CHAPITRE XVI LES LOCAUX ET LE MOBILIER SCOLAIRES
Classes nouvelles à créer par suite de rapplicatlon de la loi sur l'obligation scolaire. — Création d'un fonds de 60 millions pour la construction d'écoles. — Revision du règlement des subsides de l'État. — Revision du règlement-programme pour la construction et l'ameublement de maisons d'école; l'éclairage unilatéral ou bilatéral; les bains-douches. —^ Revision du cahier général des charges. — Etablissement d'im album de plans-types pour les bâtiments et le mobilier. — Nécessité pour les architectes de donner un aspect à la fois artistique et riant aux constructions scolaires. — Exposition-concours de mobilier pour les classes ménagères.
La mise en vigueur des dispositions relatives à l'instruction obligatoire jusqu'à 14 ans, et de celles qui se rapportent au 4« degré et à l'enseignement technique, nécessitera la construction d'un grand nombre de classes nouvelles. Or, le malheur veut que la période des réformes intenses décrétées par la loi scolaire coïncidera avec celle de la reconstruction du pays dévasté par la guerre.
Voici comment s'exprime l'exposé des motifs du projet de loi scolaire au sujet de l'augmentation de la population scolaire et de la nécessité de nouvelles constructions : « Tout d'abord, l'accroissement anormal de la population scolaire, qui sera la conséquence certaine et immédiate de l'obligation (accès d'éléments nouveaux et fréquentation plus régulière des éléments actuels), nécessitera d'emblée un développement exceptionnel des installations matérielles.
« Cet accroissement paraît pouvoir être évalué approximativement comme suit : au cours des exercices scolaires 19U-1915, 1915-1916 et 1916-1917, —exercices pendant lesquels la scolarité ne sera obligatoire que jusqu'à 12 ans, — l'effectif des enfants réellement présents dans les classes s'accroîtra du nombre de ceux qui, nominalement inscrits
aujourd'hui, fréquentent irrégulièrement, mais qui seront désormais astreints à une présence effective.
« Il s'accroîtra, en outre, des 20000 enfants qui, aujourd'hui, quittent l'école vers l'âge de 11 ans et qui y seront retenus, au cours des exercices 1914-1917, une année de plus.
« Au cours des années 1917-1918 et 1918-1919, les communes devront pourvoir aux locaux nécessaires pour recevoir, en outre, la plus grande partie des 55000 enfants qui aujourd'hui quittent l'école après 12 ans et qui y seront désormais jusqu'à 15 ans.
« Enfin, en 1919-1920, elles auront à préparer les locaux nécessaires pour recevoir, à partir de l'exercice 1920-1921, une partie des 55 000 enfants qui aujourd'hui quittent Técole vers l'âge de 15 ans et qui seront retenus désormais jusqu'à l'âge de 14 ans.
« Combien de classes nouvelles cet accroissement de la population scolaire nécessitera-t-il ?
« Il résulte d'une enquête minutieuse de l'inspection que, dans les seules communes de moins de 5 000 habitants, le décrètement de la scolarité obligatoire jusqu'à 12 ans entraînera la création de 745 classes nouvelles, dont 486 pour garçons, et celui de la scolarité obligatoire jusqu'à 14 ans celle de 1965 classes nouvelles, dont 1151 pour gar- (;ons*. »
Le premier soin du Ministre des Sciences et des Arts, après la rentrée au pays, sera de faire établir le nombre et le coût approximatifs des bâtiments scolaires destinés à remplacer les locaux détruits, et des constructions nouvelles à ériger . (En attendant, certaines classes nouvelles pourront être établies dans des bâtiments pris en location.)
Nous ne disposons pas des éléments voulus pour évaluer, même très imparfaitement, ces chiffres, qui s'augmenteront encore du fait que les installations pour le 4*^ degré (classes-
1. Documents 'parlementaires, Chambre, Session 1912-19î3, p. 1275-1276.
DE I\\Euw, — L'Ensei};nement en Belgique. 18
ateliers et classes-cuisines-buanderies) seront bien plus onéreuses que les locaux ordinaires. Puis, lorsqu'on sera fixé sur les besoins, dans lesquels on n'omettra pas de comprendre les dépenses à résulter de l'érection d'un bon nombre de classes professionnelles, il faudra se préoccuper activement des moyens budgétaires.
Nous croyons que le moyen le plus efficace sera d'en revenir au mode consacré par la loi du 14 août 1875, qui ouvrit au Ministère de l'Intérieur, lequel, à cette époque, avait l'Instruction publique dans ses attributions, un crédit extraordinaire de vingt millions de francs pour la construction et l'ameublement de maisons d'école. Ce crédit était prélevé sur le produit d'un emprunt de 240 millions de francs, décrété par la loi du 29 avril 1875 et qui devait servir, en ordre principal, à payer le rachat par l'Etat des actions de la Grande Compagnie du Luxembourg .
Ce crédit de vingt millions fut employé en subsides de l'État et en avances aux provinces et communes. Les subventions s'élevaient, en général, au tiers des dépenses, et les avances portaient intérêt à 4 pour 100 et étaient remboursables par annuités comprenant l'intérêt et l'amortissement.
Est-il naïf de notre part de penser que le Ministre des Sciences et des Arts pourrait utilement seconder son collègue des Finances dans la négociation d'un emprunt spécial pour couvrir les dépenses à résulter des constructions scolaires ? Des philanthropes anglais et américains ne voudraient-ils pas s'intéresser à la réforme scolaire belge et mettre, à des conditions favorables, à la disposition de notre gouvernement, des capitaux importants, pour l'aider à relever nos écoles anéanties et à en créer de nouvelles?
Nous osons nous bercer de cet espoir. La mentalité du peuple américain, qui est intervenu dans le conflit avec toutes ses ressources pour des raisons d'ordre purement moral et sentimental, est capable d'inspirer de ces actes de haute philanthropie.
Un emprunt d'une soixantaine de millions, versable en
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tranches, et amortissable en 20 années à partir du versement de la dernière tranche, serait une opération hautement dési rable. La somme servirait à payer la construction d'établissements de rÉtat : écoles normales nouvelles, sections normales spéciales, etc.; à allouer des subsides aux communes et à consentir des avances aux provinces et aux communes incapables de se fournir les fonds indispensables par des appels directs au crédit.
Pour les écoles libres, Son Éminence le Cardinal Mercier et ses confrères de l'Épiscopat trouveraient sans aucun doute une aide pécuniaire importante auprès de leurs coreligionnaires d'Outre-Atlantique. •
Un second point à réaliser sera la revision des règlements qui ont jusqu'ici présidé à la répartition des subsides que l'État alloue aux communes pour leurs constructions scolaires.
Après l'épuisement du crédit de vingt millions visé cidessus, l'administration a continué à appliquer le premier alinéa de l'article 5 de la loi du l/*août 1875, etl'État a régulièrement versé, en subsides équivalant au tiers des dépenses totales afférentes à ces constructions, les importants crédits annuels que la Législature mettait à sa disposition.
Il est injuste, à notre avis, que les grandes communes, où la matière imposable abonde, qui peuvent donc se créer facilement des ressources et dont certaines se livrent à des spéculations fructueuses sur les terrains, soient aussi favorablement traitées que les communes pauvres. La province de Liège avait naguère établi un barème différentiel tenant compte du plus ou moins d'abondance des ressources communales. Nous pensons que là se trouve la solution du problème, sans oublier que les grandes communes ont l'habitude de construire plus somptuairement et que le coût des bâtisses y est donc bien plus élevé qu'ailleurs.
D'aucuns avaient préconisé de déterminer le coût moyen d'une classe et d'en faire la base du calcul des sunsides. Le
système n'a pu être adopté, à cause des locaux accessoires qui ne rentraient pas dans la catégorie générale : salles de dessin, salles de gymnastique, classes ménagères, etc. II le sera moins que jamais lorsqu'il s'agira de construire des classes-ateliers, des classes-cuisines, des laboratoires, etc. Car nous espérons bien que le Département des Sciences et des Arts, prenant d'une main ferme la direction de l'enseignement professionnel, subsidiera la construction des locaux nécessaires à cet enseignement au même titre qu'il intervient actuellement dans les dépenses relatives aux bâtiments destinés à l'enseignement primaire.
Une commission peu nombreuse, composée de quelques hauts fonctionnaires des administrations centrales de l'enseignement et des finances et de certaines administrations provinciales, devrait, à notre sens, être chargée de l'étude de ces questions avec mission de présenter, dans un délai déterminé, des propositions fermes au ministre compétent.
Enfin, il serait urgent de revoir l'arrêté ministériel du 27 novembre 1 87 4 fixant le programme pour la construction et l'ameublement des maisons d'école. Ce vénérable règlement, qui garde une certaine valeur, a été maintenu dans ses grandes lignes. Il a été légèrement modifié par une instruction ministérielle importante du 14 mars 1892 et par quelques circulaires subséquentes. Seulement, en présence des exigences nouvelles, il est indispensable de décréter un programme entièrement nouveau, tenant compte de toutes les prescriptions de la récente loi scolaire et des projets dont un avenir prochain exigera la réalisation ^
Ici encore, une commission réduite nous paraît s'imposer : elle compterait dans son sein deux médecins du service de l'hygiène, un architecte du département, un architecte provincial, un arciiitecte privé et deux ou trois hommes d'école. Pour la résolution de certaines questions financières, elle
i. Par arrêté ministériel du 2 avril 1018, M. Poullet a créé une commission de trois membres chargée d'élaborer un avantprojet de règlement nouveau.
pourrait se réunir en séance plénière avec la commission ^^— précédente.
^^m Son premier devoir serait de tracer les règles hygiéniques ^Hqui présideraient désormais à la construction et à l'aménage- ^^ment des locaux scolaires. Les hommes d'école, de leur côté, indiqueraient les exigences pédagogiques, et les architectes auraient à concilier les vœux de leurs collègues avec les possi bilités de leur propre art. Les questions de la distribution, de lagencement et des dimensions des salles, de l'éclairage naturel et artificiel, de la ventilation et du chauffage, de l'installation des préaux, vestiaires, lavoirs, bains-douches, lieux d'aisance, etc., seraient tout d'abord réglées.
A ce propos, nous nous rappelons que l'éclairage unilatéral venant de gauche a longtemps été considéré comme l'alpha et l'oméga d'une sage hygiène scolaire, et qu'un excellent inspecteur général a passé sa vie à faire boucher des fenêtres dans les classes éclairées de deux côtés. Et pourtant, il faisait si gai dans ces classes, parce que l'air et la lumière y entraient à flots! mais elles avaient le malheur de ne pas répondre au concept particulier du haut fonctionnaire. C'est inouï, ce qu'on a gaspillé d'argent à satisfaire cette lubie scientifique. Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant qu'à l'heure actuelle, là où il est possible, l'éclairage différentiel, — grandes baies à gauche, baies plus petites à droite, avec fenêtres matées ou masquées en partie par des rideaux ou des stores, — jouit des préférences des hygiénistes et des pédagogues. Ce dispositif a de plus l'avantage de permettre une ventilation énergique et un renouvellement rapide de l'air pendant les récréations.
Nous sommes partisan de beaucoup de lumière dans les salles d'école. La lumière égaie, et constitue en outre le microbicide par excellence. Nous aimons les larges baies, par où la blonde lumière se répand à foison et qui permettent aux élèves d'apercevoir parfois un large pan du ciel. Nous aimons les baies hautes, qui atteignent le plafond et descendent très bas près du sol, pour que les enfants assis puissent
voir ce qui se passe dans la cour ou dans le jardin : car il est évident que du côté de la rue les fenêtres doivent être masquées. Cela vous paraît-il antipédagogique, cher lecteur? Vous estimez sans doute que l'attention des élèves sera souvent distraite, s ils peuvent se permettre la fantaisie de jeter de temps à autre un regard au dehors? Si l'enseignement du maître est intéressant et vif, — et nous posons en principe que l'enseignement de nos maîtres belges répond à ces qualités, — le mal n'est pas à craindre.
Ne mettons pas d'œiilères à nos enfants, ne transformons pas nos classes en prisons ; ne donnons pas à nos fils et à nos filles l'impression qu'à Fécole ils se trouvent isolés du monde. La doctoresse Montessori partage cet avis; nous nous trouvons donc en excellente compagnie. Nous n'appréhendons pas, quant à nous, un court moment d'inattention, une courte fugue dans le pays des rêves, pourvu que ces fugues ne dégénèrent pas en habitude.
Avant la guerre, le département des Sciences ne subsidiait pas la construction de bains-douches. Espérons que cette nonintervention aura vécu. Les bains-douches exercent une si heureuse influence sur l'économie générale du corps, et dans la grande ville les possibilités hygiéniques sont si restreintes pour l'enfant du peuple, que les pouvoirs publics ne doivent pas le sevrer de cette bienfaisante hydrothérapie. D'ailleurs, il existe actuellement des systèmes ayant fait leurs preuves dans les hôpitaux de campagne, et qui allient la commodité au bon marché.
Ce qui a fait jusqu'ici hésiter le département à subsidier la construction de bains-douches, c'est leur prix très élevé, car ils étaient installés avec infiniment de luxe... et servaient fort souvent au public adulte. Le moyen le plus simple de concilier l'économie avec le progrès consistera à fixer une dépense maximum par c pomme d'arrosage ». Si les édiles Teulent alors sacrifier au luxe, libre à eux; l'Etat n'aura pas à s'en préoccuper. Semblable procédure pourra aussi s'appli-
quer utilement à la fixation des subsides pour le mobilier scolaire et Toutillage didactique.
Ces considérations nous remettent en mémoire une constatation que nous avons souvent faite, à l'époque où nous lions attaché au service des constructions scolaires au département des Sciences et des Arts. Il s'agit de la disproportion énorme qui se révélait souvent entre le coût d'une classe construite par une commune et les sommes que nous savions être payées pour des bâtisses équivalentes, par les dirigeants de l'enseignement libre. Là où la commune lait obligée de débourser 8000, 9000 et même 10000 ou 11000 francs, les directeurs d'écoles privées subsidiées s'en tiraient avec 5000 ou 4000 francs, et les deux bâtiments l'épondaient également bien à toutes les conditions hygiéniques et pédagogiques.
Nous nous sommes laissé dire que la cause essentielle de cette différence réside dans les conditions, draconiennes autant qu'inutiles, des cahiers des charges, imposées par les provinces aux entrepreneurs de constructions scolaires communales. On prescrit inutilement l'emploi de matériaux coûteux, à l'épreuve de la bombe, de briques résistant à des pressions démesurées, d'épaisseurs de mur exagérées. Dans la pratique, ces matériaux onéreux sont, neuf fois sur dix, remplacés par des succédanés parfaitement suffi sants, mais infiniment meilleur marché... seulement la commune paie pour les articles prévus au cahier des charges.
Ajoutons à cela que les architectes ont intérêt à gonfler le coût des locaux. Dame! plus ils font dépenser et mieux ils sont rétribués. Il faudrait tâcher de trouver une formule qui associât l'architecte à l'économie et l'en fît bénéficier. Ne demandons pas à ces braves gens d'être des surhommes et de renoncer volontairement à des bénéfices consacrés par les règlements.
Une seconde constatation que nous avons pu faire, c'est que, dans certaines provinces, les constructions scolaires communales sont comme centralisées entre les mains de
quelques hommes qui se sont spécialisés dans la branche. Ils ont la réputation de bien connaître les règlements ainsi que les préférences, les habitudes et jusqu'aux manies des fonctionnaires provinciaux chargés de l'examen des projets. Aussi les communes désireuses d'aboutir vite s'adressentelles de préférence à eux. Cette espèce de monopole nous paraît abusif; nous aimons la justice distributive ; aussi bien, un nouveau règlement, clair, précis, circonstancié, et un nouveau cahier des charges expurgé de ses exigences non justifiées s'imposent avec la dernière urgence.
La commission devra se mettre en garde contre l'emploi de certains matériaux trop sonores ou laissant passer les sons, trop hygrométriques ou trop sujets aux variations de la température, tels que le béton armé et les blocs en ciment comprimé qui seront largement employés après la guerre parce qu'ils permettent d'accélérer considérablement les constructions.
Elle préconisera l'emploi des carrelages de faïence blanche ou de briques vernies pour le revêtement des parois des classes jusqu'à une hauteur d'un mètre cinquante : c'est à la fois riant et hygiénique, à cause de la facilité des lavages. Elle favorisera enfin l'utilisation des bons matériaux que l'on trouve sur place.
Le nouveau cahier des charges, rédigé par la conimission, serait soumis pour examen au Comité de contrôle siégeant auprès des Départements des Chemins de fer et des Travaux publics. Le Ministre statuerait ensuite, après avoir entendu la commission, sur les modifications éventuelles proposées par le Comité.
La commission terminerait ses travaux par l'étabhssement d'un album contenant des plans-types des diverses constructions scolaires possibles, avec le mobilier correspondant. M. Blandot, architecte à Huy, a naguère pubhé semblable album qui a rendu les services les plus signalés.
Il y aura là ample matière à innovation : les ateliers, les laboratoires, les cuisinés, les buanderies, les cours pour
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classes de laiterie, les bains-douches, avec les accessoires hygiéniques, retiendront l'attention des commissaires.
Les résultats des délibérations de la commission seraient concrétisés dans les planches de l'album, qui indiqueraient les dimensions réglementaires des pièces, des portes et fenêtres, les dispositifs hygiéniques, etc., avec un luxe de détails tels que les architectes ne courraient aucun risque de se tromper. Les plans du mobilier scolaire et didactique, des engins de gymnastique, etc., seraient si complets que les projets présentés par les communes n'auraient à porter qu'une simple indication dans ce sens : « x bancs-pupitres du modèle n*' y prévu à l'album-type et décrits sous le même n^ z du cahier des charges officiel ».
Antérieurement, les architectes se bornaient à calquer les planches Blandot et touchaient 6 pour 100 sur le montant des devis. Qu'on rémunère convenablement un travail sérieux, mais qu'on ne jette pas inutilement l'argent des contribuables.
Le règlement nouveau recommandera aux architectes non seulement de suivre fidèlement les plans-types en ce qui concerne les dimensions et les dispositifs hygiéniques, mais aussi de donner à l'ensemble des constructions un aspect coquet, s'harmonisant avec le cadre au milieu duquel elles s'élèveront. Arrière! ces blocs cubiques de maçonnerie, percés de trous rectangulaires, tristes exemples du style administratif, dans lesquels pas une ligne ne ravit l'œil du spectateur! Que 1 école soit un modèle de bon goût, qui attire vers elle, rien que par son aspect gai et riant, la jeunesse studieuse! Nous exprimons ici l'espoir que les architectes se surpasseront et qu'ils réaliseront, par la ligne et le galbe plutôt que par la mise en œuvre de matériaux onéreux, la beauté que nous rêvons. Qu'ils se gardent aussi de trop se répéter ! En parcourant certaines contrées, on tombe en arrêt devant des constructions dont on est certain d'avoir déjà vu le modèle en plusieurs endroits. Et effectivement, lorsqu'on se renseigne, on apprend que le même architecte, dénué de sens artistique ou simplement âpre au gain, a tiré plusieurs mou-
tures du même sac et a doté d'une école ou d'une maison communale, calquées sur le même type officiel el laid, toutes les communes de l'arrondissement où il a sévi. N'est-ce pas là un péché impardonnable contre le sens artistique du peuple belge?
En outre, que les architectes construisent pour nos instituteurs des homes coquets, agréables à habiter, analogues aux cottages anglais, — mais plus solides naturellement, — au lieu de les loger dans des maisons où les pièces sont trop hautes (le plafond et ne répondent pas adéquatement à leur destination, qui semblent suinter l'ennui et exclure toute intimité.
L'ameublement rationnel des classes ménagères urbaines et rurales et l'installation des atehers scolaires de diverse nature devront être examinés à fond, à l'effet de déterminer quels modèles de meubles, d'ustensiles, d'outils, méritent la préférence. Un moyen simple d'arriver rapidement à un bon résultat consisterait à organiser une exposition-concours, d'après un programme clair et précis nettement établi à l'avance. Les articles primés seraient réunis au Musée scolaire, où les intéressés pourraient, dans la suite, les examiner à leur aise et y prendre note des prix et des adresses des fabricants.
Cette procédure, ainsi que la publication d'un album, auraient en outre le grand avantage de fournir des guides précieux non seulement aux administrateurs communaux, mais aussi aux directeurs des écoles libres. Il est un fait avéré que notre Musée scolaire, qui malheureusement a dû être remisé dans une salle de danse à Etterbeek, recevait surtout la visite de membres du personnel de l'enseignement libre, qui venaient y copier les modèles.
Nous posons en principe que l'État belge, qui, grâce à ses subsides, peut exercer une influence heureuse sur l'enseignement libre, manquerait à son devoir si les mesures prises pour l'amélioration de l'instruction publique n'avaient pas en même temps une répercussion heureuse sur l'enseignement libre, lequel s'adresse aux deux cinquièmes de la population scolaire.