CHAPITRE XVII LES LIVRES CLASSIQUES
Insuffisance de nos livres classiques, surtout quant à l'exécution
matérielle. — Exposition-concours de livres classiques et congrès
du livre classique. — Le Conseil de perfectionnement devrait gui-
■1er les auteurs et publier une espèce de cahier des charges. — Le?
itlas scolaires. — Les illustrations devront être mieux soignées.
La réforme profonde de tout l'enseignement populaire, la modification et l'extension de ses programmes devront nécessairement amener un renouveau dans le domaine du livre classique.
Force nous est de reconnaître que dans le passé nos livres classiques se distinguaient par leur indigence et par leur platitude. Il y avait naturellement de très honorables exceptions; en général, pourtant, nos auteurs, mais surtout nos éditeurs, ne marchaient pas avec le progrès. Le bon marché était le seul mot d'ordre, et, pour ne pas diminuer leurs bénéfices, ces excellents éditeurs se rattrapaient sur les auteurs (bons naïfs, qu'ils payaient fort mal) et sur l'exécution matérielle; un ignoble papier à chandelles, gris et triste comme un jour brumeux, servait de réceptacle à un texte serré, souvent obtenu au moyen de caractères usés.
Unissons-nous tous pour faire disparaître cet état de choses.
A côté de l'exposition du mobilier et du matériel scolaires, organisons une section du livre classique, à laquelle seraient conviées à participer les grandes firmes belges et étrangères, à l'exclusion naturellement des Allemands et de leurs complices. Les Français, les Anglais, les Hollandais, les Itahens, sans oublier les Américains, seraient capables de nous envoyer des modèles superbes. Nos compatriotes, auteurs.
inslilu leurs, professeurs, plus spécialement nos éditeurs, y puiseraient d'utiles leçons, et un Congrès belge du livre classique tenu à cette occasion permettrait à tous les i ntéressés de prendre d'énergiques résolutions en faveur de l'amélioration que nous appelons de tous nos vœux.
Il ne suffira toutefois pas d'amender le contenant, il faudra aussi s'efforcer daméliorer considérablement le contenu.
La publication du programme des divers types du 4<^ degré sera suivie, à n'en pas douter, d'une efflorescence de manuels où, par suite du manque de préparation des auteurs, les erreurs foisonneront. C'est ici que le Conseil de perfectionnement de l'enseignement primaire devrait intervenir, non plus négativement, comme il l'a fait jusqu'ici, en prononçant l'admission ou le rejet d'un livre, tout en ayant bien soin de ne pas indiquer, le cas échéant, où se trouvent les défauts et quelles seraient les améliorations à apporter éventuellement à une édition subséquente, mais positivement, en indiquant aux auteurs dans quel sens ils auraient à travailler, quels développements ils auraient à donner à îa matière, quels écueils ils auraient à éviter ! Il devrait, à notre avis, écrire une espèce de cahier des charges à l'usage des auteurs de livres classiques.
Le gouvernement, de son côté, pourrait mettre au concours la rédaction de manuels déterminés, à la condition que l'édition des manuscrits primés se fît d'après un modèle imposé. 11 serait grand temps notamment que nos écoles normales, nos écoles moyennes, nos athénées et nos collèges fussent dotés de manuels d'histoire générale, où la matière serait traitée en fonction des intérêts belges et en vue de la formation de l'esprit national.
Lorsque nous avons examiné le programme de géographie pour le 4" degré, nous avons incidemment parlé de l'infériorité flagrante de nos atlas scolaires. Sur ce terrain aussi, une réforme profonde doit s'accomplir. Nous connaissons des atlas italiens, et surtout des atlas anglais, qui sont des modèles à imiter. Sur deux pages en regard, on trouve d'une
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TPart une carte dressée d'après les données de la science au moyen des signes conventionnels consacrés, et d'autre part une pliototypie d'un relief en plâtre du pays représenté par la carte d'à côté. Ces pholotypies, où sont indiqués les lacs,
Ées cours d'eau, les villes, etc., montrent d'une manière parliite les dénivellations de terrains et donnent aux élèves une idée exacte de l'aspect général de la contrée, expliquant la direction des fleuves, l'existence des lacs, la distribution des cultures, etc.
Avant peu, nous devons posséder des atlas semblables.
Ce qu'il conviendra d'améliorer également, ce sont les illustrations de nos livres. Les vieux clichés, des horreurs qui (latent de longtemps, doivent en disparaître. Nous avons des dessinateurs capables d'en produire de très beaux; seulement ils ont le tort, aux yeux de messieurs les éditeurs, de se faire payer. Eh bien, forçons les éditeurs à réaliser de belles éditions! Obhgeons-les à s'imposer quelques sacrifices pour lancer de bons et beaux livres. Alors ils ne galvauderont plus leurs capitaux à des éditions de quatre sous dont beaucoup, heureusement, ne survivent pas au premier tirage. Décourageons les faiseurs de livres dont les productions ne dépassent pas le cercle des amis et qui encombrent nos écoles d'un fatras de médiocrités à faire pleurer. Obligeons enfin les éditeurs à mieux rémunérer les auteurs. Imposonsleur un tarif uniforme convenable, et ils se garderont d'entreprendre l'édition d'inepties.
L'enseignement populaire ne pourra qu'y gagner.