CHAPITRE XVIII
Le Conseil de perfectionnement de Vinstruction primaire. — Les bibliothèques cantonales. — Les conférences d'instituteurs et d'institutrices. — Le Rapport triennal.
Le statut du Conseil de perfectionnement: la composition et la procédure actuelles du conseil; modifications à y introduire; missions à lui confier; son rôle dans le choix des livres pour les bibliothèques scolaires et cantonales. — La réforme des bibliothèques cantonales. — La réforme des bibliothèques populaires. — La réforme des conférences cantonales; les semaines pédagogiques. — La Belgique devrait prendre la tête dans l'étude de la pédagogie scientifique ou expérimentale. — La réforme du Rapport triennal : développement du Préambule. — La propagande belge à
" l'étranger par l'école primaire des pays amis.
Le Conseil de perfectionnement de l'instruction primaire est organisé en vertu de l'article 59 de la Loi scolaire et est régi par Farticle 15 de l'arrêté royal du 2\ septembre 1884, ainsi conçu :
« Article l»i. Un conseil de perfectionnement est établi auprès du Ministère de l'Intérieur et de l'Instruction publique (Sciences et Arts). Un arrêté royal fixe le nombre des membre de ce conseil et les désigne pour une période de trois ans.
« Le Ministre préside le conseil en personne ou par délégué.
« Le conseil est assisté d'un secrétaire désigné par le Ministre. »
Un arrêté subséquent a porté à deux le nombre des secrétaires.
Ainsi que son nom l'indique, ce vénérable aréopage a pour
mission de proposer au Ministre toutes les mesures qu'il juge propres à améliorer la situation de l'enseignement primaire. Il étudie les questions que le chef du département lui soumet, examine les livres dont les auteurs demandent l'inscription dans le catalogue des ouvrages et moyens matériels d'enseignement recommandés ou adoptés par le gouvernement, et propose de les admettre sous une des rubriques suivantes : 1. Manuels classiques pour l'enseignement; a) dans les écoles primaires et les sections préparatoires des écoles moyennes; b) dans les écoles d'adultes; II. Manuels classiques pour l'enseignement dans les écoles normales; III. Livres destinés aux distributions de prix. — Livres destinés aux bibliothèques ; a) des écoles primaires ; b) des écoles d'adultes ; IV. Ouvrages destinés aux bibliothèques; a) des conférences cantonales d'instituteurs; b) des écoles normales; V. Moyens matériels d'enseignement. Enfin le Conseil prend connaissance du rapport d'ensemble sur la situation de l'enseignement primaire, que les deux secrétaires ont mission de rédiger annuellement d'après les rapports de fin d'année des inspecteurs principaux, et il discute les vœux émis par ces fonctionnaires et les transmet avec ses avis et considérations au Ministre.
Le Conseil se compose actuellement de onze membres : deux appartiennent au Parlement, respectivement à la Chambre et au Sénat ; cinq sont choisis parmi le personnel de renseignement public, soit trois inspecteurs principaux, un directeur d'école normale de l'État et un directeur d'école communale; enfin quatre membres sont des inspecteurs de l'enseignement libre.
Le secrétaire général du ministère des Sciences et des Arts, le directeur général de l'enseignement primaire et les trois inspecteurs des écoles .normales assistent aux délibérations avec voix consultative. Deux de ces inspecteurs exercent les fonctions de secrétaires. Le Ministre délègue régulièrement la présidence au membre de la Chambre des représentants.
Le Conseil de perfectionnement est un organisme qui pourrait rendre de grands services, et qui n'en rend guère. Cela tient tout d'abord à sa composition, et secondement au mode de travail et au programme que lui impose l'administration.
Sa composition est par trop homogène. Il est un tort, à notre avis, de choisir les membres de ce collège presque exclusivement parmi les hauts fonctionnaires ou les dignitaires de l'inspection scolaire. La plupart de ces messieurs (à la compétence desquels nous tenons d'ailleurs à rendre hommage) ont joué un rôle important dans l'organisation de l'enseignement tel qu'il existe actuellement; ils en portent donc en partie la responsabilité et sont enclins à trouver, par une tournure bien naturelle de l'esprit humain, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Souvent les innovations leur paraissent trop hardies, ou prématurées, ou inutiles, voire dangereuses.
Enfin l'administration réduit à bien peu de chose le rôle utile du conseil, et c'est très naturel en somme : il est si ennuyeux de voir un corps délibérant vous tracer des règles et peser sur vos décisions, alors on le réduit au silence. Souvent aussi les membres du conseil ne disposent pas de tous les éléments des problèmes à résoudre, et bien rares sont ceux qui ont le loisir de s'adonner à de longues recherches ou études pour s'éclairer, alors que les chefs d'administration n'ont qu'à ouvrir leurs dossiers où abondent les renseignements précieux ou à charger leurs services de les documenter.
Pour Texamen des livres, il s'est étabh des traditions qui nous paraissent déplorables, et on a admis des décisions de principe qui font rêver. Les ouvrages sont d'abord envoyés, pour rapport préliminaire, à un professeur d'école normale de l'État, puis le rapport préliminaire est transmis avec le livre à deux membres du Conseil qui émettent tous les deux leurs avis et considérations. En cas de désaccord sur la solution à adopter, le dossier complet est soumis à l'arbitrage
d'un troisième membre. Finalement, la question arrive devant le Conseil, qui passe en moyenne cinq des six séances dont se compose généralement une session à écouter la lecture d'un monceau de paperasses de ce genre. Souvent il suffit d'une boutade d'un membre, — il y a des sénateurs si spirituels!
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La réforme scolaire amènera, comme nous l'avons dit précédemment, une éclosion de livres nouveaux. Le Conseil devrait avoir à honneur de diriger, de canaliser cette pro-
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Le Conseil de perfectionnement est un organisme qui pourrait rendre de grands services, et qui n'en rend guère. Cela tient tout d'abord à sa composition, et secondement au mode de travail et au programme que lui impose l'administration.
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d'un troisième membre. Finalement, la question arrive devant le Conseil, qui passe en moyenne cinq des six séances dont se compose généralement une session à écouter la lecture d'un monceau de paperasses de ce genre. Souvent il suffit d'une boutade d'un membre, — il y a des sénateurs si spirituels! — pour faire s'écrouler les conclusions et rejeter un livre dont trois rapporteurs, après une étude consciencieuse, demandaient l'inscription au catalogue.
La tâche la plus importante du Conseil, dans l'état actuel de son organisation, nous paraît être l'examen des livres classiques. Mais, comme les communes ne sont aucunement liées par ses décisions et sont libres de choisir des manuels ne figurant pas aux catalogues officiels, beaucoup d'auteurs qui voient dans leurs censeurs d'occasion des concurrents, — bien à tort naturellement, — s'abstiennent de solliciter Vapprobatur de l'État. Ils craignent d'une part la sévérité du Conseil, et savent d'avance que celui-ci refuse obstinément d'indiquer les défauts constatés, car les arrêts ne sont pas motivés : on condamne à la mort sans phrases. Une des grandes préoccupations des rapporteurs qui ont émis quelque avis défavorable, c'est que leurs rapports restent ultrasecrets ; ils redoutent notamment l'ire des évincés. Que de fois, en notre qualité de bibliothécaire-archiviste, n'avonsnous pas dû procéder à des enquêtes, à l'effet de découvrir l'auteur d'une indiscrétion à ce sujet !
Est-ce bien là le mode de procédure idéal? Nous ne le croyons pas. La franchise doit être la première qualité d'un collège qui porteries jugements ; et puis nous estimons qu'un conseil de perfectionnement doit s'efforcer d'améliorer les ouvrages classiques ; or, il ne peut atteindre ce but qu'en conseillant et en dirigeant les auteurs, et parfois en les décourageant à tout jamais pour qu'ils s'abstiennent d'écrire et de jeter leurs inepties sur le marché.
La réforme scolaire amènera, comme nous l'avons dit précédemment, une éclosion de livres nouveaux. Le Conseil devrait avoir à honneur de diriger, de canaliser cette pro- DE Paeuw. — L'Enseignement en Belgique. 19
duclion, en publiant des indications pratiques, des « directives » à l'adresse des auteurs. Le gouvernement pourrait le charger d'élaborer le programme d'un concours, avec primes, pour la rédaction d'une série de manuels destinés au 4*" degré. De cette manière, son rôle deviendrait intéressant et utile.
La première réforme qui s'impose toutefois, c'est la modification de sa composition. La proportion des membres appartenant respectivement à l'enseignement officiel et à l'enseignement libre serait respectée; par contre, on introduirait au Conseil quelques membres étrangers à l'enseignement primaire, notamment des représentants de l'enseignement moyen, de l'enseignement supérieur, de l'enseignement technique, de l'enseignement agricole, de l'enseignement ménager; ils assisteraient aux séances avec voix consultative; on renforcerait en outre le contingent fourni par les écoles normales, et on n'omettrait plus l'élément féminin.
Le Conseil comprendrait une section des écoles primaires et une section des écoles normales, qui tantôt délibéreraient en commun, tantôt séparément. Les Wallons et les Flamands y seraient représentés en nombre égal.
Le nouveau Conseil serait invité à étudier une série de problèmes que la nouvelle loi vient de poser. Nous en avons indiqué trois au cours des pages précédentes. Citons notamment l'examen de l'attribution des produits des jardins, champs et basses-cours scolaires; la revision du règlement des conférences d'instituteurs et l'établissement des conditions dans lesquelles sera délivré le certificat d'études primaires prévu par l'article 5 de la Loi scolaire, et l'élaboration annuelle d'une liste de livres à inscrire dans le catalogue des bibliothèques scolaires ou des distributions de prix et des ouvrages à placer par le gouvernement dans les bibliothèques cantonales.
Actuellement, le choix est laissé au hasard des sollicitations faites par les libraires et les éditeurs. Il est quelques maisons
qui connaissent les habitudes du Conseil et lui soumettent les nouveautés de leur fonds, ou les rossignols de leurs magasins; mais la plupart des éditeurs ignorent même son existence et s'abstiennent forcément.
Ne serait-il pas éminemment plus pratique et plus logique d'adopter nos suggestions et de charger le Conseil de dresser périodiquement la liste des derniers ouvrages parus méritant le dignus iairaret Les directions des écoles l'en béniraient, car elles n'ont pas les moyens d'investigation voulus pour se tenir au courant du mouvement de la littérature enfantine française et flamande.
Il agirait de même en ce qui concerne les ouvrages à adopter par le gouvernement pour les bibliothèques cantonales. L'organisation de l'examen de chef d'école forcera beaucoup de jeunes instituteurs à s'adonner de nouveau aux études. Ces messieurs seront heureux de trouver dans les bibliothèques cantonales les livres les plus modernes sur les difl^érentes branches, et de les y consulter avant de les acheter. Avec le système présent, certaines sciences sont représentées copieusement, tandis que d'autres sont complètement négligées. Cette situation ne peut durer : le Conseil ne serait plus tenu de choisir parmi les ouvrages qui lui sont soumis, mais dresserait librement la liste des livres nouveaux qui, à son avis, rendraient le plus de services aux instituteurs studieux.
L'innovation s'accompagnerait d'une réforme des installations matérielles de ces bibliothèques : beaucoup de celles-ci ont élu domicile dans une chambre de la maison privée de l'instituteur-bibliothécaire, et elles y sont inaccessibles au personnel enseignant. Nous voudrions les voir transférées dans un local suffisamment vaste, agrémenté d'une petite salle de lecture où les membres du corps scolaire viendraient se livrer à des études et des recherches.
Les considérations qui précèdent nous amènent à faire une digression à propos des bibliothèques populaires, dont plusieurs sont installées dans nos écoles primaires et soufl'rent
du même mal que les collections cantonales. Au lieu d'envoyer aux bibliothèques populaires des livres choisis au hasard des amitiés, des complaisances et des « recommandations «politiques, par un fonctionnaire de Bruxelles, — qui peut être le plus galant homme et le plus fin lettré du monde, mais qui ignore les besoins locaux des populations, — ne vaudrait-il pas infiniment mieux adresser à ces organismes, à intervalles réguliers, la liste des nouveautés qui ont paru et qui conviendraient au peuple? Ces listes, indiquant les tendances des ouvrages, seraient dressées par des comités de lecture impartiaux et non plus par une seule personne. Les encouragements de l'État se traduiraient en deniers et non plus en livres, et les subsides seraient liquidés au vu des acquisitions faites au cours de Tannée. Le système préconisé permettrait à chaque administration locale, à chaque bibliothèque, d'acheter les ouvrages qu'elles croient le mieux répondre aux goûts et aux besoins des lecteurs, tandis qu'actuellement elles doivent accepter ce que Bruxelles leur envoie : des laissés-pour-compte qui ont échoué en librairie, et que le bon cœur d'un fonctionnaire achète pour faire plaisir à un ami qu'il voit tous les jours et qu'il ne veut pas peiner. Que l'on ne nous taxe pas d'exagération! Pour être convaincu de ce que nous avançons, il suffit de compulser les titres des livres envoyés aux bibliothèques populaires au cours des dernières années : on fera des constatations abracadabrantes, surtout si l'on considère en même temps les lecteurs auxquels les ouvrages sont destinés.
Nous avons dit que le Conseil de perfectionnement pourrait utilement étudier la réforme des conférences d'instituteurs et d'institutrices. La rédaction des travaux, tels qu'ils sont conçus actuellement, nous paraît souvent fastidieuse et rarement utile : les sujets sont parfois trop vagues ou trop usés, ou bien ils dépasseut l'entendement des instituteurs, sans compter que les inspecteurs, surchargés de travail par l'application des dispositions légales relatives à l'obhgation
scolaire, ne peuvent consacrer suffisamment de temps à la correction de ces devoirs.
On pourrait dispenser de la rédaction de deux et même de trois dissertations les porteurs du certificat de chef d'école. Certaines de ces dissertations écrites seraient avantageusement remplacées par de courtes dissertations orales, dont seraient chargés ceux que le sort désignerait au début de la réunion. On procéderait de même en ce qui concerne les leçons didactiques. Une bonne partie des conférences serait consacrée à Tétude en commun des règlements et des programmes nouveaux.
Nous sommes aussi grand partisan des comptes rendus verbaux de quelque livre intéressant, traitant d'éducation ou d'enseignement et venant de paraître avec quelque éclat dans le monde scolaire. Toutefois, le gouvernement conserverait le droit d'imposer à tous les membres de l'enseignement, même à ceux qui seraient dispensés des dissertations, des travaux ayant un but déterminé et n'exigeant pas des investigations dépassant les moyens dont disposent les instituteurs. En vue de l'Exposition de Paris en 1900, le gouvernement avait prié les instituteurs de rédiger l'historique de l'enseignement dans leur commune. Ce travail a récolté un succès mérité. Dans un ordre analogue, il serait peut-être intéressant de leur demander la relation des faits importants survenus dans leur commune pendant et du fait de l'occupation a.llemande. Leurs travaux seraient soumis à des commissions cantonales ou provinciales qui en vérifieraient l'exactitude, et l'ensemble constituerait pour l'enseignement de l'histoire locale, et pour les chercheurs de l'avenir, une documentation particulièrement précieuse.
Avant la guerre, le gouvernement avait institué des semaines pédagogiques qui amenaient tous les ans à Bruxelles, pendant une période de 7 à 8 jours, les inspecteurs principaux et cantonaux de l'enseignement primaire et des professeurs d'école normale. Dans ces assises, les dirigeants de notre instruction
élémentaire étaient mis en contact avec des professeurs de l'enseignement universitaire, qui traitaient devant eux les grandes questions pédagogiques à l'ordre dujour et mettaient leurs auditeurs au courant des dernières données de la science éducative.
Ces semaines pédagogiques méritent d'être maintenues et développées, d'autant plus que nous rêvons de voir lancer l'enseignement belge sur des voies nouvelles. Les matières à traiter ne manqueront pas, car les problèmes nouveaux se présenteront en masse. La collaboration des représentants du haut enseignement avec les praticiens de l'instruction populaire ne peut qu'influer heureusement sur les solutions, auxquelles elle assurera une base scientifique solide.
La Belgique devrait aussi prendre la tête dans l'étude de la pédagogie scientifique ou plutôt de la pédagogie expérimentale^ dont la psychologie physiologique et l'anthropométrie pédagogique ne peuvent être que les adjuvants : car ces deux dernières sciences manqueraient leur but, si elles ne se mettaient au service de l'éducation. A quoi bon, en effet, réunir un fatras de matériaux sur la fatigue intellectuelle, sur la promptitude de la pensée, sur le développement physique de l'enfant, si ces matériaux ne sont pas utiHsés en vue de la grande œuvre de l'éducation? L'observation de l'enfant dans ses manifestations spontanées et libres restera l'élément essentiel dont nous disposons pour pénétrer les secrets de l'âme humaine, dans le premier stade de son existence. Qui est mieux placé que l'instituteur pour surprendre ces secrets, pour étudier les progrès intellectuels et moraux, pour essayer les méthodes nouvelles dont les découvertes contrôlées peuvent suggérer l'emploi? Mais, pour qu'il puisse accomplir cette tâche avec honneur, il doit être pénétré de l'esprit scientifique et guidé dans ses premières recherches. Les conférences d'instituteurs nous paraissent tout indiquées pour répandre parmi notre personnel enseignant, si éclairé et si dévoué, cet esprit scientifique et les notions de psychologie
et d'anthropométrie indispensables, et pour l'inciter à se mettre sans retard à l'étude et à l'application de la pédagogie nouvelle. Il serait à souhaiter que toutes les bonnes écoles gardiennes et primaires belges devinssent autant de laboratoires où les enfants fussent l'objet d'une observation systématique. Les membres de l'inspection qui auraient reçu, au cours des semaines pédagogiques, les instructions voulues, contrôleraient, avec leur tact et leur science bien connues, les recherches entreprises et en unifieraient les méthodes et l'esprit.
Pour terminer ce chapitre, disons un mot du Rapport triennal sur V état de /'ms^rwciionjorimaire, dont la publication est prescite par l'article 47 de la loi scolaire.
Ce document volumineux est le compte rendu fidèle de tout ce qui a été décidé et exécuté en matière d'enseignement primaire au cours d'une période de trois ans. La collection des Rapports triennaux constitue un historique détaillé de notre instruction populaire, et elle offre une ressource précieuse à tous ceux qui, par leurs fonctions, doivent se livrer à des recherches sur les origines ou l'évolution de certaines dispositions [réglementaires ou sur des situations déterminées.
Peu de personnes lisent le rapport triennal ; même les membres du corps enseignant semblent l'ignorer. Beaucoup d'exemplaires des bibliothèques cantonales ne sont même pas découpés. C'est que l'aspect rébarbatif du volume rebute. Pourtant il serait utile qu'une partie du public lettré connût l'état de notre instruction primaire. Aussi bien, serait-il désirable que le Préambule du Rapport reçût quelque extension et contînt un exposé en raccourci de cet état et des progrès réalisés ou en cours. Le département ferait exécuter de nombreux tirés-à-part de ce préambule et en enverrait des exemplaires à la presse belge, à la grande presse étrangère, ainsi qu'à la presse pédagogique des principaux pays : car, grâce à l'application de la loi Poullet, nous prévoyons un essor
merveilleux dont nous aurons le droit de nous enorgueillir.
Ceci nous fait songer à la propagande belge à l'étranger. Avant la guerre, notre pays était en somme peu connu parmi la grande masse des autres peuples. Il a fallu notre résistance à l'envahisseur pour révéler aux foules étrangères qu'il existait une Belgique laborieuse et prospère.
Lors d'un séjour à Milan, nous avons pu constater que, dans les magnifiques atlas italiens, la Belgique ne disposait pas même d'une carte indépendante; son petit triangle était accolé à la grande France, dont elle paraissait une dépendance. Les manuels classiques ne lui consacraient que quelques lignes indigentes.
Dès son retour à Bruxelles, le département ferait utilement rédiger une courte notice historique du pays, avec un aperçu de sa géographie physique, politique et économique, agrémenté des données statistiques habituelles. Cette notice, accompagnée d'une belle carte de la Belgique, serait traduite en anglais, italien, espagnol, portugais, danois, suédois, russe et serbe, et même en allemand, et adressée aux associations d'instituteurs des pays amis, aux directeurs des revues pédagogiques, aux auteurs de traités de géographie, aux éditeurs d'encyclopédies ou de lexicons.
Les associations belges d'instituteurs pourraient, dans ce domaine, rendre des services signalés à la patrie en attirant l'attention de leurs collègues étrangers sur les ressources de notre pays et sur l'avantage des relations économiques à établir avec lui. Car, si notre géographie est traitée sympathiquement et avec quelque ampleur dans les écoles primaires des principales nations du monde, l'oubli dont nous souffrions naguère sera à jamais dissipé.
Semblable collaboration des groupements d'instituteurs amènera, — c'est un de nos vœux, — un rapprochement entre le gouvernement et la Fédération des Instituteurs belges. Celle-ci a obtenu de larges satisfactions par la loi du 19 mai 1914 : l'instruction obhgatoire jusque 14 ans, une
amélioration sensible de la situation matérielle du personnel, et l'assurance d'une stabilité parfaite des institutions publiques d'enseignement. Si, en outre, la Fédération des instituteurs pouvait s'aboucher avec celle des instituteurs chrétiens pour collaborer, dans certains domaines, à la défense des intérêts professionnels communs et à la prospérité de l'instruction populaire, tout en gardant leurs positions respectives, un grand pas aurait été fait dans la voie de la pacification des esprits.