Ô LA RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT
une ou deux rebuffades des chefs et on se le lient pour dit Peu à peu on se fait à celte vie; on cherche et on trouve généralement, au dehors du ministère, une « marotte » à laquelle on consacre la dose d'enthousiasme qui est en soi; les années passent et on arrive à la conclusion qu'au frontispice des ministères on devrait inscrire ces mots fatidiques: « Ici, on laisse toute initiative! »
Les chefs de service devraient recevoir pour mission de travailler à la formation professionnelle de leur personnel, et d'organiser différents cours hebdomadaires ou bimensuels dans lesquels des fonctionnaires capables expliqueraient à leurs jeunes collaborateurs le droit constitutionnel, le droit communal et provincial, la loi scolaire avec les arrêtés et règlements d'exécution, les lois des pensions; l'organisation scolaire en Belgique et à l'étranger, les règles de la statistique, etc.
Le travail de bureau y gagnerait en sérieux; les affaires se traiteraient mieux, plus rapidement et avec plus d'unité, et après peu d'années on disposerait d'un personnel bien stylé. Les fonctionnaires ont tort, d'autre part, de ne pas se mêler davantage au monde où l'on remue les idées ; aux professeurs d'université, aux associations scientifiques et sociologiques, aux conférences du jeune barreau, etc. Ils devraient participer à leurs discussions et écrire dans leurs revues. Ce contact ne pourrait qu'être profitable aux uns et aux autres : bien des préventions contre notre corporation s'évanouiraient et les conceptions nouvelles pénétreraient plus facilement dans nos administrations pour le plus grand bien du pays.
Après la guerre, l'application stricte de la législation déjà ancienne sur l'emploi des langues, en matière administrative, introduira dans les ministères l'usage courant de la langue flamande. La plupart des agents et parmi eux beaucoup de Flamands authentiques ne connaissent qu'imparfaitement cet idiome. Il faudra les aider, par des cours bien organisés, à se familiariser avec une langue administrative flamande cor-
recte et claire : car, en cette matière, le déparlement des Sciences et des Arts, qui aura à imposer aux établissements d'enseignement Tusage d'une langue impeccable, devra plus que tout autre prêcher d'exemple..
Ce vœu nous incite à dire en passant un mot du service des traductions, tel qu'il fonctionne dans la plupart des départements ministériels. Ce service n'y est généralement pas traité avec tous les égards qu'il mérite. Il ne devrait comprendre que de vrais philologues, qui continuent à pratiquer leur science, et non des pseudo-philologues qui passent leur temps à écrivailler, ou qui ont bazardé leurs livres d'études au sortir de l'Université.
Le rôle de ce service deviendra très important, le jour très prochain où l'on appliquera sérieusement les lois sur l'emploi des langues en matière administrative et judiciaire. Les textes flamands seront alors couramment utilisés en jurisprudence, et il ne s'agira plus d'y laisser glisser des stupidités, ou des inexactitudes ou des obscurités, comme cela arrivait trop souvent, hélas ! dans le passé. Nous devons à la vérité de déclarer] qu'une sensible amélioration se manifestait en ces derniers temps; cependant un long trajet nous sépare encore du but à atteindre.
Pour arriver à un résultat sérieux, les services de traduction des divers ministères devraient entretenir des rapports suivis, sous la conduite d'une commission centrale dépendant du Ministre des Sciences et des Arts, qui a l'enseignement du droit dans ses attributions. Cette commission aurait à reviser le texte flamand de tous les projets de loi et arrêtés royaux quelque peu importants, et à créer une sémantique ou slgnifica de la langue juridique flamande. Une chaire de sémantique juridique serait établie auprès des Facultés flamandes de droit, et un cours pratique de cette science serait, — au moins temporairement, — donné aux traducteurs de tous les ministères, à l'intervention du Ministre des Sciences et des Arts.
Actuellement, les chefs de service considèrent la traduction
en flamand d'un texte quelconque comme une espèce de formalité obligatoire mais inutile. La rédaction du texte français dure parfois des semaines et des mois : il est trituré, limé, poli par des spécialistes. Pour la traduction de ce même texte en flamand, on accorde parfois aux traducteurs un délai de vingt-quatre heures seulement : alors ces malheureux fonctionnaires s'escriment contre des termes techniques dont ils ignorent souvent la signification : ils « potassent » Kramers avec désespoir, et, si. cet augure reste muet, ils « enrichissent » la langue d'un mot nouveau de leur crû. A l'avenir, les traductions devraient se faire avec la collaboration active des auteurs du texte français.
Le travail de bureau devrait, en outre, être profondément modifié, dans le sens des méthodes commerciales et industrielles : l'expédition des affaires courantes dans les vingt-quatre heures; l'emploi, par les chefs, de sténo-dactylographes; l'usage des fiches et des classeurs modernes du commerce ; l'organisation et la combinaison des services de telle sorte que deux ou trois employés soient interchangeables dans leurs travaux. Actuellement, les employés aiment à se spécialiser et à s'organiser un bon petit service à leur image, où un autre qu'eux ne se reconhaisse pas. En cas d'absence du titulaire, la besogne chôme, au détriment des intérêts des administrés. Ils se tiennent seuls ou bien à deux ou trois copains dans de petits bureaux où ils vivotent doucement, culottant des pipes, lisant consciencieusement leur journal, et accomplissant tant bien que mal leur tâche quotidienne. De temps à autre, le vieil esprit, que Courteline a décrit avec tant de verve, se réveille en eux, et ils se livrent alors à quelque bonne farce ou à quelque tour pehdable, dont les « snuls «^ les « stoeffers »- et les collègues à l'épiderme chatouilleux font généralement les frais.
Nous sommes partisan de grands bureaux clairs et gais,
i. Snul : bonasse et naïf.