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LA RÉFORME DE L ADMINISTRATION CENTRALE DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

Le recrutement du personnel : 4 catégories. — Réforme du mode de travail. — Formation administrative du personnel. — L'emploi du flamand et le service des traductions; création d'une sémantique de la langue juridique flamande. — Organisation de certains services. — La matricule des instituteurs. — Création d'un corps de commis auxiliaires de l'inspection : allégement du service administratif des inspecteurs. — Collaboration des administrations des divers enseignements.

Celle réforme ne s'impose pas spécialemenl pour l'administration de l'enseignement primaire; les défauts que nous signalons sont communs à toutes les administrations de tous les départements ministériels; ils sont inhérents au recrutetement du personnel, à sa formation professionnelle insuffisante et à ses méthodes de travail surannées.

Sauf dans deux départements qui comptent un nombreux personnel d'ordre, les examens d'admission sont presque inconnus dans les ministères. Les recrues y arrivent au hasard des recommandations des hommes politiques ou des amis des hauts fonctionnaires. Aucune aptitude spéciale ne les désigne aux emplois qu'ils occuperont. Parmi eux, les jeunes docteurs en droit connaissent généralement tout, excepté le droit administratif. Ils sont fort étonnés, en entrant au département, que le ministre en personne ne leur confie pas, sans larder, l'étude de questions litigieuses ou des rapports sur quelque point important de droit. Ils estiment au-dessous de leur dignité de dresser un tableau slatislique, de « créer » une ordonnance de paiement ou de vérifier l'addition d'un bordereau. Ils s'occupent de ces tâches en maugréant, sans célérité ni zèle, et s'ennuient en

aspirant au moment où un service moins terre à terre s'ouvrira à leurs capacités.

Nous concevons parfaitement cette déception. Il est insensé (le recruter des docteurs en droit pour exécuter des besognes de commis d'ordre.

C'est pourquoi il faudrait diviser les membres du personnel en quatre catégories :

Le personnel technique, composé d'hommes d'enseignement et devant s'occuper des questions de pédagogie, de méthodologie et d'organisation scolaire;

Le personnel contentieux, recruté exclusivement parmi les docteurs en droit;

Le personnel d'ordre s'occupant de la comptabilité, de la statistique, des travaux courants d'ordre secondaire, de l'inscription et du classement des pièces; il serait recruté, par voie d'examens, parmi les jeunes gens ayant fait des études moyennes;

Le personnel de l'expédition, dont tous les membres devraient être de très habiles sténo-dactylographes.

La hiérarchie de chacune des quatre classes et le nombre des postes de chaque grade à conférer dans chacune d'elles seraient nettement déterminés.

L'avancement se ferait au mérite, et à la suite d'examens professionnels passés devant les chefs de service et dont nul ne serait exempté. De cette manière, on ne verrait plus des incapables arriver aux hauts postes et s'occuper de besognes de commis, alors que leurs commis exécutent des travaux de directeur.

Un barème favorable laisserait à tous la persp'ective d'arriver, avec du travail et de la conduite, à des situations convenables. Il n'y a rien qui excite tant au labeur qu'un peu de ciel bleu dans le lointain. Les plus hautes fonctions seraient toutefois réservées à des hommes de valeur et de progrès, capables d'imprimer une direction intelligente et énergique aux administrations.

On intéresserait les fonctionnaires et les employés à l'éco-

nomie de personnel, en répartissanl sur les membres restants une bonne partie des émoluments rendus disponibles par la suppression des places superflues.

On pourrait supprimer beaucoup de personnel, si l'on voulait réduire les besognes inutiles, notamment l'étude de ces précédents très anciens qui nous apprennent si peu parce qu'ils se rapportent à des situations périmées ou abolies depuis très longtemps.

Combien de longs travaux, fastidieux, n'exécute-t-on pas ainsi ! travaux que les grands chefs ne se donnent même pas la peine de lire, mais qui immobilisent du personnel pendant de longs jours et retardent les solutions. Le trop grand souci de la perfection, qui n'est pas de ce monde, et qui résulte de la peur des responsabilités, arrête bien des affaires et ralentit lamentablement le travail administratif.

Nous sommes partisan d'étudier les questions en ellesmêmes, en envisageant les situations présentes et à venir, non en fonction des précédents et des errements du passé, derrière lesquelles on s'abrite si commodément en cas de critiques, mais en tenant compte des possibilités et des buts particuliers et généraux à atteindre.

Ces lignes étaient écrites depuis quelque temps déjà, lorsque nous avons cueilli dans VHomme libre du 28 février 1 91 8 les réflexions suivantes, qui appuient en tous points notre manière de voir :

« Ce que la guerre a révélé, c'est d'abord que les bureaux, avec tous les services qu'ils rendent par ailleurs, sont par trop des instruments de ralentissement, des forces d'inertie; c'est ensuite que nos fonctionnaires valent ce qu'on les paie et que, si nous les voulons meilleurs, il les faut sélectionner et mieux rémunérer. Personne n'a jamais dit qu'une affaire, quelle qu'elle soit, ait été mal étudiée par les services compétents. Mais personne ne conteste que les affaires traînent trop, partout, et que nulle part les responsables d'un service aient quelque souci de leurs responsabilités. Voilà ce qu'il ne faut point. Des hommes et non des rouages, des délégués

de la nation qui agissent pour l'intérêt général, des services vivants et non des cimetières de paperasses, des réalisations et non des dissertations, voilà ce que la France de demain doit attendre de ses fonctionnaires, non plus réduits à chercher ailleurs le salaire nécessaire à leur vie, mais assurés, pour un travail et une activité maxima, d'une rétribution rationnelle et suffisante.

« Moins d'employés, plus de travailleurs; moins de paperasses, plus d'action ; moins de souci de sa sécurité personnelle et plus de la bonne marche des affaires publiques, chez l'administrateur, moins de recherche de l'impossible perfection et plus de rapidité dans l'exécution; c'est la leçon que la guerre, plus encore que la paix, a donnée à nos fonctionnaires, c'est le programme que nos gouvernements devront réaliser s'ils veulent à la fois réduire nos dépenses et nos critiques, intensifier l'action bienfaisante de l'État et provoquer en retour la satisfaction des administrés. »

♦Ce qui nous a toujours frappé dans l'administration, c'est que les chefs ne se soucient aucunement de la formation professionnelle de leurs subordonnés. Lorsqu'un « nouveau » arrive, le directeur général le reçoit et l'adresse au chef de section, lequel l'envoie à son tour chez l'employé qui devra le * mettre au courant ». Celui-ci lui confie l'ouvrage dont il tient à être débarrassé lui-même, explique vaguement la routine du travail, sans généralement se donner la peine de conseiller la lecture, sinon l'étude, des règlements organiques à appliquer; il lui enseigne toutefois quelques trucs et lui recommande de ne pas faire de zèle, afin de ne pas gâter le métier et de s'attirer par là l'inimitié des collègues.

Cette entrée en fonctions est décevante et de nature à tuer l'enthousiasme. Nous nous rappelons toujours l'ahurissement qui s'empara de nous le jour où le chef, auquel nous remettions notre premier « portefeuille » en enleva, au juger, la moitié des pièces et nous dit que « c'était là amplement assez pour une journée ». Quand on veut innover, on est facilement traité de réformateur et d'arriviste; on attrape

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