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CHAPITRE XV

Nécessité d'un enseignement post-scolaire obligatoire, à tendances professionnelles : le o*" degré. — Esquisse d'une organisation. — Les cours doivent se donner pendant la journée de travail avec salaire payé. — Formation technique d'une élite de travailleurs. — Adjonction aux écoles moyennes et à certains collèges de deux années d'études techniques. — Création, auprès de certaines écoles moyennes, de sections pour la formation de chimistes de labolatoire. — Sections agronomiques auprès d'écoles moyennes et de collèges; cours d'hiver dans les collèges. — Organisation d'ateliers de mécanique de précision dans les athénées, les collèges et l'École militaire. — Formation de professeurs pour les collèges épiscopaux. — Rattachement de l'enseignement technique au département des Sciences et des Arts.

Lorsque le programme que nous avons esquissé aura reçu sa pleine application, que tous les enfants auront régulièrement suivi les cours de l'école primaire jusqu'à l'âge de iA ans, nos écoles d'adultes, telles qu'elles ont fonctionné jusqu'à ce jour, n'auront plus aucune raison d'être. Cela ne signifie point qu'il faudra les supprimer; l'intérêt de la classe ouvrière nous dictera leur transformation dans le sens de l'instruction technique.

Déjà avant la guerre, des groupements sociaux se préoccupaient chez nous de l'instauration de l'enseignement professionnel obligatoire.

En France, le Sénat vient d'adopter la mesure : le problème est presque résolu législativement ; tout dépendra évidemment de la mise en pratique des dispositions votées.

Toutes les nations de l'Entente ont senti depuis le début de la guerre, et s'en rendent un compte plus exact de jour en jour, que la puissance du peuple allemand résidait en grande partie dans l'étendue de son savoir et de son habileté

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techniques, produits d'un enseignement professionnel aux divers degrés, largement répandu parmi la nation. C'est que nos agresseurs avaient compris de bonne heure que la supériorité de rindustrie est fonction de la formation technique de l'ouvrier, surtout depuis que les inventions se succèdent nombreuses dans les laboratoires et passent presque aussitôt dans le domaine industriel. La science se met de plus en plus au service de la technique. Les méthodes de fabrication se ressentent de ce fait, deviennent d'une application délicate et exigent une main-d'œuvre qualifiée de tout premier ordre.

Au sortir de la guerre, uotre peuple se trouvera devant une tache double : relever le pays de ses ruines et se refaire une industrie qui, par l'excellence de ses moyens d'action, puisse lutter A^ctorieusement avec celle de tous ses Aoisins.

Cette double tâche ne pourra se réaliser qu'avec l'aide d'une classe ouvrière instruite et habile, conduite par des ingénieurs et des techniciens pénétrés des idées et des pratiques les plus scientifiques et les plus modernes.

Le i^ degré, par son préapprentissage, aura ouvert aux jeunes ouvriers les voies vers la formation professionnelle rêvée. Au lieu de les abandonner à leur sort, dès qu'ils quittent les bancs de l'école primaire, suivons-les, au contraire, dans leur carrière, et soutenons leurs premiers pas dans la vie plus libre, par un enseignement complémentaire intimement adapté aux besoins du métier ou de la profession qu'ils ont embrassés. Tenons môme compte de l'apathie naturelle des humains, mais surtout de l'imprévoyance des adolescents, et faisons-leur une douce violence par l'instauration de l'enseignement professionnel obligatoire de 14 à 17 ans. Comme cet enseignement aura été préparé et rendu possible par celui du ¥ degré, dont il sera le couronnement, nous proposons de le désigner par le nom d'enseif/nement du r)^ degré.

Il s'écoulera nécessairement quatre, cinq, six années avant

que cette réforme puisse entrer dans le domaine pratique. On ne révolutionne pas le monde par un bout de loi : entre décréter et exécuter, il y a parfois très loin.

Attendons que le 4^ degré soit bien organisé et que nos sections normales spéciales lui aient formé une belle pléiade d'instituteurs capables.

Ces maîtres sont tout désignés pour enseigner aussi au 5* degré dans la majorité des localités, notamment dans les villages ruraux et les bourgs industriels de moindre importance. Par contre, dans les villes et les puissantes communes industrielles aux ressources financières plus étendues, les écoles pourront recruter un personnel spécial ayant reçu uue formation technique plus approfondie.

L'enseignement technique, tel que nous le concevons pour la masse de la jeunesse travailleuse, ne peut être qu'un enseignement complémentaire. L'apprentissage continuera à se faire à l'atelier. La loi pourra en régler les conditions. Là, le jeune ouvrier se familiarisera avec les matières premières, les outils et le matériel de production, tandis que les notions théoriques qui expliquent le travail pratique s'enseigneront à l'école.

La loi établirait des catégories dapprentis : pour les métiers les plus qualifiés, il serait consacré aux études huit heures par semaine; pour les autres, ce nombre pourrait être réduit à six. L'année scolaire comprendrait iO semaines. Les cours seraient groupés en deux ou trois séances hebdomadaires. Ils pourraient aussi se donner plus nombreux pendant les périodes de moindre travail que connaissent certaines industries, afin de ne pas diminuer les bras pendant les périodes de « presse ». Ils auraient lieu pendant la journée de travail, et ces heures consacrées au perfectionnement de la main-d'œuvre seraient rémunérées par les patrons, au même titre que le labeur habituel. La loi leur en ferait l'obligation, et ce serait justice : car, dans cette collaboration, le jeune ouvrier fournirait ses peines, le patron son argent; et, comme tous les patrons seraient logés à la même enseigne,

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la réforme se traduirait pour tous par une légère augmentation du coût de la main-d'œuvre nationale.

On nous a objecté récemment que tous les ouvriers n'ont pas besoin de cet enseignement complémentaire; que les futurs terrassiers, par exemple, s'en passeront très aisément. A cela, nous répondrons que la Nalion a le plus grand intérêt à ce que tous ses travailleurs, depuis le haut jusqu'au bas de Téchelle, améliorent leur culture intellectuelle; et puis, le but de cet enseignement que nous préconisons n'est-il pas précisément d'arracher les jeunes aux besognes non qualifiées, de diminuer chez nous le nombre des coolies? Et, si l'industrie dispose de moins de manœuvres, elle se verra forcée — pour son propre avantage — d'améliorer son outillage mécanique et de faire exécuter par des machines le travail de bêtes de somme qu'elle demandait jusqu'ici aux bras humains. Par l'instruction professionnelle obligatoire, nous voulons précisément favoriser l'éclosion, sur notre sol, d'industries qualifiées, en formant des ouvriers instruits, capables de les servir. L'industrie belge doit s'inspirer une bonne fois du principe américain qui recommande de ne jamais confier à un homme un travail qui peut être exécuté plus avantageusement par une machine.

En principe, nous ne sommes point partisan des cours du soir, sauf peut-être à la campagne. Un proverbe flamand dit que « l'arc ne doit pas être constamment tendu ». Les adolescents ont besoin de récréation; ne touchons à leurs loisirs que contraints et forcés: leur âge est le plus heureux de Texistence. Laissons-leur quelque répit avant (jue la vraie vie avec ses devoirs et ses charges s'empare d'eux à tout jamais.

.M. Oscar PytTeroen, professeur à TUniversité de Gand, dans son remarquable ouvrage sur l'enseignement professionnel en Allemagne, défend les mêmes théories : « Lidéal serait de voir tout l'enseignement professionnel donné quelques heures par jour : ce serait plus commode pour les professeurs, et les élèves, moins fatigués, en pourraient mieux DE Paf.cw. — f.Fnsoignement en Belgique. 17

profiler. Dans bien des cas, il pourrait en résulter une notable économie de frais. Les élèves seraient divisés eu plusieurs équipes : en faisant venir, par exemple, vingt élèves à la fois pendant deux demi-journées par semaine, on pourrait, dans la même école, avec le même personnel et le même matériel, donner, sans augmentation sensible de frais, renseignement à cent vingt élèves. Mais cet idéal est encore loin de pouvoir se réaliser. »

Dans les campagnes, les horaires seraient naturellement combinés d'après les possibilités du travail agricole.

En beaucoup d'endroits, la diversité des métiers forcera les dirigeants à se borner aux cours généraux : le dessin, la physique, la chimie, les mathématiques élémentaires, la comptabilité, l'économie sociale, l'histoire contemporaine, l'éducation ci^dque, la gymnastique et... le chant. — Oui, le chant! — Il faut enseigner à nos jeunes ouvriers de beaux chants, qui égaient le travail, agrémentent la vie et vantent le labeur joyeux. Un répertoire bien fourni doit être leur partage; il affinera leur sens du beau et éliminera insensiblement les ignobles chansons de rue, relents de café-concert, q\ii trop souvent allient l'ineptie à l'immoralité.

Avant tout, on s'efforcera d'instituer des cours spéciaux de la technologie des principales professions locales. Les leçons en seront rédigées par des chefs d'atelier capables, îivec l'aide de l'instituteur formé à la section normale du ¥ degiv.

Par contre, dans les villes et les agglomérations industrielles, où chaque profession fournit des contingents nombreux, il pourra se créer des écoles-ateliers; l'instruction y revêtira un caractère éminemment pratique. Des professeurs choisis parmi les chefs d'atelier les plus réputés y enseigneront les finesses du métier; les jeun-es ouvriers y fabriqueront aes pièces mécaniques de tout ordre, allant jusqu'aux organes les plus compliqués des machines, ou bien y apprendronr a exécuter des travaux que leurs pères n'avaient pu ynallrise'' que par une routine de plusieurs années.

DEGKÉ ET ENSEIGNEMENT TECHNIQUE OBLIGATOIRE. 2r,0

Nous estimons que les syndicats professionnels, patrons et ouvriers, devraient prendre l'initiative de la fondation de ces écoles professionnelles spéciales. Ils en assumeraient naturellement la direction, sous le contrôle de l'État, qui leur verserait de larges subventions, de même que les provinces et les communes.

Les syndicats ouvriers ont tout intérêt à se préoccuper de la formation des générations qui montent; elles sont pour eux Tespoir de l'avenir ; qu'ils méditent l'adage populaire, qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Pour cela, la loi du 51 mars 1898 sur les Unions professionnelles n'a pas même besoin d'être élargie. S'il fallait donner à ces organismes une capacité civile plus large, un bout de loi serait vite voté. Dans ce but, le Sénat français vient d'adopter à l'unanimité une proposition de loi ; son rapporteur, M. Henry Chéron, sénateur du Calvados, ratifiant d'avance nos vues, s'exprimait comme suit, en s'adressanl aux syndicats : « Vous pouvez créer non seulement toutes institutions de prévoyance, mais toutes œuvres d'instruction professionnelle : cours, écoles, laboratoires, publications. »

A côté de cet enseignement professionnel destiné à la masse, il faudra en prévoir un autre, d'un degré plus élevé, pour la formation d'une élite qui sera chargée un jour de la conduite des équipes, des ateliers, et de l'enseignement pratique dans les écoles techniques.

Il existe déjà de grandes écoles professionnelles de cette nature dans la plupart des cités importantes. L'Université du travail de Charleroi est, dans cet ordre, un modèle du genre. Sur ce terrain aussi, les syndicats professionnels ont à prendre de larges initiatives, sous l'égide des pouvoirs publics.

Là où elles resteraient en défaut, l'État interviendrait naturellement ^

1. Nous nous proposons de consacrer dans la suite une étude -péciale à l'organisation de cet enseignement post-scolaire, c'est-à-dire du 5' degré.

*iJ60 LA REFORME DE L'ENSEIGNEMENT.

Il est des institutions qui, jusqu'ici, ont fourni surtout des petits employés, des garde-convois et des douaniers, et qui pourraient rendre de bien meilleurs services à la nation : ce sont nos excellentes écoles moyennes de TÉtat, dont le corps professoral brille par le savoir et le dévouement à ses élèves.

La loi du 19 mai 1914, appelée à donner un essor vigoureux à renseignement primaire, a prévu, en son article 53, la transformation de ces écoles moyennes.

« Le Gouvernement, y lisons-nous, pourra, si Tutilité en est reconnue, prolonger la durée des études des écoles moyennes, créer d'autres cours ou modifier les cours cidessus indiqués, suivant les besoins des localités. »

Pourquoi l'État, d'accord avec les autorités communales, n'adjoindrait-il pas à ces institutions des ateliers en rapport avec les industries dominantes de la localité ou de la région?

Les élèves termineraient leurs études générales vers l'âge de 15 ans; puis ils entreraient en section professionnelle et, par un cours de deux ou trois ans, suivant la difficulté de la branche, conquerraient le diplôme d'aspirant moniteur ou d'aspirant contremaître.

Les professeurs spéciaux seraient recrutés parmi les praticiens les plus capables de l'endroit. Le directeur de l'école moyenne se chargerait de leur formation pédagogique. Plus tard, le Gouvernement pourrait organiser à l'intention de ces maîtres spéciaux des cours temporaires de six semaines à deux mois, dans le but de les perfectionner dans leur jeune profession d'instructeurs.

Faudra-t-il, danscesconditions, sacrifier, à l'école moyenne, au préapprentissage, comme nous l'avons préconisé pour le 4« degré de l'école primaire? Nous ne voulons pas nous prononcer à cet égard. Seulement nous croyons que l'apprentissage méthodique qui suivra les cours généraux, et qui durera de deux à trois ans, rendra ce préapprentissage superflu. Les trois années de l'école moyenne resteront ainsi consacrées à l'acquisition des nombreuses connaissances

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théoriques sur lesquelles s'édifiera dans la suite le savoirire technique des futurs contremaîtres.

Si, malgré tout, on maintient le travail manuel à Técole moyenne, il est urgent d'en confier l'enseignement à des professeurs qui aient fait un stage d'un an dans une section normale spéciale, tout comme les instituteurs du 4« degré. Les mêmes appréhensions que nous avons émises à ce propos en ce qui concerne les écoles primaires s'appliquent naturellement aux écoles moyennes.

11 nous semble que c'est ici l'endroit de développer une idée qui nous fut suggérée par M. Ed. Nihoul, professeur de chimie industrielle et de chimie appliquée à l'Université de Liège. Dans un rapport admirable de clarté et de logique, daté du 17 janvier 1917 et destiné à la Conférence interalliée pour l'étude des questions intéressant les invalides de la guerre, il démontre que, si l'industrie chimique doit prendre un essor chez nous après la conclusion de la paix, il est urgent de former des aides-chimistes pour les travaux courants de laboratoire. Il conseille de préparer à cet effet u^ certain nombre de soldats mutilés, les travaux de laboratoire n'exigeant pas une grande dépense de force musculaire. Malheureusement, l'Institut militaire belge d'instruction des soldats mutilés de Mortain avait été supprimé brusquement en septembre 1916 et n'était pas encore reconstitué à Port- Villez; les élèves, non encore revenus de la stupeur provoquée par cette mesure, avaient perdu confiance... et nous aussi. Le moment nous semble mal choisi pour donner corps au projet, qui nous souriait pourtant beaucoup.

Nous sommes toutefois fort reconnaissant au très distingué et très dévoué professeur Nihoul de nous avoir communiqué son étude, car elle nous permet de suggérer les mesures suivantes en nous servant de la grande autorité qui s'attache à son nom.

Il s'agirait de créer une section pour la formation d'aideschimistes, à côté d'un certain nombre d'écoles moyennes

sises dans les régions où la fiiliire « Société nationale belge devant fabriquer des matières colorantes artificielles et similaires » établira ses usines.

La solution du problème ne supporte aucun retard. En effet, le procès-verbal de la séance tenue le^l septembre 1916, par le groupe chargé de préparer la constitution de la Société en cause, dit textuellement : « Au cours de la discussion, plusieurs membres insistent encore sur l'urgence qu'il y aura, à la rentrée en Belgique, de donner la plus grande extension possible aux Écoles de chimie, à défaut de quoi nos usines pourraient souffrir d'une pénurie de chimistes. »

M. Nihoul signale qu'en France « la préparation de chimistes industriels va s'intensilier. Les industriels lyonnais souscrivent énergiquement pour développer l'École de chimie de Lyon, et cette École doit comprendre, après la guerre, 500 élèves dans ses services. On parle de reconstruire une nouvelle école pour les loger, avec le personnel énorme que cela nécessitera.

« En Angleterre, il en est de même. On s'occupe de donner lyie extension considérable aux écoles de chimie appliquée, notamment à celle de Manchester. »

En Belgique, il n'existait avant la guerre que quelques écoles professionnelles de chimie, presque toutes spécialisées et qui en un an, parfois en deux ans, préparaient les jeunes gens ayant une instruction moyenne ordinaire à la profession de chimiste, voire de directeur, dans les industries de la sucrerie, de la brasserie, de la tannerie.

Aucune de ces écoles ne préparait à l'industrie des produits chimiques, ni de la métallurgie. Les places de chimiste dans cette industrie étaient généralement occupées par des ingénieurs, des docteurs en sciences, des pharmaciens, des agronomes et des autodidactes, anciens garçons de service des laboratoires, souvent par des chimistes allemands. Lorsqu'il s'agissait de [réaliser des innovations, on [faisait le plus souvent appel à des étrangers et notamment, hélas ! à des Allemands.

Emue de cette situation, la Faculté technique de l'Université de Liège transforma en section de chimie l'ancienne section des Arts et Manufactures. L'initiative fut heureuse; mais le nombre des ingénieurs chimistes formés restait inférieur à la demande. Le déficit fut, tant bien que mal, comblé ar des ingénieurs des mines.

Après la guerre, la situation ne fera qu'empirer, si l'on ne prend des mesures énergiques. Un grand nombre d'étudiants en chimie et de jeunes ingénieurs auront péri dans la tourmente et, depuis quatre ans, les Universités belges n'ont plus produit un seul sujet.

A cause de cette situation désastreuse, les exigences industrielles deviendront formidables, surtout si l'on considère que trois grandes firmes allemandes s'occupant de la fabrication de matières dérivées de la houille utilisent dans leurs laboratoires un personnel de ^15 chimistes.

M. Nihoul estime donc que Ton ferait chose utile en éduquant des chimistes de laboratoire, capables de s'acquitter de la besogne courante de contrôle de l'usine, ce qui permettrait aux ingénieurs chimistes de diriger davantage leur activité vers les études de recherches et de perfectionnement.

Il est d'avis que les élèves devraient avoir accompli des études moyennes complètes du degré inférieur, ce qui cadre parfaitement avec notre suggestion de rattacher aux écoles moyennes existantes les sections de chimie à créer. Dans le doute quant à l'étendue de leurs capacités, les candidats auraient à subir un examen.

Les études seraient réparties sur deux années : le programme comprendrait des cours de chimie générale, de chimie industrielle, de métallurgie; des cours de physique, d'électricité, de mécanique, de dessin d'appareils, et de comptabilité industrielle. Tous ces cours seraient naturellement accompagnés de très nombreux travaux pratiques.

Pendant le dernier trimestre de la seconde année, les élèves s'engageraient comme volontaires dans des laboratoires d'usine fabriquant des produits chimiques différents,

OU s'occupant de métallurgie. Ils y apprendraient à conduire de front les nombreuses analyses exigées par le travail de l'industrie. Ils auraient à faire usage des dispositifs spéciaux des appareils, à mettre en œuvre les ressources que Ton trouve généralement dans les laboratoires industriels : conduites de vapeur fournies par les générateurs, courant électrique, vide, air comprimé, etc., et parfois à se servir d'appareils et d'installations de fortune, qu'ils auraient à approprier à un travail sérieux.

L'installation d'une section de chimie demanderait : 1° une salle de cours, spacieuse, où les bancs seraient remplacés par des tables de dessin; 2" un laboratoire de chimie où vingt élèves pourraient travailler simultanément; o^'une salle des balances à l'abri des vapeurs et où seraient remisés, dans des armoires vitrées^ les appareils de précision; 4° un.e autre salle servant de magasin pour les produits chimiques et munie, comme le laboratoire, de hottes d'évaporation (cette salle servirait en môme temps de salle de préparation); S'' un laboratoire spacieux pour les travaux de physique, d'électricité et de mécanique.

Des établissements libres, s'inspirant des besoins des populations, suivraient sans aucun doute l'exemple de l'Etat : ainsi le pays serait rapidement outillé et la jeune industrie chimique belge trouverait bientôt, en nombre suffisant, les aides modestes, mais précieux, sans lesquels elle ne pourrait se développer.

Des sections d'agronomie, d'horticulture, d'arboriculture fruitière et, dans les pays forestiers, de sylviculture, pourraient être annexées aux écoles moyennes et aux collèges des régions où semblables créations rendraient des services.

Nous nous souvenons d'une longue conversation que nous eûmes, six jours avant sa mort tragique, avec le si regretté M. Emile Waxweiler, à l'occasion d'une visite qu'il fit à l'Institut de Port-Yillez : il se montra émerveillé des résultats

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obtenus, notamment en matière d'enseignement agricole. Il ne nous a malheureusement pas été donné de continuer les expériences intéressantes que nous y avions amorcées. 11 nous parla longuement et avec enthousiasme de ce que le Danemark avait réalisé en matière d'économie agricole, grâce à l'action incessante et éclairée du clergé protestant. Et, rêvant tout haut de l'application des mêmes méthodes à notre pays, il nous dit textuellement : « J'attends beaucoup des efforts de notre clergé catholique pour le relèvement intellectuel et économique de nos populations rurales. Il jouit auprès d'elle d'un grand crédit; nous attendons de son patriotisme qu'il en use pour le plus grand bien de nos classes paysannes. »

Nous avons beaucoup réfléchi à ces sages paroles et nous croyons qu'un premier projet à réaliser dans ce sens serait la création, par tous les collèges épiscopaux éparpillés sur le territoire, de cours d'hiver pour les jeunes cultivateurs âgés de t5 à 18 ans. Ces cours s'ouvriraient le 1^' ou le 15 novembre et dureraient jusqu'au 1"^'" mars suivant. Au program.me figureraient l'agronomie, les engrais chimiques avec des éléments de chimie agricole, des notions de physiologie végétale, la zootechnie, l'alimentation rationnelle du bétail, l'arboriculture, l'horticulture, l'aviculture, etc., et certaines branches de connaissances générales : quelques leçons de littérature et d'histoire de la littérature flamande ou française, des leçons d'histoire contemporaine et de géographie économique, d'économie rurale, d'éléments de droit rural, d'arpentage et de comptabilité agricole; enfin une demi-douzaine de leçons d'histoire de l'art, appliquées aux monuments de la contrée.

Les cours admettraient des élèves [externes et des élèves internes; les dépenses seraient fort minimes pour les premiers, peu onéreuses pour les seconds : deux cents francs tout au plus. Le clergé local ferait connaître ces cours et engagerait les paysans, qui gagnent largement leur vie, à y envoyer leurs fils. Après peu d'années, il serait de bon ton dans les campagnes d'avoir passé par le collège : le fils de

Jean entraînerait le gars de Pierre, et la fermière Jeannette n'admettrait pas que son rejeton restât au logis alors que celui de son amie et rivale Marie irait s'instruire en ville.

De la sorte se créerait une élite paysanne instruite, mais que l'instruction ne pousserait pas à déserter la terre. Au contraire, cette élite s'enracinerait davantage dans le sol, elle aimerait mieux son état parce qu'elle en saisirait plus clairement toute la beauté et tous les avantages. C'est dans cette élite que se recruteraient dorénavant les administrateurs communaux et les dirigeants des organisations agricoles, et la vie à la campagne s'améliorerait rapidement sous leur impulsion.

L'Etat aurait naturellement pour devoir de susciter la création de cours analogues avec internais, auprès des écoles moyennes qui s'y prêteraient le mieux, notamment toutes les fois que des auditeurs en quantité suffisante en formuleraient la demande.

A l'occasion d'un voyage d'études que nous eûmes la bonne fortune d'accomplir en Allemagne^ en septembre 1912, nous avons pu visiter, dans une Realschule de Berlin, un atelier de mécanique de précision où les élèves des trois classes supérieures étaient admis à travailler deux fois par semaine pendant deux heures.

Cet atelier était une annexe du laboratoire de physique, et le professeur de cette branche en dirigeait les travaux. L'outillage n'était pas bien nombreux, mais comprenait quelques machines-outils du dernier modèle, et notamment deux toursde précision magnifiques. Les élèves copiaient des instruments de physique et nous avons notamment pu admirer un galvanomètre d'Arsonval et une bobine de Rhumkorlî construits par eux et plus beaux que les modèles. Quelles admirables leçons de descriptions de machines, n'est-il pas vrai?^

Nos athénées et nos collèges, et même notre école militaire, devraient suivre cet exemple et organiser des ateliers de mécanique de précision. La fréquentation en serait libre;

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Nous ne doutons pas que, surtout pendant la mauvaise saison, les amateurs se présenteraient nombreux et consacreraient volontiers une partie de leurs congés du mardi et du jeudi à la construction de belles pièces mécaniques, et que beaucoup d'élèves de notre Académie militaire seraient heureux de prélever sur leurs sorties et leurs récréations quelques

jures à passer au milieu des étaux et des tours. |

En vue de la formation de professeurs capables, les études doctorat en sciences physiques et mathématiques devraient

•évoir des travaux pratiques de construction d'appareils de

lysique et de mécanique, comme adjuvants des cours théo- Iques. Ces occupations nouvelles forceraient ces messieurs à

îscendre parfois de leur tour d'ivoire, et l'enseig-nement

itional y gagnerait en sens pratique.

L'instauration de ces cours pour collégiens et universitaires révélerait des vocations inattendues; elle permettrait de dépister des éléments précieux pour l'industrie de l'outillage el des instruments de précision et d'optique et assurerait ainsi à cette industrie, qui vivotait chez nous, un avenir brillant. Quant aux futurs officiers, ces travaux leur seraient de la plus grande utilité pour la compréhension nette des cours d'artillerie et de mécanique.

Enfin cette innovation contribuerait heureusement à la réhabilitation magnifique du travail des mains et réagirait ^alutairement contre cette tendance déplorable du peuple à préférer, pour ses enfants, quelque emploi médiocre de bureaucrate à une place bien salariée d'ouvrier d'élite.

Nous nous défendons de pénétrer plus avant dans le domaine de l'enseignement moyen du degré supérieur. Nous n'avons aucune envie de participer aux luttes byzantines auxquelles donne lieu la réforme des humanités. Que le lecteur nous pardonne toutefois une digression en ce qui concerne la préparation des maîtres destinés a enseigner dans les collèges épiscopaux. Il est un fait que les deux tiers des jeunes gens qui s'adonnent aux études moyennes du

degré supérieur passent par ces collèges. En notre qualité de Belge et de père de famille, nous nous permettons donc les réflexions que l'on va lire.

La grande majorité du personnel de ces établissements libres sont de jeunes prêtres, premiers de cours, qui après leurs humanités latines ont fait deux années de philosophie et trois ou quatre années de théologie, mais qui n'ont pas été spécialement formés à leur nouvelle mission. Ils s'en tirent cependant avec honneur, à cause de quelques saines traditions qui régnent dans ces instituts et par leur bonne volonté et un dévouement sans bornes.

Cependant, sans que leur formation ecclésiastique eût le moins du monde à en souffrir, ne pourrait-on mieux les préparer au professorat, en adoptant pour les deux années d^ philosophie le programme de la candidature en philosophie et lettres prévu par la loi du 10 avril 1890 sur la collation des grades académiques?

Beaucoup de prêtres distingués ont répondu affirmativement à cette question et nous ont assuré que, malgré l'application de cette mesure, les jeunes clercs disposeraient encore de tout le temps voulu pour se livrer aux exercices ascétiques prescrits par les règlements actuels et aux études spéciales sur la religion et la morale.

L'examen de candidat serait subi devant un jury légal et les autorités épiscopales n'admettraient plus dans l'enseignement que les jeunes gens ayant conquis le diplôme. Nous n'entrons pas dans plus de détails. Nous nous bornons à soumettre l'idée à qui de droit, lui laissant le soin d'examiner éventuellement comment les études du doctorat pourraient être combinées avec les études ecclésiastiques subséquentes.

Tout le monde aurait à se louer de la réforme, car la Nation entière est intéressée à ce que l'enseignement, quel qu'il soit, s'améliore sans cesse. On peut môme affirmer que toute augmentation du savoir des individus, tout perfectionnement apporté aux méthodes et aux institutions d'enseignement officiels ou libres enrichit le patrimoine intellectuel de

la collectivité. Si celte réforme devait se heurter à des difficultés d'exécution que nous autres profanes nous ignorons, l'Épiscopat belge pourrait tout au moins prévoir la création, auprès de l'Université de Louvain, d'un séminaire pédagogique où les futurs professeurs-prêtres seraient spécialement •éparés à leur tâche importante.

Nous n'avons point parlé jusqu'ici de l'enseignement complémentaire pour filles.

Si l'enseignement ménager est sérieusement donné au i^ degré, nous estimons que l'instauration de l'école complémentaire obligatoire ne s'impose point pour les filles avec la même rigueur que pour les garçons. Toutefois, nous estimons que l'instruction générale de la femme doit marcher de pair avec celle de l'homme.

Nous sommes donc partisan d'appliquer dans ce domaine, aux femmes, la législation que nous rêvons pour les hommes.

De même, nous serions heureux de voir adjoindre aux écoles moyennes de l'État pour filles et aux établissements libres similaires des sections professionnelles pour la couture, le commerce et les autres branches de ^l'activité féminine.

Voilà, en raccourci, nos conceptions en matière d'enseignement complémentaire professionnel. Seulement, les réformes que nous préconisons rencontreraient des difficultés innombrables par suite de l'utilisation constante du personnel et des locaux de l'enseignement primaire et moyen, si l'on ne rattachait pas au Ministère des Sciences et des Arts ladministration de l'enseignement industriel et professionnel qui, actuellement, relève du Déparlement de l'Industrie et du Travail.

Cette idée rencontre d'ailleurs de nombreux partisans. M. Destrée s'en est fait l'écho lorsque, dans son discours du 17 décembre HIIT), il a dit à la Chambre' : « Ne conviendrait-

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