CHAPITRE II L'INSTRUCTION OBLIGATOIRE ET SON APPLICATION
Grâce à l'école rénovée, notamment par l'instruction obligatoire, le peuple belge doit devenir le peuple le plus instruit de la terre. — L'application de l'obligation scolaire. — Congés pour travaux saisonniers. — Régimes de demi-temps. — Délivrance du certificat d'études primaires. — Conclusion.
La loi du 19 mai J914, en instaurant l'instruction obligatoire et en portant de six à huit années la durée de la scolarité, a rendu nécessaire une refonte complète de notre enseignement primaire et, par voie de conséquence, de notre enseignement normal. La guerre nous aura, en outre, révélé certains défauts de notre organisation scolaire, défauts que nous sentions vaguement, mais que les faits ne nous avaient pas nettement dénoncés comme tels. Nous aurons soin de profiter des terribles leçons de l'expérience, et nous nous efforcerons de faire du peuple belge le peuple le plus instruit et le plus habile de la terre. C'est à cette condition seule, d'ailleurs, que notre pays se relèvera rapidement de Tabîme où l'aura plongé la barbarie teutonne, que son industrie et son commerce reprendront la place qu'ils occupaient naguère, et qu'il conservera dans le monde ce rang splendide où son honnêteté politique l'a placé.
Lorsque nous passons en revue les moyens d'action dont nous disposons en vue de la réalisation de ce but, nous pouvons proclamer avec fierté que d'immenses espoirs nous sont permis. Nous possédons un corps enseignant d'élite, qui ne demande qu'à se perfectionner et à se dévouer; à une époque où la poursuite du gain semble être le seul mobile et la seule préoccupation de la majorité des hommes, nous voyons nos instituteurs se consacrer de toute leur âme
aux enfants de leurs concitoyens et se contenter d'un salaire plus que modeste. C/est qu'ils se sentent soutenus par un idéal dont la fraîcheur nous enchante chaque fois que nous entrons plus intimement en contact avec eux et qui, surtout chez les instituteurs de la campagne, a gardé une saveur naïve qu'ils semblent puiser dans le commerce des enfants. Leur bonne volonté est évidente : ils se perfectionneront, si on leur en démontre la nécessité, et ils redoubleront d'efforts et de zèle pour mettre leur enseignement à la hauteur des exigences impérieuses du moment.
D'aucuns ont prétendu que notre enseignement primaire était arriéré et ne répondait pas à son but. Certain haut magistrat a même poussé l'injustice jusqu'à dire et à écrire qu'au point de vue de l'instruction élémentaire notre pays méritait d'être placé à la queue des nations, derrière l'Espagne et la Turquie. Ce sont là de ces exagérations manifestes qui font plus de tort à leurs auteurs qu'à ceux qu'elles ont la prétention de fustiger; elles n'ont d'excuse que la véhémence des passions politiques qui les ont inspirées.
Dans le domaine des méthodes, nous n'avons pas grand chose à apprendre des autres pays : des témoignages irrécusables de hautes personnalités pédagogiques étrangères en font foi. Peu de temps avant sa mort, M. Edouard Petit, inspecteur général de l'enseignement primaire français, nous le disait encore en termes enthousiastes. C'était au début de novembre 1916, à Milan, au Congrès des Corse popolare, des cours populaires, qui, dans l'esprit des organisateurs, doivent, dès l'école primaire, assurer aux jeunes générations italiennes le préapprentissage que nous nous proposons de réaliser par notre 4^ degré. « Nous autres, hommes d'enseignement français, nous dit-il, nous avons beaucoup appris en Belgique et, après la guerre, nous comptons plus que jamais retourner chez vous, à l'effet de voir de quelle manière méthodique et pratique vous résoudrez certainement tous les problèmes que la conflagration mondiale aura posés ou posera. » — C'était dit avec l'accent de la sincérité et sans la moindre
intention de faire un compliment banal. Evidemment, noî^ méthodes n'ont pu donner leur plein, parce que, dans bien des endroits, l'absentéisme sévissait lamentablement et que beaucoup d'enfants quittaient prématurément l'école pour assister leurs parents. Ceux-ci mangeaient ainsi leur blé en herbe, parce que leur désir de tirer immédiatement parti du travail de leur progéniture empêchait celle-ci de s'instruire et de monter ainsi d'un ou de plusieurs degrés sur l'échelle ouvrière : ils la condamnaient à la médiocrité, aux métiers non qualifiés et aux bas salaires.
Il ne faut pas exagérer cependant, car, dans son ensemble, notre population est aussi instruite que celle de la plupart des pays où l'instruction obligatoire existe depuis de longues années. Il ne suffit pas de voter un texte de loi pour que celui-ci soit aussitôt appliqué. Il se passe parfois bien des années avant que les prescriptions légales entrent dans les mœurs, surtout si l'électoralisme conspire avec les abus que les lois ont mission de déraciner.
Gela n'empêche que l'absence de toute obligation scolaire pesait sur nous comme une tare. Les nations de haute culture, sauf la Belgique, avaient introduit la réforme chez elles, et nous devions apparaître à leurs yeux comme des ennemis du progrès, bien que toute notre activité économique proclamât le contraire. Ceux d'entre nous que des voyages d'études mettaient en contact avec des hommes d'école étrangers ont souvent ressenti âprement cette infériorité. Comme en toutes choses, les Allemands se distinguaient par l'insolence de leurs réflexions désobligeantes; ils n'y mettaient aucune mesure; leurs revues pédagogiques, en des articles boursouflés, exprimaient leur compassion pour notre misère intellectuelle, qu'ils comparaient à celle du moyen âge, et beaucoup de savants docteurs d'Outre-Rhin, auteurs ou lecteurs, ont sans aucun doute pleuré de tendresse rien qu'en songeant aux réformes aussi nombreuses que fécondes que la conquête prochaine de notre pays, qu'ils entrevoyaient, leur permettrait d'y réaliser.
C'est surtout dans les communes limitrophes des grandes villes, dans les centres industriels où grouille une population sans cesse changeante, dans les régions agricoles de grandes
iltures et dans celles qui fournissent des éléments aux migrations saisonnières, qu'avant la guerre la fréquentation des écoles laissait le plus à désirer chez nous. Mais, dans certains quartiers des grandes villes où les changements de domicile sont relativement peu fréquents ; dans les campagnes où les populations sont attachées à la terre, où Tinstituteur connaît personnellement les parents de ses élèves, et où les autorités civiles et religieuses connaissent leurs administrés, les enfants suivaient régulièrement les classes jusqu'à treize, quatorze et parfois jusqu'à quinze ans.
Ne nous dissimulons pas que l'obligation de l'instruction n'entrera pas dans nos mœurs sans heurts ni difficultés, et que, dans certains cantons, il faudra user de rigueur pour amener les parents à la compréhension saine de leur devoir. Pourvu que les intérêts [électoraux ne s'en mêlent pas! car nous avons vu, aux élections de 1914, exploiter contre le gouvernement la loi militaire et la loi scolaire.
Mais, depuis lors, la guerre a passé par là ; elle aura, sans aucun doute, profondément modifié les mentalités et révélé l'impérieuse nécessité pour notre pays de posséder une classe ouvrière instruite. Que le gouvernement fasse donc apphquer la loi sans faiblesse, et il aura derrière lui tous les bons citoyens. Les pénalités qu'elle prévoit ne sont pas bien terribles ; heureusement, le peuple de chez nous a depuis toujours le respect de l'appareil judiciaire, et rien que la menace d'une station désagréable chez le juge de paix, avec la perspective des pertes de temps que pareilles visites entraînent, incitera la plupart des pères de famille négligents à mieux surveiller la fréquentation scolaire de leurs enfants.
La loi a très sagement soustrait aux autorités locales l'application des dispositions relatives à la fréquentation scolaire. Comment voulez-vous, en effet, qu'un magistrat communal soumis à une prochaine réélection se montre sévère à l'égard
d'un homme dont naguère il quémanda la voix et sur le vote duquel il veut encore pouvoir compter dans l'avenir?
C'est à l'inspection scolaire qu'est dévolue la mission de faire le cliien de berger et de ramener au troupeau les agneaux qui s'en écartent. Elle est bien placée pour s'en acquitter avec honneur. Elle jouit de la plus complète indépendance vis-à-vis des populations, et elle exerce une autorité de bon aloi sur les membres de l'enseignement qui auront à la seconder. Nous avons la plus entière confiance en son patriotisme éclairé, qui saura la maintenir à égale distance d'une sévérité outrée et d'une complaisance excessive. L'expérience nous apprendra si la procédure prescrite par la loi est suffisamment expéditive. S'il le fallait, un bout de loi aurait vile fait de remédier aux faiblesses constatées.
Le législateur s'est, de même, montré fort avisé en tenant compte de l'emploi de la main-d'œuvre enfantine, dans certains travaux saisonniers où il serait impossible de la remplacer. Les lois qui prévoient des pénalités ne doivent jamais mettre les citoyens entre des intérêts respectables et un devoir, qu'ils considèrent alors comme une atteinte intolérable à leur liberté. Il est infiniment préférable qu'elles canalisent les transgressions probables des règlements. Dans ce but, l'article 7 de la loi scolaire prescrit in fine que dans les régions agricoles les vacances et les jours de congé soient fixés, autant que possible, aux époques où c'est la coutume d'employer les enfants aux travaux des champs. Le même article prévoit, en outre, que les administrations communales et les directions des écoles soumises à l'inspection de l'État peuvent, sous l'approbation de l'inspection scolaire, arrêter un règlement établissant dans quelles conditions les chefs d'école ont le droit d'accorder aux élèves du 7)^ degré, et aux élèves du ¥ degré qui ne bénéficient pas du demi-temps, des congés pour participer aux travaux saisonniers. Pour que le contrôle soit possible, ces congés doivent être octroyés par écrit. Ils ne peuvent excéder annuellement un total de trente-cinq jours pleins, ni être accordés aux élèves du
4** degré; là où cet enseignement est organisé sur la base du demi-temps.
Tout cela est bien pensé. L'agriculture a des exigences impératives, qui pendant la guerre se sont révélées telles avec une évidence éblouissante. La nature veut que les semailles s'opèrent à des époques fixes et forcément limitées; que les plantes reçoivent des soins à des moments déterminés ; que les récoltes se fassent à des époques immuables, dans des délais relativement courts et dans des conditions ne souffrant aucune dérogation, au risque de compromettre les fruits d'un long et pénible travail et par ricochet l'alimentation populaire.
Lorsque le blé est fauché et que les gerbes sont sèches, il faut que le cultivateur les rentre sans retard, car un orage peut survenir et causer d'incalculables dégâts. Si la maind'œuvre lui faisait défaut à pareil moment, le paysan, pour s'en procurer, ne reculerait pas devant une transgression de la loi scolaire. Qui l'en blâmerait? Gela nous remet en mémoire un incident typique qui nous fut conté par M. Gorman, directeur général de l'enseignement primaire belge. C'était à l'époque où ce haut fonctionnaire occupait un poste d'inspecteur dans un canton de la Hesbaye. Ayant inspecté une école et constaté que sur une soixantaine d'élèves vingt à peine étaient présents, il alla s'en plaindre à l'échevin compétent, propriétaire d'une grande exploitation agricole et qui s'était montré en tout temps propagateur éclairé de l'instruction. « Pas possible! dit celui-ci, il y a donc encore vingt élèves dans cette école? Je l'ignorais, sans cela je les aurais déjà embauchés pour le démariage de mes betteraves. Il n'y a pas de temps à perdre, car la saison est bien avancée. » Et incontinent il se dirigea à grandes enjambées vers la classe. Abusant de son autorité scabinale, il licencia l'école afin de disposer des quelques élèves qui s'y attardaient aux études.
Dans le même ordre, uons nous souvenons avoir lu, 4.ans un livre bleu du Boar^d of Education anglais, le rapport d'un inspecteur scolaire signalant que tous les ans, au mois de DE l*AEuw. — L'Ensei(?neineiit en Belgique. 3
septembre, à la reprise des cours, plusieurs milliers d'enfants londoniens, au lieu d'aller en classe, se répandent dans la banlieue de la métropole pour y aider à la cueillette de^ fruits et notamment du houblon. L'excellent fonctionnaire déplorait la chose au point de vue scolaire; mais il ajoutait, en pince-sans-rire britannique, que ce séjour à la campagne ne pouvait q.u'être salutaire à ces enfants anémiés de la grande ville, que c'étaient là les seules vraies vacances dont ils jouissaient et que, tout compte fait, il fallait s'abstenir de condamner cet accroc à la loi sur l'obligation scolaire.
Concilions donc, dans la mesure du possible, les intérêts bien entendus de Fagricullure avec les nécessités scolaires. Considérons même comme participant aux travaux saisonniers un enfant devant garder les cadets pendant que la mère ou la sœur aînée collaborent à ce genre de travaux. Seulement ne poussons pas trop loin la condescendance; n'énervons pas l'action de la loi, car une trop grande liberté laissée aux enfants pour l'accomplissement de travaux des champs constituerait la fissure par où s'écoulerait toute l'économie du nouveau régime.
Mais, dira t-on, il y a d'autres travaux saisonniers que ceux des champs. Nous le concédons volontiers, mais nous répondrons comme M. Poullet, ministre des Sciences et des Arts, le fit le 30 avril 1914 au Sénat : « Les travaux saisonniers supposent des travaux qui sont, dans une certaine mesure, motivés par l'alternance des saisons », et il ajouta : « Par le fait même, nous excluons la généralité des travaux industriels. »
Comme travaux saisonniers on a cité la briqueterie en plein air, qui ne se pratique que pendant une paj;*tie de l'année, et les petits travaux de l'industrie hôtelière qu'amène la saison balnéaire sur notre littoral.
Les premiers sont au-dessus de la force d'enfants de moins de 14 ans. M. Poullet a formellement déclaré à la Chambre, le 4 décembre l^lo,que les travaux saisonniers doivent être des travaux sains et que le concours des enfants doit être indis-
pensable. Le lendemain, il revint sur le même objet : « Il est évident, dit-il, que quand la loi sur le travail des enfants interdit aux enfants, pour des motifs de santé, un travail déterminé, il ne sera question, sous un prétexte quelconque, de leur accorder un congé en vue de faciliter la violation de la loi. »
Le 11 décembre suivant, il fut encore plus explicite devant la même assemblée. Pour semblable travail, il proscrivit travaux saisonniers et demi-temps et étendit cette restriction à Vindustrie à domicile, entendue dans le sens usuel d'industne
<persée.
Quant à l'industrie hôtelière dans les villes d'eaux, nous estimons qu'il y aura lieu de se montrer très circonspect dans l'octroi des congés prévus par l'alinéa 2 de l'article 7 et de les refuser notamment pour les postes de chasseurs dhôtel, car ceux-ci initient les enfants avant l'âge à certaines turpitudes de la vie et leur enlèvent prématurément cette fraîcheur d'âme qui fait le charme de la jeunesse. Bailleurs, ces postes exigent des enfants de longues veilles qui ne peuvent que compromettre leur santé.
A deux reprises nous avons été amenés à parler du régime du demi-temps. Qu'entend-on par ce vocable, emprunté au langage elliptique des gens d'école? La définition en a été donnée, en séance de la Chambre du 19 décembre 1913, par le ministre des Sciences et des Arts. « Il faut entendre par demi-temps, a dit M. PouUet, une scolarité réduite consistant dans la fréquentation de l'école soit le matin ou l'après-midi, soit pendant un certain nombre de jours par semaine, les autres jours étant des jours de congé, soit enfin pendant le semestre d'hiver, le semestre d'été devenant un semestre de vacances. »
Un député ayant demandé dans une interruption : « Ce serait donc un congé pendant tout l'été? » le ministre lui a K'pondu : « Le gouvernement ne se lie par avance à aucune turmule déterminée, pas plus qu'il y a trois jours le parlement
français ne s'est lié d'avance par aucune formule précise d'application, parce que, en cette matière, tout dépend des possibilités locales... Il est incontestable que le fonctionnement du 4" degré peut rencontrer des difficultés particulières dans toutes les écoles où il n'y a qu'un seul maître (le nombre de ces écoles est d'environ o.OOO), difficultés qui ne se présenteront pas dans les écoles desservies par plusieurs instituteurs. Il faut donc qu'il y ait de la marge; la seule chose essentielle, c'est que la faculté d'accorder une scolarité réduite ne s'exerce pas aux dépens de l'instruction. Les formules relativement souples que le gouvernement vous propose, et qui viennent d'être votées au parlement français, me paraissent réaliser ce desideratum. L'expérience nous indiquera, dans chaque cas particulier, comment il faut pratiquement organiser l'obligation scolaire pour les enfants des campagnes. Nous sommes d'accord sur le principe, et je demande que les textes soient conçus dans l'esprit où le gouvernement les propose, de manière à pouvoir tenir compte des possibilités locales en ce qui concerne le demi-temps. » L'intention de M. PouUet de laisser à l'expérience le soin d'élucider la question du demi-temps nous paraît infiniment sage. En rapprochant les textes de l'article 7 et de l'article 18, on en conclut que le régime en cause ne doit être appliqué qu'aux élèves du 4« degré. Or, l'organisation de cet enseignement complémentaire est très complexe et posera quantité de problèmes que la seule pratique nous aidera à résoudre. Nous voyons clairement le but à atteindre; mais, comme les moyens à mettre en œuvre pour y arriver varient d'une localité à l'autre, il eût été imprudent de proposer des textes trop précis et trop impératifs. Nous ferons donc, tant pour l'organisation du ¥ degré que pour l'instauration du régime du demi-temps, qui en est le corollaire, de V administration expérimentale. Dès la rentrée au pays, nous provoquerons sans retard la création de classes du ¥ degré dans les divers cantons scolaires, de manière à réaliser tous les types imaginables. Ces classes constitueront nos champs d'observation;
nous suivrons attentivement leur marche, et les améliorations à y introduire se manifesteront d'elles-mêmes. Des constatations que nous serons ainsi amenés à faire, mais aussi des
iggestions des instituteurs qui auront mis la main à la pâte, nous dégagerons des principes généraux, lesquels pourront alors être appliqués, avec les variantes obligées, aux classes similaires à créer dans le restant du pays.
Nous croyons qu'à côté des trois régimes de demi-temps prévus par l'honorable ministre, il en existe un quatrième formé par la combinaison de deux d'entre eux, et auquel il faudra nécessairement recourir dans les écoles rurales; il consistera à faire la classe pendant tout le semestre d'hiver, avant comme après midi, depuis le l^"" novembre jusqu'au 1' ou lo mars, et de consacrer en outre à l'enseignement pratique des jours déterminés de la semaine pendant la période d'été. En effet, la nature est en léthargie pendant l'hiver, elle ne se réveille et ne travaille que pendant la bonne saison. Dès lors, si l'on veut enseigner d'une manière vraiment pratique l'agriculture, la culture maraîchère, le petit élevage, etc. aux élèves du 4^ degré, il faudra que Finslituteur puisse effectuer avec eux, soit au jardin d'école agrandi, soit aux champs de démonstration, soit à la basse-cour, les travaux que la saison amène, leur faire suivre le développement des cultures et donner à celles-ci les soins qu'elles exigent. Or, ces travaux pratiques supposent des leçons régulières et suffisamment nombreuses pendantla période d'été. Il va de soi, — suivant les propres paroles du ministre, — que le règlement relatif aux congés, prévu à l'alinéa 2 de l'article 7, sera le même pour toutes les écoles primaires d'une même localité soumises à l'inspection de l'État. Le fait que ce règlement est subordonné à l'approbation de l'inspection scolaire en est le plus sûr garant. S'il en était autrement, les écoles concurrentes pourraient se livrer à des surenchères de nature à attirer des élèves par l'appât d une plus grande complaisance en matière de congés.
Il nous reste à examiner la question du certificat détudes primaires institué par Tarticle 5 de la loi scolaire et dont la possession dispense les élèves qui en sont porteurs, à partir de l'âge de 13 ans révolus, du temps de scolarité qu'il leur reste encore à accomplir.
La forme et les conditions de délivrance de ce certificat seront réglées par arrêté royal, et il ne sera fait aucune distinction entre les établissements publics ou privés.
Des craintes se sont également élevées à l'endroit <ie ce certificat détudes, dont l'attribution trop généreuse permettrait de tourner les dispositions légales relatives à l'obligation scolaire. Ces craintes ne sont nullement fondées lorsque l'on considère les déclarations très nettes du ministre des Sciences et des Arts. D'abord, la possession du certificat n'est opérante que pour les élèves ayant accompli leur treizième année. Ensuite, l'épreuve préalable à son obtention portera sur toutes les matières du 4*^ degré. « Il est évident, a dit M. Poullet le A décembre 1915, au cours du débat à la Chambre, que le certificat ne pourrait être délivré à celui qui n'aurait pas reçu une instruction primaire conjplète dans le sens où la loi nouvelle l'établit. D'ailleurs, ce n'est qu'à cette condition que l'on peut justifier la mesure en vertu de de laquelle celui qui obtiendra le certificat bénéficiera d'une année de scolarité.
« Comme le certificat aura pour effet d'atténuer dans une certaine mesure une obligation légale, les conditions dans lesquelles il sera délivré devront être soumises au contrôle de l'autorité. »
Aux termes de la loi, ce ne sera qu'en 1920 que le temps de scolarité pourra être réduit, grâce à la possession du certificat d'études. D'ici lors, ce certificat pourra être délivré et le gouvernement aura toute latitude d'essayer tel système qui lui paraîtra réunir le plus d'avantages. Ici encore, il recourra au mode expérimental, le seul qui puisse l'amener, sans tâtonnements nuisibles, à de bons résultats.
En ce qui nous concerne, nous serions fort partisan d'un
régime analogue à celui des concours cantonaux abolis par la loi scolaire de 1895 : on connaît leur mode de fonctionnement et on sait à quels inconvénients ils donnaient lieu, inconvénients qu'il ne serait pas malaisé de faire disparaître. Il y aurait évidemment des modifications assez notables à y introduire. Il faudrait instituer plus d'un jury par canton : car, les écoles rurales ayant un programme nettement différent de celui des écoles urbaines, il ne serait pas possible de poser les mêmes questions aux élèves des deux catégories. De plus, les programmes du 4^ degré variant d'école à école, il serait sage de prévoir deux séries de questions, la première se rapportant aux branches d'enseignement général, la seconde aux matières spéciales du 4^ degré. Afin de faire régner la plus grande impartialité dans la correction des épreuves, les jurys devraient être composés d'éléments pris au corps enseignant des diverses catégories d'écoles.
L'institution de ces examens sur les bases que nous venons d'indiquer rétablirait entre les écoles cette heureuse émulation que l'abolition des concours avait considérablement atténuée. Le certificat constituera une sanction sérieuse des études primaires. Il deviendra rapidement populaire, pour peu que les pouvoirs publics et les patrons veuillent bien y attacher quelque importance. Il sera un stimulant précieux pour les élèves et un sérieux moyen de contrôle sur l'enseignement des maîtres.
Atout considérer, la loi Poullet sur l'instruction obligatoire est un monument dont les Belges peuvent être justement fiers, et qui peut victorieusement soutenir la comparaison avec les lois similaires des peuples voisins. Appliquée avec fermeté, mais avec mesure, elle rendra à nos classes populaires les plus grands services. Elle sera un puissant levier pour le relèvement intellectuel de notre, peuple. Ainsi que nous le disions au début de ce chapitre, notre nation doit devenir la nation la plus instruite de la terre. Avec des outils . comme ceux que la loi scolaire nous met entre les mains,
avec des ouvriers comme les membres de notre admirable corps enseignant, avec une matière première comme les enfants des deux races ou issus des deux races belges, nous sommes certains de réussir. Et il importe que ce résultat soit atteint avant un quart de siècle.
Dans les chapitres qui suivent, nous nous proposons d'exposer comment nous entrevoyons la solution du problème.