H. Douma, Het Leerplan, Purmerend
jours, on passera à celui qui doil encore être complètement exploré.
Par entourage immédiat, nous entendons la maison paternelle avec tout ce qu'elle contient : les gens qui y vivent et avec qui lenfant fraie journellement; les personnes qui y iVéquentent : proches, amis, fournisseurs, connaissances ; les animaux domestiques qui y vivent, les plantes qu'on y ullive, les fruits et les légumes qu'on y mange, le mobilier ■t les ustensiles qu'on y aperçoit. L'enfant a, d'autre part, acquis des notions assez exactes du temps et de ses subdivisions, de l'étendue, des poids et des mesures. Dans ce petit arsenal déjà bien fourni, le maître puisera ses sujets de leçons au cours de la première année; il rectifiera les conceptions fausses et établira de nouvelles notions en partant de toutes ces données de l'expérience enfantine. Celle-ci s'enrichit graduellement de tout ce que l'élève perçoit dans son nouvel entourage : la classe et les condisciples, le chemin qu'il parcourt plusieurs fois par jour entre la maison paternelle et le local scolaire, ainsi que les gens et les choses qu'il y voit.
La seconde année, le maître fera utilement porter ses leçons de choses sur le bâtiment de l'école et les rues avoisinantes, .sur certaines fonctions et institutions publiques, dont la raison d'être est aisée à saisir, sur les noms des rues et l'histoire des maisons et des quartiers, sur les arbres du voisinage et les plantes du jardin scolaire, sur quelques représentants-types du règne animal que l'enfant connaît de vue.
L'instituteur chargera ses élèves du soin d'entretenir les Heurs de la classe et les plantes des parterres de la cour de jeux, et leur apprendra à les représenter par le dessin et le modelage. Il les habituera à observer attentivement les mouvements du soleil et de la lune, la succession des saisons et la subdivision de l'année; ainsi il les conduira, en emmagasinant de riches moissons dans leurs petites têtes, jusqu'à la fin de la deuxième année scolaire.
La troisième année, le champ d'observation s'étendra à la commune, dont on dressera la carte pour autant que la chose soit réalisable après des visites sur place. On envisagera ses institutions publiques et privées, son agriculture, son commerce, son industrie, ses services d'éclairage, d'hygiène, de sûreté, de transports. On traitera de la flore et de la faune locales, ainsi que de certains animaux sauvages dont l'enfant a souvent entendu parler ; on attirera à nouveau son attention sur la lune et ses phases, sur le soleil, la pluie, la gelée, la neige, la grêle et le vent, et leur action directe ou indirecte sur la végétation. Dans les villages agricoles, où de bonne heure les enfants rendent de petits services à la ferme, le maître leur donnera quelques notions simples d'agronomie en rapport avec la physiologie végétale élémentaire.
En quatrième année, le maître abordera avec ses élèves l'étude de la contrée d'abord, de la patrie ensuite, et il aura soin de la baser sur celle de la commune. Elle lui fournira l'occasion d'envisager l'agriculture nationale et ses produits variés, l'industrie belge et ses auxiliaires obligés : les routes et les canaux, les chemins de fer, les postes, les télégraphes et la marine; enfin les autres branches principales de l'activité nationale et les institutions essentielles du pays : les travaux publics, l'armée, l'instruction, la justice et les finances. Au cours de ses leçons, le maître pourra évoquer le passé et tracer un parallèle intéressant entre le temps jadis et le temps présent. Il sera ainsi amené à se préoccuper du passé immédiat du pays, de la grande guerre et de l'histoire de Belgique depuis 1850. Les élèves continueront en outre l'observation régulière du temps; ils feront plus ample connaissance avec quelques minéraux et matières premières, et ils apprendront à connaître expérimentalement l'influence de la chaleur sur les corps, les états d'agrégation, la fusion, la solidification et la cristallisation.
Tel pourrait être le programme des leçons de choses pendant le premier et le second degré de la scolarité. Il renferme au reste les matières essentielles des leçons actuellement
insL'iiies au programme sous les rubriques : géographie, histoire, agriculture, sciences naturelles. Il est à la fois varié et gradué, et fait constamment appel à l'observation et à l'expérience acquise. Car, pour être efficace, cet enseignement pratique doit être largement intuitif. C'est le seul moyen de bannir de nos écoles le savoir livresque qui y trôna i longtemps en souverain incontesté. Seulement, l'intuition directe n'est pas toujours possible. Souvent le maître devra recourir à la mémoire de ses élèves et évoquer en eux l'image plus ou moins précise des choses qui font l'objet de ses leçons. C'est pourquoi nous devons les habituer à « observer » journellement et à apporter à cet exercice une attention soutenue.
A cet effet, tous les soirs avant la fin de la classe, le maître indiquera à ses élèves trois ou quatre objets à examiner par eux sur le chemin de l'école et les priera de lui apporter le lendemain les résultats de leurs recherches. Au début, il pourra se guider utilement sur certains auteurs qui ont composé des recueils très intéressants de questions à poser ainsi tous les jours de l'année, en tenant compte de la succession des saisons et des changements continuels qui s'opèrent dans la nature 1. Petit à petit, il s'atïranchira de cette tutelle et se composera lui-même un questionnaire mieux adapté au milieu où vivent ses élèves.
Quelques minutes de chaque matinée seront consacrées à recueillir et à rectifier les réponses. Un mot d'encouragement s'adressera aux écoliers qui ont le mieux « observé », et bientôt s'établira entre les petits hommes une émulation qui ne pourra que favoriser leur éducation sensorielle. En quatrième année, les réponses rectifiées pourront même être rédigées par écrit, afin que les élèves s'habituent à exprimer clairement ce qu'ils ont vu, entendu, ta té.
Pour compléter cette éducation sensorielle, nous exercerons les élèves à apprécier les distances, les surfaces et les
1. Mme GouÉ et GouÉ, Comment faire observer nos élèves. Paris, F. Nathan.
hauteurs, à soupeser les poids, à palper les matières, à distinguer les couleurs et leurs tons.
Aux leçons de choses dont nous venons d'esquisser le programme, se rattache directement dans les écoles des filles renseignement de la couture ; il pourra continuera se donner d'après le programme-type de 1897 rajeuni en certains points . Quant au cours d'hygiène, nous estimons superflu d'y consacrer des leçons spéciales hebdomadaires, dûment prévues au tableau horaire. Au degré inférieur, le maître s'en occupera surtout d'une manière essentiellement pratique ; tous les matins il passera une revue rapide de la propreté des mains et des ongles, de la figure et du cou, du nez et des oreilles, et même du mouchoir et des habits : car la propreté est un luxe que môme les plus pauvres peuvent s'offrir. Après peu de jours, cette façon d'opérer aura déjà produit des résultats considérables, et dans bien des cas les enfants, par leurs pleurs et même par un refus obstiné de se rendre en classe, forceront les mères à entretenir leurs effets en un état de propreté et de décence parfaites.
Toutes les fois que l'occasion s'en présentera, l'instituteu r recommandera aux élèves de ne pas se ronger les ongles et les bouts des doigts, de respirer la bouche fermée, de ne pas cracher par terre, de ne pas boire l'eau des étangs et des cours d'eau, de ne pas manger de fruits verts, de s'abstenir d'absorber des boissons froides lorsqu'on est en transpiration, de ne passe baigner immédiatement après les repas... et il montrera par des exemples concrets bien choisis les effets pernicieux de la méconnaissance de ces règles d'hygiène.
Au second degré, les mêmes recommandations se répéteront fréquemment avec un plus grand luxe de détails, mais comme toujours la pratique expliquée sera préférée à la théorie pure.
Ainsi lesté de connaissances positives acquises par l'expérience bien plus que par l'enseignement des livres, l'enfant arrivera au terme du second degré, admirablement formé
pour commencer avec fruit l'étude régulière et graduée des diverses branches du programme, désormais autonomes et auxquelles il sera assigné un temps exactement mesuré à leur importance.
Ml maintenant, envisageons renseignement de la langue maternelle, qui mérite d'occuper iMie place d'honneur dans nos écoles primaires. A mesure que les programmes s'étendaient, il vit son importance diminuée; et cependant, dans l'état actuel de la société, savoir saisir exactement la pensée dautruiet exprimer clairement la sienne propre, parla parole et par l'écriture, sont des conditions primordiales de succès. Aussi appelons-nous de tous nos vœux la restauration, dans nos écoles populaires, de l'étude de la langue maternelle.
En première année, les soins les plus assidus seront consacrés à l'enseignement du mécanisme de la lecture et de l'écriture. Dans ses Case dei Bambini, M'"^ Montessori emploie une méthode rationnelle qui lui donne des résultats merveilleux et qui fait que les petits élèves sortant de ses écoles maternelles savent lire et écrire couramment.
Il serait impardonnable de notre part de ne pas adopler cette méthode, tant dans nos écoles primaires que dans nos écoles gardiennes.
Il en résulterait un gain de temps que nous mettrions à profit pour activer l'instruction générale de nos enfants.
Le maître s'évertuera à corriger les défauts de prononciation, et par un langage toujours correct et châtié formera l'oreille des élèves à l'exacte perception des sons et à leur prononciation impeccable. Il les exercera aussi à « bien parler » ; toutes les leçons lui en fourniront l'occasion, mais surtout les récits à tendances morales, dont il se montrera très généreux, et qui seront en corrélation plus ou moins étroite avec ces leçons, de choses dont nous avons parlé plus haut.
Les mots du syllabaire seront empruntés à la sphère d'idées de l'élève. Les petites leçons de lecture très simples DE Paeuwt — L'Enseignement en Belgique. 4
se rattacheroni aux causeries du maître et étayeront son enseignement.
Lécriture marchera de pair avec la lecture. Dans ce domaine aussi il y a une restauration à opérer. En général, nos enfants écrivent moins bien que leurs pères. Nous en attribuons la cause à une certaine indifférence du monde enseignant, à l'inscription de nouvelles spécialités au programme, mais aussi aux tentatives d'introduction dans nos écoles, sous prétexte d'hygiène, de la vilaine écriture droite. La belle écriture d'antan, si claire et si élégante, dont nos vieux maîtres d'école se montraient légitimement fiers, s'est en partie perdue. Il faut la faire revivre. Depuis une dizaine d'années, le département des Sciences et des Arts recommande une sorte d'écriture anglaise redressée à 22*^ 30'. Nous croyons que là se trouve la solution du problème, parce qu'elle semble concilier les exigences de l'hygiène avec celles de la lisibilité et de la beauté des caractères.
Les élèves écriront beaucoup, et toujours avec infiniment de soin. Le maître les exercera à copier fidèlement, sans fautes, des passages du livre ou des inscriptions au tableau. En première année, l'enseignement de la grammaire française se bornera à cela, sauf à enseigner la règle générale de la formation du pluriel des noms et de l'orthographe de la troisième personne du pluriel des verbes et à donner quelques dictées élémentaires ; c'est le meilleur moyen de faire acquérir une bonne orthographe usuelle et d'éviter ces détestables « fautes d'inattention » qui font le désespoir des professeurs et qui , aperçues dans une lettre, vous laissent la plus désagréable des impressions.
Toutes les leçons de lecture seront suivies de la dictée de quelques mots qui y figurent, surtout des mots nouveaux. La reproduction de ceux-ci ne se fera plus uniquement d'après l'image écrite du livre, mais aussi d'après l'image auditive l'une fortifiant l'autre. Quelle émulation et quels progrès parmi les élèves, lorsque l'instituteur s'entend à les encourager et à stimuler leur amour-propre, qui à son tour fouette
la volonté! Car une bonne orthographe usuelle est fonction de l'attention, et celle-ci est fille de la volonté. L'étude de Forthographe et de la grammaire, en général, est de sa nalure assez aride et peu attrayante. Raison de plus pour le maître d'apporter beaucoup d'animation dans ce genre de leçons, cette animation salutaire qui égaie la classe, secoue même les indolents et les fait sortir de leur torpeur.
En seconde année, l'instituteur continuera ses récits moraux, pourvu qu'ils s'appuient sur les bases solides de l'expérience ou du savoir enfantins et qu'ils soient énoncés en un langage simple, mais pur.
L'enseignement de la langue a surtout pour but d'apprendre à l'enfant à exprimer des pensées vraies dans une forme correcte. Ceci n'est possible que grâce à la préexistence chez lui d'une certaine provision d'images et d'idées exactes. Dans les leçons de langue maternelle, pour ne pas accumuler les difficultés et disperser l'attention, il s'agira donc bien moins de faire naître des idées nouvelles que de s'attacher à faire trouver les formes adéquates. C'est par la lecture notamment que l'enfant s'appropriera ces formes. Le livre de lecture familiarisera l'élève avec des expressions diverses, des dictons, des tournures de phrase, des figures de grammaire et de rhétorique. En Belgique surtout, en Wallonie aussi bien qu'en Flandre, nous avons besoin d'enrichir, de corser la langue du peuple. Notre vocabulaire est pauvre, les termes généraux et vagues y dominent; aussi la précision et une certaine élégance manquentelles à notre parler. C'est systématiquement que nous devons les y introduire. Le Hvre de lecture y contribuera puissanmient; il fera connaître le mot exact, l'expression imagée et typique ; mais, entre connaître et employer couramment, il y a un monde ; de nombreux exercices oraux et t'crlls les feront passer dans la pratique.
Le livre de lecture sera composé de morceaux écrits en un style simple, mais éminemment correct et primesautier, également éloigné de la recherche et de la trivialité et qui ne
craindra pas de se relever g-raduellement. Les sujets
suivront pas à pas les leçons de choses; mais les morceaux
de lecture ne seront pas la simple reproduction de ces
leçons; ils les compléteront par des détails pittoresques.
Comme le prescrivent les instructions, le livre de lecture,
— et ici nous envisageons les trois derniers degrés, — aura
un caractère encyclopédique, surtout à partir du second
degré; il contiendra des épisodes de la vie des grands
hommes, la description des mœurs des peuples et de
l'aspect de leur pays, des récits de voyage, des scènes de la
vie des animaux, des esquisses de la vie des plantes et de
leur utilité, la relation de certaines inventions, des grands
faits de l'histoire locale ou nationale, de la morale en
action, etc.
Ne craignons pas non plus d'y introduire des passages empruntés aux grands maîtres de la littérature, pourvu qu'ils ne dépassent pas l'entendement des élèves. Ce sont ces passages qu'il faut confier à la mémoire des enfants. Rien ne « nourrit » leur langue comme ces exercices. Sans qu'ils s'en aperçoivent, ils font leurs les belles expressions et s'habituent à s'en servir à bon escient.
On a beaucoup médit des exercices de mémoire et on les a bannis de l'école, sous prétexte qu'il faut avant tout fortifier le jugement. Évidemment, il y a eu des, abus : on confondait facilement le « savoir » avec le « savoir réciter par cœur d'une leçon ». Cela n'empêche pas que la mémoire est une faculté précieuse, primordiale, sans laquelle tout progrès et toute étude seraient impossibles. La cultiver rationnellement doit être un des buts essentiels de l'école. Aussi sommes-nous partisan convaincu de l'étude de mémoire d'un grand nombre de morceaux choisis qui en vaillent la peine; c'est le cas de dire ou jamais que ce quil y a de 'meilleur en littérature est assez bon pour les enfants. Certaines fables de La Fontaine conviennent à merveille, et le TélémacjKe , — oui, le Télémaque tant décrié, — contient des passages nombreux qui se prêtent admirablement aux exer-
ices de mémoire. Le style harmonieux et fleuri de Fénelon, aux phrases bien rythmées, convient particulièrement aux écoliers belges, dont la langue pèche précisément par la platitude et le manque d'harmonie.
La littérature flamande, de son côté, est riche en morceaux de choix qui méritent d'être confiés à la mémoire des enfants. Il suffira d'en choisir les tout meilleurs.
L'enfant, dont le vocabulaire s'enrichit et s'épure ainsi de jour en jour, doit être exercé à l'expression écrite de ses pensées, dès qu'il est à même de tracer habilement les différents caractères. La rédaction mérite de prendre une place importante dans toutes les classes de l'école primaire. // ne ^'^'ut pas quil se passe un jour sans que les élèves se livrent
un exercice . de cette nature . Toute leçon de lecture, toute leçon de choses devraient être suivies d'une rédaction, d'abord orale, puis écrite.
Il n'entre pas dans le cadre de cet ouvrage de tracer ici la méthodologie de l'enseignement primaire. Tout maître quelque peu expérimenté sait comment il doit assister les élèves au début et les débarrasser ensuite petit à petit des lisières.
La pierre d'achoppement, dans ces exercices de rédaction , gît dans l'emploi des bonnes formes grammaticales. Nous remarquons, en elîet, que la rédaction est généralement émaillée d'une quantité de fautes que les élèves eussent pu éviter en y apportant un peu d'attention. Intéressons les enfants à écrire correctement; suscitons, comme nous l'avons déjà dit plus haut, l'émulation, et piquons par ce moyen l'amour-propre, ce grand excitateur des actions humaines. Sans perdre de vue qu'une leçon de rédaction ne doit pas être détournée de son but, nous pouvons cependant rappeler quelques règles grammaticales à l'occasion de la correction des rédactions, surtout aux deux degrés inférieurs, ne fût-ce que pour montrer aux élèves que la connaissance de la grammaire sert à autre chose quà faire des exercices grammaticaux.
Pour l'enseignement de la grammaire française, nous tenons à attirer l'attention du lecteur sur les écrits si captivants de Ferdinand Brunot, le savant professeur d'histoire de la langue française à la Sorbonne, et notamment sur son petit livre intitulé : V Enseignement de la langue française^ ce quil est^ ce qu'il devrait être dans renseignement primaire. Cela se lit comme un roman et c'est bourré d'aperçus simples et clairs, à telles enseignes qu'à chaque page on se dit : « Mais c'est évident ! Que n'y avons-nous songé plus tôt! » — Nous voudrions voir cette brochure, qui est éditée par la maison Armand Colin de Paris et qui ne coûte que 2 francs, dans la bibliothèque de tous nos instituteurs et entre les mains de tous nos élèves-instituteurs. A l'école normale, elle devrait même servir de manuel classique.
M. Brunot part de ce principe que la langue est fixée par l'usage et non par la logique. La grammaire doit donc être pragmatique, c'est-à-dire qu'elle doit baser ses théories sur l'étude des faits grammaticaux et non s'efforcer de faire entrer ces faits dans les cadres rigides de théories préconçues, ou empruntées aux humanistes.
S'inspirant de cette règle d'Auguste Comte, que « l'on ne détruit que ce qu'on remplace », — règle que nous aurons à faire nôtre dans la réforme de l'enseignement belge, — il a composé en collaboration avec M. Bony, inspecteur de l'enseignement primaire français, une série de quatre manuels, avec autant de « livres du maître », mettant en pratique ses théories si rationnelles. Ces manuels, égaleinent édités par la maison Armand Colin, sous le titre de Méthode de langue française^ par Brunot et Bony, sont spécialement écrits pour la France. Les exemples sont empruntés à la vie, l'histoire et la littérature françaises; il faudrait y apporter assez de modifications pour que le traité pût servir à l'enseignement belge. Nous osons cependant exprimer l'espoir qu'une adaptation se fera à bref délai, car nous sommes persuadé que l'emploi, pendant une dizaine d'années, de cette méthode qui fait une large place à l'étude du vocabulaire et à la pra-
ique de la rédaction, marquerait son influence sur le parler (le notre population belge d'expression française.
Le chant se rattache par plusieurs cotés à la langue maternelle considérée comme branche d'enseignement. Les mélodies choisies seront faciles et attrayantes; les paroles, -ans être banales, se rapporteront à la vie enfantine, à la vie scolaire, au patriotisme. Nous aimons les écoles où l'on cliante, où entre le gai soleil et où il y a des fleurs. Les chants sont tout indiqués pour accompagner les rondes enfantines et les marches d'écoliers, pour servir de transition aux leçons, — à cet égard, ils constituent un excellent moyen de discipline, — et pour rehausser l'éclat des fêtes scolaires.
Le programme de calcul, tel qu'il a été déterminé pour les deux degrés inférieurs par l'instruction du l*^"" mai 1897, nous paraît bien conçu et ne doit pas être modifié, à notre sens. Il est basé sur de saines conceptions pédagogiques et est suffisamment élastique. Aussi les maîtres avertis le plient-ils aisément aux exigences et aux conditions spéciales de leurs classes respectives, bien que certains voudraient voir reporter au programme de la 2*^ année du 1^' degré la numération écrite des nombres décimaux.
Il n'en est pas de môme du programme de dessin de mars 1895. Ce document ne tient pas assez compte du désir inné de l'enfant de représenter par l'image ce qu'il perçoit et ce qu'il pense. La succession des exercices prescrits est bien faite pour tuer chez les commençants le goût le plus vif même pour le dessin. Le tracé de toutes ces lignes droites, de ces figures géométriques, qui ne disent rien à l'imagination de l'enfant, ne peut agir qu'à la façon d'une douche glacée sur l'enthousiasme le plus chaud.
Nous voudrions voir le dessin entrer davantage dans la vie courante de l'école, devenir un moyen d'enseignement en même temps qu'une branche du programme, un moyen tout
autant qu'un but. La réforme n'est pas aisée à réaliser, nous dira-t-on. Nous le concédons. Il faudra en ceci, comme en toutes choses, commencer par le commencement et préparer les futurs instituteurs à la nouvelle conception du dessin. Si les maîtres de dessin des écoles normales sont incapables de réalise^* cette préparation, il ne restera d'autre alternative que de les remplacer.
Tout instituteur, toute institutrice devraient être à même de croquer, en quelques traits, un animal, une plante, un objet, dans les attitudes et les positions voulues. Ce talent n'est pas réservé à tout le monde, nous objectera-t-on. Oui, mais, à défaut de talent, on peut acquérir par des exercices répétés une certaine dose de métier. En forgeant, on devient forgeron ; en dessinant beaucoup, en commençant au besoin par copier dix fois, vingt fois, des modèles simples, on devient dessinateur.
Actuellement, dans nos écoles normales, des heures et des heures se passent à du travail d'académie, à du dessin ombré de solides. On consacre plusieurs séances de deux, trois heures, à reproduire un groupe de corps géométriques. Ce sont trop souvent des séances de paresse ou de boucan. Que de croquis d'après nature ne tracerait-on pas pendant ce temps! Comme la main deviendrait habile et l'œil exercé, si le maître habituait les normalistes à représenter les objets par quelques traits essentiels et des hachures rapides pour déterminer les ombres : moins de dessins finis et plus d'esquisses !
Le dessin au tableau noir figure au programme des écoles normales, mais il n'est guère pratiqué. Or, c'est précisément au tableau noir que l'instituteur devrait pouvoir montrer sa virtuosité. Si, après avoir reçu à l'école normale une formation suffisante, il entraînait ses petits élèves à représenter, le plus souvent possible d'après nature, les objets dont il parle, se bornant d'abord à l'indication des contours, introduisant graduellement un peu de perspective et un peu d'ombre pour faire sortir les reliefs, son enseignement serait des plus féconds : car, tout en s' exerçant l'œil et la main, les enfants
acquerraient rhabitiide de traduire leurs pensées non seulement par la parole et récriture, mais encore par le croquis rapide et suggestif.
Nous avons fait à cet égard une expérience à l'école normale pour instituteurs fondée pendant la guerre, à Rouen, par le dévoué ^I. Ramaekers, député de Hasselt. Les résultais ont dépassé notre attente.
L'enfant a, d'autre part, la passion des couleurs chatoyantes. Pourquoi ne pas exploiter cette passion pour former son goût et Thabituer à un mélange harmonieux des teintes? Exécutons avec lui des croquis coloriés nombreux, simples d'abord, plus compliqués ensuite, et l'enseignement du dessin à l'école primaire, au lieu d'aboutir à un fiasco, comme c'était, hélas ! trop souvent le cas jusqu'à ce jour, nous deviendra une aide puissante dans les leçons de choses. Il préparera en outre les jeunes élèves à apprendre plus tard, au 0% mais surtout au 4^^ degré, en un laps de temps très court, des éléments très respectables de dessin industriel, de dessin de constructions civiles et de dessin d'ornement.
Pour terminer ce chapitre, disons un mot des travaux manuels. Nous voudrions les voir servir d'adjuvant à l'enseignement général, tout comme le dessin au premier et au second degré. Le modelage serait utilisé à illustrer les leçons de choses. Le pliage et le découpage du papier rendraient de grands services aux leçons de calcul et favoriseraient la dextérité, laquelle serait également servie par le tressage de l'osier. Quant au cartonnage plus ou moins professionnel, nous sommes nettement hostile à son emploi comme moyen de préapprentissage. L'habileté que les enfants acquièrent en le pratiquant ne leur sera d'aucune utilité dans un autre métier, parce que les matières premières y sont toutes différentes, et possèdent des propriétés qui n'ont rien de commun avec celles du carton. Nous estimons donc que c'est perdre un temps précieux que de le consacrer à cette spécialité, et « (^sl un non-sens que de le pratiquer dans les écoles de cam-
pagne, où les futurs cultivateurs, maraîchers ou éleveurs, ne peuvent en retirer l'ombre d'un profit. Par contre, la pratique occasionnelle du cartonnage dans Fétude des surfaces et des solides géométriques nous paraît tout indiquée et constitue, aux yeux de tous, l'accessoire obligé des meilleures méthodes.
Grâce à semblable préparation au cours des quatre premières années de la scolarité, les petits élèves seront d'une force respectable en langue maternelle et en calcul. Ils auront l'esprit meublé d'une quantité de notions claires, basées sur l'observation directe et le raisonnement, et ils auront appris à les exprimer avec une certaine aisance paria parole, récriture, le dessin, et même la glaise et le carton.
Ils seront alors aptes à entreprendre l'étude systématique des diverses branches du programme traditionnel et à commencer dans la suite un préapprentissage sérieux.