales agréées choisiront tout d'abord, avec le plus grand soin, les maîtres spéciaux auxquels ils confieront les cours pratiques. Car de leur capacité et de leur culture dépendra le succès de l'innovation. Ces maîtres seront engagés par contrat, pour un. terme de I, 5, 6, 9 années, afin que l'autorité puisse renoncer à leurs services au cas où ceux-ci ne répondraient pas à l'attente. L'instabilité de la situation serait compensée par des avantages pécuniaires. Dans ce genre d'emplois qui demandent beaucoup d'initiative et d'allant, une nomination définitive incite facilement à un laisser-aller déplorable, ainsi que nous avons pu le constater à maintes reprises.

Envisageons en premier lieu le cas de la section normale du type technique et commercial ; à notre avis, il est inutile de créer des cours distincts pour les instituteurs qui auront à enseigner plus tard dans les classes soit du quatrième degré technique, soit du quatrième degré commercial.

Il faudra un maître pour le travail du bois et. un autre pour le travail des métaux, un professeur de dessin industriel qui connaisse également les constructions civiles, un professeur de mathématiques, de physique et de chimie, et des professeurs pour donner les cours de culture générale. Car nous ne voulons pas que nos futurs maîtres se « matérialisent » trop au contact de toutes ces branches positives, mais qu'ils gardent bien ardente la petite flamme d'idéal qui est nécessaire à tout le monde, mais particulièrement aux éducateurs de la jeunesse. Nous prévoyons un cours sommaire d'histoire de la littérature française ou flamande, un cours sérieux de seconde langue nationale, et quelques leçons d'histoire de l'art ; un cours d'histoire contemporaine,

des leçons de géographie économique, d'économie sociale et de droit ouvrier, de comptabilité industrielle et commerciale, sans compter de nombreuses leçons pratiques à l'école d'application. Les professeurs ordinaires des écoles normales pourront être chargés de cet enseignement général.

Les deux maîtres spéciaux (bois, métaux) une fois choisis, le professeur de mathématiques, de physique et de chimie, leur donnera un cours sérieux de méthodologie et des notions de pédagogie; il rédigera, d'accord avec eux, les cours de technologie, qui, de cette manière, pourront s'enrichir d'une quantité de données de l'expérience ouvrière et ne contiendront pas d'hérésies scientifiques. De plus, son enseignement à lui, au contact de ces praticiens, deviendra un -enseignement vraiment appliqué^ et il se produira une corapénétration de cours éminemment favorable à la formation technique des élèves.

Les maîtres, sous la haute direction de l'inspection, monteront les atehers. La plupart des écoles normales en possèdent déjà de très beaux. Il suffira de compléter l'outillage, notamment par une couple de tours de précision, en ayant soin d'acquérir les tout derniers modèles. Ils soumettront ensuite à la discussion du maître de dessin et du professeur de mathématiques le programme des travaux pratiques, avec l'indication minutieuse des objets à fabriquer, pour qu'il y ait de l'unité dans l'enseignement et que les diverses branches se soutiennent mutuellement. Les professeurs de mathématiques et de [dessin auront soin de baser leurs leçons sur les connaissances acquises antérieurement par leurs élèves, et ils ne perdront pas leur temps à vouloir reviser celles-ci. C'est une fâcheuse manie de beaucoup de professeurs de vouloir donner leur cours ab ovo, ce qui retarde considérablement les progrès de leurs auditeurs.

Les branches pratiques du programme absorberont la majeure partie de l'horaire. Les candidats travailleront beaucoup de leurs mains et n'auront pas peur de se salir au contact des outils et des matières premières : car le but de ces

sections normales consistera précisément à leur donner une habileté manuelle qui puisse se mesurer avec celle de vrais professionnels ; or, les bonnes habitudes manuelles ne s'établissent qu'à la suite d'une pratique constante de quelque durée.

Les cours de physique et de chimie industrielles occuperont une large place et seront conçus et donnés en vue de l'enseignement au quatrième degré primaire. Les travaux de laboratoire mériteront tous les soins des professeurs et devront prévoir la création d'une nombreuse série d'appareils de fortune, permettant à l'instituteur de s'en constituer, à peu de frais, une collection suffisante. Le chapitre de l'électricité dynamique, avec de fréquentes applications numériques aux unités de mesure, recevra de très amples développements.

Certains objets fabriqués par les élèves-instituteurs pourront leur être cédés, à la condition qu'ils en fassent don ou qu'ils les prêtent à l'école où ils seront appelés à exercer leurs fonctions. Les meubles en bois pourront être vendus aux administrations publiques ou aux écoles de toute nature, car l'impossibilité d'écouler les objets fabriqués ne doit pas devenir un obstacle au bon apprentissage. D'ailleurs, l'industrie privée n'en souffrira pas, car la production sera toujours réduite.

Le cours de dessin sera poussé très loin. Les élèves, en commençant, en posséderont d'ailleurs beaucoup d'éléments.

Quant à l'enseignement général, on lui donnera un développement en rapport avec les besoins des instituteurs et avec le temps qui pourra lui être consacré.

Des sections normales du type technique et commercial pourront, sans aucune difficulté, être annexées aux écoles normales de l'État à Gand, Mons, Huy et Verviers. Au début, il ne sera, peut-être pas nécessaire d'en organiser partout : il faudra se laisser guider par le nombre des élèves. Les provinces et les communes qui possèdent des écoles normales suivront l'exemple en tenant compte des besoins locaux, et

les écoles normales privées agréées installeront soit une seclion techniqne commerciale, soit une section agricole, soit les deux, s'inspirant en cela des vœux et des demandes de leurs élèves.

La création de sections normales agricoles constituera une innovation que d'aucuns trouveront hardie. Pour obtenir des résultats sérieux, il est cependant indispensable de mettre les instituteurs en rapports intimes avec la terre et de leur faire effectuer un cycle complet avec la nature : car. s'ils procèdent aux semailles, ils doivent aller jusqu'à la récolte et son engrangement, en suivant tout le processus de la croissance des plantes et des soins successifs à leur prodiguer.

Nous voudrions donc voir créer des fermes-sections normales. L'État en louerait deux pour commencer, une dans le pays flamand, une autre dans le pays wallon. La première, placée dans la province d'Anvers ou le Brabant flamand, s'occuperait 'surtout de culture maraîchère ; la seconde, que l'on pourrait installer en Hesbaye, dans les environs de Waremme, serait consacrée à la fois à la grande culture et à la culture maraîchère. Ouant aux écoles normales agréées, la plupart d'entre elles possèdent des fermes qu'elles pourront facilement adapter à l'enseignement pratique. L'école normale de Malines pourrait utiliser soit la ferme du Petit- Séminaire de Malines, soit la ferme modèle du Petit-Séminaire de Hoogstraeten où l'on pratique les cultures campinoises ; or, il est à noter que les instituteurs de la Campine piT)viennent en grande majorité de l'école normale de Malines. M. Nobels, député de Saint-Nicolas, nous a déclaré naguère que les Hospices civils locaux mettraient volontiers leur très florissante ferme à la disposition de l'école normale agréée de l'endroit. Les écoles normales de Thourout, de Bonne- Kspérance, de Saint-Roch, de Saint-Trond, de Garlsbourg, f'xploitent pour leurs besoins des fermes bien tenues. Le dernier de ces établissements comprend même une école

3iioyenne d'agriculture fort prisée. Nous donnons tous ces détails afin de bien montrer que la réforme que nous préconisons est parfaitement réalisable, parce que les principaux éléments en existent déjà en Télat actuel.

Comme pour les sections du type technique, le choix des maîtres spéciaux sera la première préoccupation. Nous estimons indispensable la présence d'un ingénieur agricole pour donner les cours théoriques, d'un chef de culture très au courant de la pratique agricole et maraîchère, d'un aide également diplômé de quelque bonne école horticole, d'un aviculteur expérimenté, d'un maître de dessin de constructions civiles et d'un professeur de travail manuel qui pourra être choisi parmi les artisans du village.

Ces maîtres spéciaux seront au début dûment orientés par le directeur, qui les guidera dans la rédaction des programmes et la préparation des leçons. Il y aura enfin un nombre voulu de professeurs capables qui se chargeront des cours d'enseignement général, lesquels seront analogues à ceux que nous avons énumérés à propos du type technique, avec cette différence toutefois que l'économie sociale et les éléments de droit ouvrier seront remplacés par l'économie rurale et le droit rural et que les leçons de géographie économique envisageront surtout la situation agricole des différents pays étudiés, afin que les élèves-instituteurs soient préparés à donner plus tard au quatrième degré rural le cours de géographie que nous avons esquissé plus liante

Un personnel ouvrier trié sur le volet sera attaché à la ferme pour exécuter les gros travaux : car il n'est jamais entré dans nos vues d'imposer aux élèves-instituteurs des besognes de domestiques, et de leur enseigner des occupations courantes que nul n'ignore à la campagne et qui ne contribueraient aucunement à leur formation agricole.

Par contre, ils s appliqueront beaucoup aux cultures maraîchères, à la floriculture, à l'arboriculture fruitière, à l'avi-

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