‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 45 sur 56 · Annales, p · texte numérisé non relu

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L'INSPECTION MKDICxVLE. 505

iiiédica], où le médecin recevra successsivement les élèves à examiner. Dans les écoles anciennes, on tachera d'en organiser un. Ce local devra être convenablement chauffé en hiver et exceller par sa grande propreté. Il contiendra omme mobilier une toise-bascule, la boîte de secours presrile par les règlements, des tableaux pour mesurer Tacuilé visuelle des élèves, un fauteuil de dentiste, un pupitre-secrélaire, une armoire et des chaises.

Au jour fixé, les élèves désignés pour passer la visite se présenteront, accompagnés de leur mère ou d'un membre de leur famille. Le personnel prendra des dispositions afin que tout ce monde puisse être casé dans quelque pièce transformée pour la circonstance en salle d'attente, et que les visites -e succèdent sans interruption ou perte de temps.

Le directeur de l'école servira de secrétaire au médecin. On pourra objecter le secret professionnel; mais, comme l'instituteur est tenu, par ses fonctions, à la même discrétion que le médecin, nous ne voyons aucune raison de l'écarter de la visite. L'arrêté royal organique pourra d'ailleurs donner des instructions spéciales à cet égard et instituer des peines disciplinaires contre les membres du personnel qui lévoileraient certaines tares de leurs élèves.

Le chef d'école aura eu soin de préparer un jeu de fiches sanitaires, dont le même arrêté royal fixera utilement les dimensions et le libellé, car les fiches accompagneront les enfants dans les différents établissements où ils seront instruits : il faudra donc qu'elles puissent facilement prendre place dans les classeurs des diverses écoles. Il en <\\iste différents modèles très ingénieux, qui pourront aisément être ramenés à un type unique.

Le maître aura d'avance inscrit les noms et prénoms, dates et lieux de naissance de l'enfant et de ses parents. Sous la dictée du médecin interrogeant l'enfant et sa mère, il y notera les antécédents héréditaires ou autres du sujet, ses infirmités, déformations ou défauts originels ou acquis, ses habitudes et l'état général de sa santé.

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Le médecin-inspecteur s'entourera ainsi, pour chaque élève, de données relatives à sa nutrition, sa croissance, ses maladies infectieuses, contagieuses ou chroniques. Il procédera ensuite à un examen général du corps, fera prendre note du poids et de diverses mensurations de taille, de la mensuration abdominale, thoracique, céphalique, des perturbations éventuelles delà motilité générale et des irrégularités de la marche ou de l'attitude.

Il scrutera chacun des organes des sens. La vision est-elle normale? N'y a-t-il pas une affection chronique de l'œil ou des paupières à signaler aux parents? Si la vision est défectueuse et empêche l'élève de s'adonner à l'étude et aux exercices classiques, il faut, au plus tôt, la corriger et au besoin soumettre l'enfant à l'examen d'un spécialiste qui lui prescrive les moyens optiques de correction de sa myopie, de l'hypermétropie ou de l'astigmatisme de l'un ou des deux yeux.

L'examen de l'oreille ainsi que de la bouche, du nez et du pharynx, donnera souvent la cause d'une surdité plus ou moins prononcée, généralement même très aisée à guérir, et, lorsque cette surdité sera reconnue incurable, il faudra doter l'enfant d'un cornet acoustique, afin qu'il puisse mieux saisir les enseignements.

Les troubles de la parole feront aussi l'objet d'un examen attentif.

La visite terminée, le médecin-inspecteur, qui devra se garder de tout traitement, dira à la mère si l'intervention d'un docteur s'impose. Dans ce cas, il remplira une formule imprimée dont le dos portera les extraits des règlements communaux sur les secours médicaux aux indigents. Par quelques brèves annotations, il attirera l'attention du médecin de la famille ou du spécialiste attitré sur les organes à examiner, ou sur l'état général du sujet.

L'instituteur-secrétaire enregistrera sur la souche, ou sur un double, au moyen d'une feuille de papier bleu gras, les mdications du médecin en vue des visites subséquentes.

Après cela, le médecin dictera au secrétaire, qui les inscrira dans un registre spécial, les recommandations au personnel enseignant en ce qui concerne l'élève : la place à lui assigner en classe à cause des défauts de la vue ou de Touïe; la surveillance du maintien, de la démarche et de la respiration ; les moyens à mettre en œuvre pour corriger les défauts ou anomalies et notamment les défauts du langage ; les mesures orthopédiques ou les prévenances protectrices et les précautions à prendre au cours des leçons de gymnastique.

Le médecin-inspecteur jouera naturellement un rôle très important dans la découverte et le traitement des enfants anormaux. Dans les écoles très peuplées, le médecin-inspecfcur pourra parfois réunir les membres du personnel enseignant à l'effet de leur donner des indications pratiques sur leur collaboration à son service : les symptômes des maladies infantiles les plus fréquentes, les moyens efficaces de combattre certains défauts physiques, les anomalies, etc., etc. Les instituteurs auront d'ailleurs reçu à l'école normale des notions assez étendues de physiologie et d'anatomie pour qu'ils soient aptes à suivre avec fruit ces conférences de vulgarisation médicale. Dans les petites localités, ces conférences seront utilement remplacées par des conversations familières de praticien à instituteur.

Les fiches sanitaires et le registre des indications aux médecins des familles sont placés sous la garde exclusive du médecin-inspecteur, qui les enfermera dans un meuble ad hoc.

Lorsqu'un élève changera d'école, on lui remettra sa fiche sanitaire sous enveloppe : le médecin de la nouvelle école la lui réclamera lors de sa première visite.

Dans ses inspections mensuelles, le médecin ne se bornera pas, comme cela se pratique beaucoup, à une conversation de quelques minutes avec le directeur ou la directrice; il visitera les lieux d'aisance, il fera le tour des classes, s'informera auprès du personnel de l'étal des élèves qui auront

été mis en observation, et le priera de lui désigner les enfants qui semblent présenter des symptômes inquiétants. Il fera défiler devant lui, dans son cabinet, tout ce petit monde, l'examinera attentivement, complétera les fiches et dictera de nouvelles instructions.

Ainsi que le demanda feu le docteur V. Delporte dans le remarquable discours du 6 février 1914, dont nous avons déjà parlé, « il aura, d'abord, à prendre toutes les mesures préventives contre ces maladies aiguës et transmissibles (vaccinations, re vaccinations), à faire fermer les classes lorsque la contagion pourra paraître imminente ou déclarée : maladies de la peau, gale, teigne, et à prendre toutes mesures de nettoyage complet et de désinfection si l'épidémie a sévi à l'école; il devra tenir les enfants écartés de l'école pendant un laps de temps plus ou moins long, variable selon les maladies, et qui est très bien indiqué dans un tableau en usage dans les services d'inspection médicale scolaire de la ville de Bruxelles.

« Le médecin-inspecteur devra aussi contrôler avec soin la rentrée en classe des écoliers qui, sans avoir été euxmêmes personnellement malades, ont été contaminés chez eux par des membres de leur famille atteints de maladies contagieuses et infectieuses.

« Ils auront aussi à prendre un soin spécial des élèves atteints de débilité marquée par suite de maladies spéciales, tels les tuberculeux, les adénoïdiens, les syphilitiques et autres infortunés qui sont dignes, là où ce sera possible, d'être classés en des salles spéciales et d'être l'objet de soins particuHers, comme aussi de participer les premiers aux œuvres d'alimentation, de vêtement, et aux colonies scolaires au grand air'. »

A la fin de l'année scolaire, le médecin-inspecteur indiquera éventuellement quels élèves devront être, de préfé-

1. Annales parlementaires y Séance de la Chambre du 6 février 1914, p. 954.

ronce, envoyés à ces colonies de vacances, en spécifiant si un éjoiir à la mer ou à la campagne leur conviendra le mieux.

Nous voudrions voir procéder à un examen individuel des élèves au moment de leur passage à un degré supérieur. A cette occasion, le médecin pourrait indiquer quel régime de gymnastique leur est le plus favorable et prescrire éventuellement certains mouvements et exercices spéciaux.

Enfin une visite individuelle approfondie précéderait a sortie de Técole. Le père et la mère y seraient conviés, et le docteur et le maître leur donneraient, à cette occasion, d'utiles recommandations concernant la profession à choisir pour le jeune homme en tablant sur ses aptitudes physiques et intellectuelles et ses prédispositions techniques. Au cours des séances d'orientation de nos soldats mutilés, en vue de leur rééducation professionnelle, nous avons souvent pu constater combien de pauvres garçons se sont dévoyés par l'ignorance de leurs parents et l'absence de tout conseil éclairé. Évitons autant que possible ces erreurs. Plaçons nos enfants dans les conditions de réussite les plus favorables, en les poussant dans les carrières où leurs goûts et leurs aptitudes physiques et autres semblent devoir leur assurer le meilleur avenir.

D'aucuns nous ont demandé quelles sanctions la loi mettait à la disposition du gouvernement, pour contraindre les autorités communales et les directions des écoles adoptées et adoptables à appliquer fidèlement les prescriptions de l'article 45.

^ Grâce aux rapports des médecins-inspecteurs, l'autorité communale et l'administration centrale seront constamment averties de l'état sanitaire des écoles. Si une situation particulièrement grave, comportant des mesures immédiates et énergiques, est signalée, l'inspecteur de l'enseignement, accompagné de l'inspecteur de l'hygiène, pourra se rendre sur place pour supplément d'enquête, et le gouvernement aura toujours la ressource, en cas d'inaction coupable des

autorités communales ou scolaires, d'exiger, sous la menace du retrait des subsides, la mise en œuvre de certaines mesures, et d'exécuter la menace si l'injonction n'est suivie d'aucun effet dans le délai fixé.

Le programme que nous avons développé plus haut répond, croyons-nous, en tous points, aux revendications du corps médical formulées en conseil central de la Fédération médicale belge. Elles nous paraissent équitables, et nous sommes persuadé que le gouvernement s'en inspirera et même les fera siennes. Nous les transcrivons ici à titre documentaire :

« 1« L'inspection médicale des écoles comprendra l'étude des plans, l'hygiène générale des écoles et l'examen indivis duel des écoliers;

« 2° Il sera établi des fiches individuelles, dont la partie médicale sera réglée et rédigée de façon à garantir le secret médical et à éviter toute atteinte aux intérêts du médecin de famille ;

« 5° La médecine scolaire constituera un service autonome, n'ayant aucun rapport avec les services de la bienfaisance publique;

a ¥ Il ne sera, en aucun cas, donné des soins ni institué de traitement par le médecin-inspecteur, cette institution étant uniquement une œuvre de prévoyance et d'avertissement;

« 5° Des médecins spécialistes (oculistes, otolaryngologistes, dentistes) seront chargés d'examiner les enfants désignés par les médecins-inspecteurs et rémunérés spécialement ;

« 6° Le nombre des enfants formant la section d'un médecin-inspecteur ne dépassera pas cinq cents ;

« 7« Les services des médecins-inspecteurs d'écoles seront rémunérés et tarifés sur la base de deux francs par tête d'écolier;

« Une rémunération spéciale sera accordée aux médecinsinspecteurs chargés par les administrations ou les directions d'écoles, de visites, rapports, etc., concernant la surveillance.

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rhygiène des locaux, ou de toute mission n'ayant pas directement pour objet l'examen individuel des écoliers. Cette rémunération sera fixée à 12 francs par vacation, et, dans ce cas, une indemnité de parcours sera accordée à partir du troisième kilomètre, tant à l'aller qu'au retour, et calculée à raison de 50 centimes par kilomètre.

t La loi communale devra être modifiée ou interprétée de telle manière que les médecins investis d'un mandat communal puissent être nommés médecins-inspecteurs des écoles. Il y va de l'intérêt public : car, dans la plupart des communes, le médecin ou les médecins font partie du conseil communal, et, dès lors, la loi serait difficilement applicable; de plus, il arriverait souvent que les médecins qui s'occupent le plus des questions d'hygiène seraient précisément ceux qui ne pourraient apporter à la nouvelle loi l'appoint de leur expérience et de leur science. »

Sur le dernier paragraphe, la Fédération a déjà reçu entière satisfaction, à preuve l'alinéa final de l'article 45, qui a été voté à son intervention.

L'inspection médicale scolaire exercera, nous n'en doutons pas, la meilleure influence sur la race.

Organisons-la rapidement partout, car son intervention est urgente. Nos enfants ont été débilités par les misères de l'occupation ; beaucoup sont nés de parents anémiés eux-mêmes parles privations. ïlest grand temps de leur assurer une protection efficace. L'inspection médicale nous en fournit le moyen.

Avec la gymnastique rationnelle, sur laquelle elle étendra d'ailleurs son contrôle discret, avec la prohibition de la vente de l'alcool de bouche, elle nous aidera à préparer de nouvelles générations, qui excelleront par une santé robuste. Si nous parvenons, en outre, à instruire la jeunesse comme nous lavons décrit dans les pages qui précèdent, et à l'éduquer dans l'amour du bien, du vrai et du beau, nous serons bien près de réaliser pour notre peuple l'idéal des anciens : Mens sana in corpore sano.

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