‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 48 sur 56 · Stoeffer : vantard · texte numérisé non relu

Stoeffer : vantard

L'ADMIiNISTRATION CENTRALE. 519

OÙ plusieurs employés travaillent sous la surveillance d'un chef et disposent, à portée de mains, de toutes leurs archives méthodiquement classées.

Cette organisation s'imposera notamment pour le service des subsides scolaires. La loi du 19 mai 1914 a profondément modifié le système des subventions de l'État. Une partie de ces allocations varient d'après des données que seule la matricule des instituteurs peut fournir : années de service, diplômes et certificats, état-civil, et jusqu'aux punitions disciplinaires. Sous peine de doubler et même de tripler la besogne, il faudra combiner le service de la matricule avec celui des subsides et de la statistique. Les employés travailleront de concert et seront capables de se suppléer. Par ce système, tous seront au courant de toutes les parties du service.

La mise à jour de la matricule exigera un labeur très minutieux et très long, d'autant plus que la guerre aura considérablement embrouillé les situations; l'établissement des états de services du personnel des écoles adoptables, et du personnel religieux surtout, nécessitera des vérifications longues et délicates.

Pour éviter, à l'avenir, toutes contestations à cet égard, il serait utile de délivrer à chaque membre de l'enseigne ment, le jour de la remise du diplôme d'instituteur, un livret personnel, analogue au livret mihtaire, où l'inspecteur cantonal inscrirait, par ordre de date, les nominations, les prestations de serment et les mutations, les diplômes et les cerlificats obtenus, les peines disciplinaires; en un mot, tout ce qui peut avoir une influence quelconque sur la fixation du traitement ou de la pension de l'intéressé. La date serait authentifiée par un cachet humide indélébile, analogue à ceux de la poste. L'inspecteur cantonal garderait le double dans ses archives et à la fin de chaque quinzaine enverrait au département le bordereau de toutes les inscriptions faites pendant Ce laps de temps. Ce bordereau servirait à la mise à jour de la matricule du ministère, qui devrait s'opérer à la réception même des pièces.

Pour le personnel actuellement en fonctions, on arrêterait une fois pour toutes les états de service à la date du l*-"" janvier 1919, et un arrêté ministériel publié au Moniteur fixerait définitivement les chiffres, qui seraient désormais seuls à faire foi. Ces chiffres seraient inscrits dans les livrets personnels, en même temps que les relevés des diplômes et certificats dont les titulaires sont porteurs. Les inscriptions subséquentes se feraient par les soins des inspecteurs cantonaux comme il a été dit plus haut.

Toute fraude et tout différend seraient ainsi exclus, et, le jour où les instituteuijs demanderaient la liquidation de leur pension, ils n'auraient plus à se préoccuper de réunir des dossiers auxquels il manque toujours quelque pièce essentielle, mais se borneraient à remettre leur livret personnel à la Cour des Comptes par l'intermédiaire de l'administration compétente.

Ce travail supplémentaire imposé aux inspecteurs cantonaux nous rappelle qu'avant la guerre déjà on se préoccupait de fournir à ces zélés fonctionnaires et à leurs principaux un personnel auxiliaire, que leur collaboration à l'exécution de la loi scolaire rend absolument indispensable.

Certains dentre eux ont demandé que le gouvernement leur accordât, non du personnel, mais des frais de bureau, avec lesquels ils rémunéreraient des aides choisis par eux, autant que possible parmi les membres de leur famille.

Nous ne pouvons nous rallier à cette combinaison. Beaucoup d'inspecteurs, pour augmenter leurs ressources, — ce qui nous paraît tout naturel, — se chargeraient des travaux supplémentaires et les exécuteraient à l'aide de leui*femme et de leurs enfants. En règle générale, le chef de la famille en fournirait la part la plus considérable, au détriment non seulement de l'ouvrage, mais aussi de sa santé. La tâche principale de l'inspecteur : la visite des classes, en souffrirait.

La création d'un cadre de commis auxiliaires de l'inspection s'impose. Les candidats seraient proposés par les inspecteurs eux-mêmes, et choisis en dehors du personnel enstM-

gnauL afin de ne pas aggraver la crise menaçante des instituteurs, parmi les jeunes gens ayant une forte instruction moyenne du degré supérieur. Le barêmc de leurs traitements -erait le môme que celui des instituteurs. Ils auraient à subir nn examen devant des fonctionnaires de l'administration centrale, au cours duquel ils auraient à justifier d'une bonne culture générale et de la connaissance des lois et règlements scolaires et des notions indispensables de droit constitutionnel, communal et provincial.

Chaque inspecteur disposerait d'un commis. Celui-ci serait assermenté et aurait le droit de signer, en l'absence de l'inspecleur, les pièces matricules dont nous venons de parler. L'inspecteur toucherait une indemnité pour la location d'un bureau décent, accessible, à des heures déterminées, au per- >nnel enseignant.

Le travail de rins[)ection scolaire pourrait aussi être considérablement allégé, si l'administration centrale y mettait un peu de bonne volonté. Lorsque le cabinet du ministre ou un membre du Parlement demandent quelque renseignement statistique, un télégramme est lancé incontinent à l'inspection avec prière de fournir dare-dare les chiffres sollicités, alors qu'il suffirait souvent d'ouvrir un dossier qu'on a sous la main, d'en extraire les données voulues et de se livrer à quelque opération élémentaire de calcul.

Le travail administratif, en général, pourrait être grandement simplifié. Pour arriver à ce résultat, les chefs de service n'auraient qu'à encourager les initiatives et à récompenser le zèle qui s'exerce à bon escient.

Ils y gagneraient par surcroît l'aftection de leurs subordonnés. Or, nous avons toujours constaté que les administrations où ce ciment unit les cœurs jouissent de la meilleure réputation. Le travail s'y accomplit avec soin et rapidité, et avec cette confiance réciproque qui rend les relations entre collègues si agréables.

Lnfin, nous osons émettre le vœu de voir tomber les cloii)E Paelw. — F/Enscigiiemeiil en r>elgi*iue. 21

7>n LA KÉIORME DE L'ENSEIGNEMENT.

sons étanches qui trop souvent séparent les administrations d'un même département ou de deux départements voisins s'occupant de services analogues. Nous espérons que le ministre s'y emploiera après la guerre, en provoquant des réunions périodiques entre les directeurs généraux et les inspecteurs généraux des divers enseignements : primaire, moyen, supérieur, technique, ménager, agricole, réunions dont il prendra la présidence. Il se rendra immédiatement compte des froissements qui existent et qu'il s'agira de faire disparaître, des antagonismes qu'il importera de transformer en collaborations efficaces, et il imprimera à l'instruction belge cette unité de direction, de méthodes et de conceptions ({ui a tant manqué jusqu'ici.

Pas n'est besoin d'un Arrêté Royal précédé d'un pompeux Rapport au Roi; un bout d'ordre de service suffira, s'il est accompagné de la volonté, de la part du ministre, de faire produire à ces réunions le maximum d'efîet utile.

CONCLUSIOjN

Voilà, cher lecteur, de quelle manière nous concevons le problème de Tinslruction populaire. Il est de ceux qu'il importera de résoudre dès la rentrée au pays. De sa solution rapide et heureuse dépendra en grande partie la reprise de Tessor économique de notre peuple.

Mais, pour qu'une solution heureuse du pronlème puisse intervenir à bref délai, il convient de l'envisager dans son ensemble. Trop longtemps on a procédé chez nous par voie de réformes fragmentaires qui ne s'emboîtent pas toujours et se contrecarrent parfois. (Et voilà encore une raison péremptoire qui milite en faveur du rattachement à un seul département, — celui des Sciences et des Arts, — de toutes les institutions s'occupant d'enseignement).

La réforme de l'enseignement populaire ne se conçoit évidemment pas sans le cortège obligé et imposant des dépenses correspondantes. Après la guerre, il y aura une tendance à léconomie, bien naturelle au demeurant, et inspirée par la sagesse la plus élémentaire. Mais nous espérons que nos dirigeants comprendronl qu'il est des économies qui coûtent cher, parce qu'elles compromettraient l'avenir du pays. Aussi demandons-nous que, loin de diminuer le budgetde l'instruction populaire, ce budget soit considérablement majoré, afin de mettre sans tarder notre appareil scolaire à la hauteur des nécessités de l'heure. Et, dans cet appel, nous comptons sur l'appui, non seulement des patrons, — qui sont grandement intéressés à avoir à leur disposition une main-d'œuvre quali-

fiée de premier ordre, — mais de toute la classe ouvrière, à quelque groupement qu'elle appartienne : elle a su revendiquer avec ardeur des améliorations matérielles et politiques, espérons qu'elle saura témoigner de la même ardeur, lorsqu'il s'agira de réclamer une instruction générale et professionnelle solide pour tous les enfants du peuple belge.

Ce livre était écrit lorsque nous avons eu la bonne fortune de prendre connaissance des travaux du Comité institué par le ministre de l'Instruction publique d'Angleterre, pour étudier la question de l'école populaire par rapport à l'emploi des jeunes gens après la guerre. Nous avons eu le très grand plaisir de trouver dans le compte rendu des discussions de cette Commission et dans les déclarations des « témoins » entendus, appartenant au monde de l'enseignement, de la grande et de la petite industrie, du commerce, de l'agriculture et du travail, la confirmation de la plupart de nos propres idées.

Tous désirent que l'enseignement primaire, prolongé jusqu'à 14 ans, prépare à l'apprentissage méthodique dune profession; tous appellent de leurs vœux un enseignement complémentaire, obligatoire, donné à tous les jeunes gens de 14 à 18 ans, pendant la journée de travail, sans qu'il en résulte pour ceux-ci une perte de salaire; tous réclament une formation adéquate du personnel enseignant.

La Commission estime comme nous que, si renseignement général peut et doit avoir en vue la formation professionnelle, réciproquement les branches pratiques ont une grande vertu éducative, lorsqu'elles sont développées par un maître qui s'entend à les faire servir à l'éducation morale. Précisément, vers l'âge de 12 ans naît chez l'enfant cet intérêt puissant, pour le monde objectif, qui se développe à travers toute, l'adolescence : de là son goût si prononcé pour les applicationsmécaniques et scientifiques,— locomotives, automo-

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