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CHAPITRE III

LA REVISION DU PROGRAMME DES DEUX DEGRÉS INFÉRIEURS DE L'ÉCOLE PRIMAIRE

La concentricité dans le programme du 1*' mai 1897. — La surcharge des programmes. — Les deux premiers degrés devraient se borner à éduquer Tenfant et à développer en lui l'esprit d'oJDservation. — Les leçons de choses. — La pratique, à l'école, de l'observation svstématisée. — Les travaux de couture à l'école des filles. — L'enseignement de l'hygiène réduit à des conseils pratiques. — La rénovation de l'enseignement de la langue maternelle : la lecture élémentaire, l'écriture, l'étude de la langue. — Le livre de lecture. — L'enseignement de la grammaire. — Le chant. — Le calcul. — La réforme de l'enseignement du dessin. — Les travaux manuels.

L'instauration d'un enseignement du 4^^ degré amènera nécessairement une modification plus ou moins profonde du programme-type du 1^' mai 1897, qui ne prévoit que six années d'études. Certaines matières du 5*^ degré pourront êtres reportées au 4^, et ce sera tout profit pour les élèves, qui, grâce à une maturité plus grande de leur intelligence, les comprendront mieux et les assimileront avec plus d'aisance.

Ce programme-type, qui a été parfois critiqué avec véhémence, possède cependant de réelles qualités pédagogiques. Bien interprété, il permet de donner aux élèves une instruction solide. Il est en partie basé sur la concentricité des cours ; cela veut dire que la plupart des matières reviennent dans les divers degrés, avec des développements proportionnés à la force des élèves. Il met ainsi en œuvre la répétition, ce moyen d'enseignement dont Napoléon P' et bien d'autres avant lui appréciaient déjà l'efficacité. Les enfants du peuple doivent posséder à fond une quantité relativement restreinte de notions élémentaires, et ce n'est qu'en présentant souvent ces notions sous des formes diverses que

les maîtres parviennent à les ancrer solidement dans les esprits.

Ce système, qui ne doit pas être poussé trop loin, car il ferait perdre un temps précieux, avait son avantage à une époque où beaucoup d'enfants désertaient l'école primaire après le degré moyen; or, il est des connaissances qu'en l'état actuel de la société nul ne peut ignorer, et l'autorité scolaire avait donc raison de vouloir en enseigner au moins des rudiments dès le second degré.

On a accusé le programme de l'école primaire d'être surchargé. — Entendons-nous; tout dépend de l'interprétation. Les indications du programme ne sont en somme que des en-têtes de chapitres. Il appartient.au maître de limiter au degré de compréhension de ses élèves les développements qu'il donnera aux matières à enseigner. S'il dispose de bons éléments, il poussera ces développements- assez avant; si, au contraire, sa classe est médiocrement composée, il sera fatalement obligé de se borner. Le programme n'est, à tout prendre, qu'un guide qui montre les grandes lignes à suivre.

On a aussi parlé de surmenage des élèves. Nous ne croyons pas à ce surmenage à Técole primaire. Les enfants ont un excellent moyen de s'y soustraire, et ils en usent largement : dès qu'ils se sentent fatigués, leur attention se dissipe, — c'est la soupape de sûreté qui s'ouvre, — et ils se reposent des fatigues de la classe dans le pays des rêves et de la chimère. Par contre, le « malmenage » semble être une réalité dans certains établissements scolaires.

L'école primaire, étant l'école de la masse, est employée dans la plupart des pays de haute culture comme véhicule des idées que l'on veut faire pénétrer dans les couches profondes du peuple. On lui a successivement demandé, chez nous, de combattre l'alcoolisme, de propager l'épargne, de favoriser la mutualité, de contribuer à l'expansion belge, de faire la chasse aux hannetons. L'intention était louable et

les résultats ont parfaitement répondu à l'attente, mais ils ont été trop souvent obtenus au détriment de l'instruction générale. Pour le hannetonnage ils ont même dépassé le but, car on a dû renoncer au concours des jeunes chasseurs, qui mettaient un tel acharnement à la destruction des méchants coléoptères qu'ils commettaient des déprédations autrement importantes que celles des insectes qu'ils aidaient à ( '^cterminer.

Des maîtres trop zélés ont considéré toutes ces spécialités comme autant de branches distinctes. Ils ont ainsi dispersé l'intérêt, sacrifié le principal à l'accessoire, et « à cause des arbres les élèves ont fini par ne plus apercevoir la forêt ».

Surtout dans ses deux premiers degrés, l'école primaire devrait se borner à éduquer les petits élèves, à éveiller en eux et à développer l'esprit d'observation, à mettre à leur disposition les 77?oî/ens* d'acquérir, pendant la seconde moitié de la scolarité, les connaissances pratiques qui leur seront indispensables pour entreprendre avec fruit l'apprentissage d'un métier rémunérateur et de l'exercer ensuite avec succès. Parmi ces moyens, nous citerons en tout premier lieu la lecture, l'écriture et le calcul. Aussi estimons-nous que les seules branches profanes à enseigner au cours des quatre premières années sont la langue maternelle et le calcul. Nous les agrémenterons toutefois d'une série bien ordonnée de leçons de choses, qui serviront à alimenter l'enseignement des branches principales et dont les premiers sujets seront empruntés à la sphère d'activité des enfants.

Le petit élève de l'école primaire vit alternativement dans deux mondes bien distmcts. Le premier est formé par la maison paternelle, la rue, les champs voisins où il prend ses ébats, le cercle des petits amis qui partagent ses jeux. Le second est circonscrit par les murs de l'école. La récréation, l'activité libre, le commerce des hommes si riche en enseignements triomphent dans le premier. Le second est voué à l'effort systématique, au travail intellectuel imposé. Le premier lui vaut de Vexpérience, le second du savoir. Dans le

premier la nature lui sert de précepteur, dans le second c'est l'instituteur.

Le petit bonhomme qui fait son entrée dans « le monde du savoir » a, suivant l'expression d'un auteur néerlandais^ déjà vécu pendant quelque temps dans le monde de l'expérience. Il y a fait une quantité de découvertes; il a observé, réfléchi, agi, et il s'est ainsi créé en son cerveau un microcosme qui est l'image réduite du monde extérieur.

Ne serait-ce pas mettre obstacle au développement intellectuel de l'enfant que d'établir une séparation entre ce? deux mondes? Il faut au contraire les réunir par de nombreux ponts, pour qu'un va-et-vient actif et continu s'établisse entre eux. L'enseignement y gagnera considérablement en intérêt.

« Rien n'est dans l'esprit qui ne fut au préalable dans les sens » est un principe psychologique que surtout l'instituteur élémentaire ne devrait jamais perdre de vue. Qu'il s'efforce donc de percer le plus de portes et de fenêtres possible sur la vie, par la culture rationnelle et systématique de l'esprit d'observation. Il faut apprendre aux enfants à regarder, à écouter, à tâter. Rien n'est plus facile, car leur curiosité native, leur soif de savoir les y inclinent naturellement. Quel avantage pour les futurs ouvriers que d'avoir l'œil et la main exercés à percevoir les formes, à distinguer les détails et à apprécier les qualités des matières qu'ils auront plus tard à employer, à travailler, à imiter!

C'est par les leçons de choses que l'instituteur arrivera le mieux à son but. L'entourage de l'enfant présente une abondance telle de sujets qu'il faut avoir soin de les grouper systématiquement, afin de ne pas engendrer la confusion. « Aller du proche à l'éloigné » sera le mot d'ordre pour l'exécution de ce groupement. De l'entourage immédiat de l'élève on passera à l'entourage moins rapproché. Du champ où il a déjà fait de nombreuses découvertes et où il en fait tou-

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