‹ La reforme de l'enseignement populaire en Belgique. --Chapitre 8 sur 56 · LA REVISION DU PROGRAMME DU 3^ DEGRÉ DE L'ÉCOLE PRIMAIRE · texte numérisé non relu

LA REVISION DU PROGRAMME DU 3^ DEGRÉ DE L'ÉCOLE PRIMAIRE

l.a langue maternelle doit rester la base de l'enseignement au

> degré. — Le calcul. — La géographie. — L'histoire; édition, avec

l'appui de l'État, d'une série de planches murales d'histoire repro-

luisant des tableaux de grands maîtres. — Les sciences naturelles

t la physique. — L'hygiène. — Les travaux manuels. — Le dessin.

— L'économie domestique.

Bien que, dans la grande majorité des cas, le 5" degré ne sera plus le degré final, il conservera néanmoins son importance capitale dans l'économie de l'école primaire, surtout si le ¥ degré est spécialement consacré à un préapprentissage sérieux.

Aussi estimons-nous qu'il faut lui laisser, plus encore que par le passé, le soin de compléter l'instruction générale des élèves, car le ¥ degré se chargera de leur donner les notions pratiques qu'ils doivent posséder en vue de leur entrée dans la vie de labeur.

Comme le programme actuel du 3*^ degré est assez chargé, on pourra utilement reporter certaines matières sur celui du 4% principalement celles qui ont ces tendances pratiques dont parle le deuxième alinéa de l'article 17 de la loi organique de l'instruction primaire.

La langue maternelle doit rester la base de l'enseignement au o*^ degré. Le programme ancien peut parfaitement continuer à servir. Nous demandons seulement que la rédaction y ait une très large place et se pratique journellement. Enrichir le vocabulaire des élèves, épurer leur langage et leur apprendre à s'exprimer correctement et avec beaucoup de précision par la parole et par la plume, telles doivent être les préoccupations constantes du bon maître. Il habituera les

enfants à rendre par écrit un compte fidèle et personnel de ce qu'ils ont vu et observé, car il est hautement désirable que les exercices réguliers d'observation guidée se continuent à travers toute la scolarité.

Mettons-nous bien dans la tête que les élèves, pour acquérir des connaissances solides et durables, doivent faire énormément d'exercices : une bonne partie du temps y sera consacrée. Le maître n'est qu'un guide, et son travail ne peut suppléer celui de l'enfant; tout au plus peut-il rendre les matières plus facilement assimilables et lui assurer par là une grande dose de savoir. Car, si la perfection des méthodes n'avait pas comme corrollaire obligé un<^ instruction à la fois plus étendue et plus profonde de la jeunesse, si elle se bornait à lui épargner une partie de l'effort, elle serait une nuisance plutôt qu'un progrès. L'effort personnel restera toujours le principal facteur dans la formation intellectuelle et morale de l'homme; tout ce qui développe la volonté est à recommander, tout ce qui tend à l'affaiblir est condamnable. C'est pourquoi nous demandons beaucoup d'exercices d'application.

Les remarques qui précèdent comptent pour le programme de calcul. De bons esprits préconisent den reporter certaines parties au ¥ degré. Nous n'y voyons qu'un seul inconvénient, c'est que les élèves moins bien doués, qui n'auront pas le bonheur de pousser jusqu'au ¥ degré et quitteront l'école après le 5*^ degré, perdront ainsi l'occasion d'acquérir des connaissances qui leur seraient pourtant de la plus grande utilité dans la vie. Toutefois, dans le choix des problèmes d'application, les maîtres pourraient se borner aux cas les plus simples, réservant au 4® degré les cas plus compliqués.

L'enseignement de la géographie aura été préparé, ainsi que nous l'avons montré plus haut, par les leçons de choses des quatre premières années. Les élèves posséderont des

lions très étendues sur la géographie de la commune et sur celle du pays. Il s'agit, dès lors, de grouper par un enseignement méthodique toutes ces connaissances éparses, et de construire sur ces bases solides, assises elles-mêmes sur l'observation personnelle ou le raisonnement, tout l'édifice géographique prévu par le programme des deux derniers degrés.

On débutera, en cinquième année, par une première étude générale de la Belgique, en tenant compte des recommandations d'une saine méthodologie, qui exerce constamment le jugement et le raisonnement et amène l'explication du pourquoi de tous les faits géographiques. Après avoir situé noire pays dans l'Europe et considéré cette partie du monde dans son ensemble, on étudiera succinctement les pays voisins du nôtre, avec lesquels nous entretenons évidemment des relations commerciales plus suivies. Ensuite, ce sera le tour aux autres États de l'Europe, et on consacrera les dernières leçons de la cinquième année à la sphère terrestre et à la planisphère, en ayant soin de donner un aperçu rapide de la géographie de notre grande Colonie africaine, dont les enfants entendent parler dès leur tendre jeunesse.

Toujours la géographie physique servira de base à la géographie humaine; chemin faisant, le maître expliquera les phénomènes naturels qui exercent une influence marquante sur l'économie générale des pays.

La 6»^ année sera surtout consacrée à une élude approfondie de la Belgique. On reparlera du « petit pays » que 1 on habite et qui aura déjà été étudié au 2^ degré, et l'on passera ensuite à la grande région naturelle à laquelle ce « petit pays » appartient, pour aboutir à la Belgique avec ses différentes régions agricoles et ses nombreux centres industriels. Cette étude sera basée en ordre principal sur la composition du sol, sa configuration et son orientation, de même que sur le climat.

Au cours de cette année, les élèves s'exerceront en outre à l'usage de l'Indicateur des chemins de fer. C'est un excel-

lent moyen de leur enseigner pratiquement la géographie politique du pays, et c'est un exercice dont ils se montrent très friands, parce qu'il délasse et les met en présence de la réalité.

Il n'entre pas dans nos vues de nous arrêter aux détails de la méthode; elle a été exposée clairement dans plusieurs documents publiés par le département des Sciences et des Arts, pendant les années 1909, 1910 et 4911. Ces documents ont été reproduits dans le rapport triennal afférent à cette période et furent, en leur temps, largement répandus parmi le personnel enseignant.

Le programme du 3*^ degré, tel que nous venons de le formuler, n'est pas trop chargé. Développé par un maître intelligent, il donnera aux élèves un premier aperçu du monde que nous habitons et leur assurera une connaissance parfaite de notre pays. Le 4« degré se chargera de compléter cet aperçu et de montrer la Belgique en présence des autres pays du globe et dans ses rapports économiques avec eux.

Le programme d'histoire du 3^ degré a besoin de certaines retouches. Les instituteurs lui reprochent d'être trop copieux, et l'inspection constate tous les ans que rares sont les maîtres qui parviennent à l'épuiser. Nous croyons que le mal réside surtout dans la mauvaise distribution de la matière, dont tous les instituteurs, sans exception,^ ont vu le pernicieux exemple à l'école normale même. Trop de temps est consacré aux premières leçons ; on s'attarde avec complaisance aux anciens Belges, à Glovis, à Charlemagne, au moyen âge, à la période communale et à la maison de Bourgogne. Puis l'été survient : on étudie encore avec intérêt l'époque espagnole, si riche en événements tragiques ; mais, comme les vacances approchent à grands pas, il faut se presser pour achever le programme : on fait défiler devant les élèves ahuris, avec une rapidité déconcertante, les faits capitaux de la seconde période autrichienne, de la période française, de notre réunion aux Pays-Bas et de la Révolution de 1850. Comme résultat

PUOCiiiAMME DU 5« DEGRÉ.

fiie, il y a lieu d'enregistrer un grand zéro. On passe sous silence le siècle de malheur, qui ne figure pas au programme et auquel les auteurs consacrent à peine une page. Et cependant, au point de vue de la formation du sentiment national, les derniers chapitres de notre histoire sont si pleins d'intérêt! Ils montrent à nos enfants comment, par sa situation géographique, la Belgique a toujours été le champ de bataille de l'Europe et ne pouvait pas échapper à cette fatalité, et comment, placée entre deux civilisations rivales, elle n a, en dernière analyse, comme sauvegarde suprême, que sa propre force.

Nous voudrions donc voir attribuer la bonne place, c'est-àdire la première, à la seconde partie du programme d'histoire belge, et faire commencer l'étude de cette branche en cinquième année par le règne de Charles-Quint. En 1500, date facile à retenir, les provinces belges constituent un bloc à peu près uni, dont l'histoire est naturellement moins compliquée que celle des nombreux comtés et duchés, tantôt amis, tantôt rivaux, que la Maison de Bourgogne est parvenue à réunir sous son sceptre. A raison de deux leçons par semaine, les maîtres auront le temps voulu pout conduire leurs élèves jusqu'aux temps actuels, ensanglantés par la guerre mondiale.

En sixième année, on partira des origines belges, on verra successivement la conquête et la domination romaines, les Francs, le christianisme, Glovis, Charlemagne, le moyen âge, la période communale et la Maison de Bourgogne. Si le temps le permet, une substantielle récapitulation du cours de l'année précédente rafraîchira les mémoires et achèvera l'année.

Dans les écoles où un seul maître est chargé de donner l'enseignement aux élèves du 5^ degré et où l'établissement de deux divisions pour le cours d'histoire se heurte à des difficultés insurmontables, ce cours se répartira sur deux années et les nouveaux élèves venant du 2^ degré débuteront alternativement avec Charles-Ouint et avec les anciens Belges.

Le programme-type du 1*^^ mai 1897 prévoit pour le second degré une série de petits récits et de causeries familières ayant pour objet quelques faits saillants ou épisodiques de l'histoire nationale. Ces récits et ces causeries ont, ainsi que nous l'avons dit, leur place toute marquée dans les leçons de choses de la troisième et de la quatrième année scolaire, ou dans les livres de lecture qui comprendront nécessairement un choix de morceaux empruntés aux traités de nos historiens de renom et aux romans historiques de nos bons auteurs; nous voudrions y voir ajouter une série d'anecdotes de l'histoire locale ou régionale.

Le programme-type demande que ces causeries soient] inspirées ou illustrées par des planches murales. Ceci nous remet en mémoire que nous avons demandé naguère que le département des Sciences et des Arts patronnât, et au l)esoin encourageât pécuniairement, l'édition d'une série de reproductions de tableaux de valeur ou de compositions inédites représentant les événements capitaux de notre histoire. Une commission, composée d'un péda gogue, d'un historien et d'un artiste (ou d'un historien d'art), fixerait le nombre des planches dont se composerait la collection, les répartirait sur les diverses périodes historiques et en déterminerait les sujets. Un artiste o^u un groupe d'artistes seraient chargés d'établirles originaux destinés à être reproduits. Ils se borneraient à copier les sujets déjà traités par les grands maîtres et exécuteraient les autres d'après des documents de l'époque. La Commission proposerait le ou les artistes au choix du ministre et admettrait ou refuserait leur travail. Tous les tableaux seraient peints à la même échelle, suivant le procédé qui se prêterait le mieux au mode de reproduction adopté et qui, de l'avis de personnes compétentes, devrait être la lithographie.

On pourrait suivre mne procédure analogue pour l'édition de plusieurs séries de planches se rapportant à la géographie et aux sciences naturelles.

Nous obtiendrions ainsi des collections uniques, et celles-ci auraient vite fait de chasser des écoles ces ignobles produits de la librairie au rabais qui sont une insulte constante au bon goût.

Ces planches continueraient à rendre des services importants au 5^ et au 4* degré; il est même probable qu'elles y jouiraient d'un succès plus franc, parce que les élèves, étant plus âgés, en saisiraient mieux le sens profond.

La loi du 19 mai 1914 a classé les notions de sciences naturelles parmi les branches à enseigner obligatoirement dans les régions des écoles primaires non agricoles. Cela ne veut pas dire que ces sciences ne doivent pas faire l'objet de leçons aux jeunes agriculteurs : le législateur a voulu qu'elles leur fussent présentées à l'occasion et en vue de l'enseignement agricole. C'est pourquoi il les a comprises sous la rubrique : « Notions d'agriculture et d'horticulture ».

Le programme actuel de sciences naturelles dans les écoles des centres urbains et des régions industrielles répond assez bien à son but et ne devra subir que quelques modifications de détail. L'étude du corps humain et des fonctions physiologiques pourra être combinée utilement avec une partie du cours d'hygiène. Celle du règne animal et du règne végétal sera tout d'abord une coordination des notions recueillies antérieurement par l'observation de la nature, pratiquée au cours des deux premiers degrés. Un essai de classification, d'après des points de repère fournis par quelques types marquants étudiés avec soin, permettra de donner aux enfants un aperçu d'ensemble du règne animal et du règne végétal.

L'observation et l'expérimentation joueront ici un grand rôle et se substitueront aux prescriptions livresques.

Dans la bonne saison surtout, le maître pourra se livrer à une série d'expériences facilement réalisables, relatives à la physiologie végétale. Il attachera un soin particulier à* la constitution de collections et d'herbiers, avec le concours assidu des élèves.

DE Paeuw. — L'Enseignement en Belgique. 5

Nous attribuons une importance capitale à la physique. C'est une branche qui trouve son application dans toutes les industries. Aussi estimons-nous qu'elle doit occuper une large place à l'école primaire rénovée où les futurs ouvriers viendront puiser leur savoir.

Réserver tout le cours de physique au 4*^ degré ne nous paraît pas opportun. La matière est trop vaste et le programme du ¥ degré sera assez chargé sans cela, d'autant plus que, le courant électrique se répandant partout, il y aura lieu d'envisager l'électricité dynamique avec quelques développements.

D'autre part, l'étude de la physique peut être rendue particulièrement intéressante ; mais certains écueils sont à éviter. La plupart des traités de physique ont le tort de débuter par des considérations abstraites sur la mécanique. Ce fatras de notions savantes déconcerte et indispose les élèves. Ils ne voient pas immédiatement le but de ces théories sur les forces et leur équilibre, sur le mouvement, la vitesse, l'accélération, etc.; dès lors l'intérêt fléchit et l'attention se dissipe. Cependant il existe, dans le domaine de la physique, de larges champs qui peuvent être explorés sans la connaissance de toutes ces notions préliminaires, que l'on apprendra plus tard au moment où il faudra les appliquer. Aussi inclinons-nous à entamer la physique par le chapitre de la chaleur, à l'instar des nouveaux programmes pour l'enseignement primaire supérieur français. Des notions sommaires sur les divers états de la matière ouvriront le cours ; puis on s'attachera à l'étude de la chaleur : dilatation, température et thermométrie, échanges de chaleur et calorimétrie ; changement d'état et notions sur la chaleur rayonnante et la conductibilité. Après la chaleur, viendront la pesanteur et l'hydrostatique.

Le maître ne perdra jamais de vue que la physique doit être enseignée à l'école primaire pour ses applications à la vie courante, à l'industrie, à l'agriculture, et que la présentation de ces applications constitue une partie essentielh de son cours.

Nous ne voulons pas quitter ce sujet sans transcrire ici les sages recommandations qui figurent en tête du programme de physique pour l'enseignement primaire supérieur français, tel qu'il a été fixé par arrêté ministériel du 2G juillet 1909 :

« Dans toutes les années, le cours devra rester très élémentaire et d'un caractère pratique. Il sera toujours fondé sur l'expérience.

« Le professeur s'attachera à multiplier les expériences et à les réaliser avec des objets usuels, évitant autant que possible l'emploi d'appareils compliqués. Il usera fréquemment de représentations graphiques et précisera son enseignement par des applications numériques toujours empruntées à la réalité.

« Enfin, il ne perdra pas de vue qu'il n'a pas à faire des cours scientifiques complets. Il n'abordera que les points indiqués et se gardera d'un étalage d'érudition, le plus sou vent sans aucun profit réel pour l'élève. »

Ces recommandations sont marquées au coin du bon sens. Soulignons-y les idées maîtresses : !<* la multiplicité des expériences ; 2° les expériences réalisées avec des moyens de fortune ; o'' l'usage fréquent de graphiques et d'applications numériques toujours empruntées à la réalité.

Nous reviendrons sur ces divers points lorsque nous traiterons de l'enseignement de la physique au 4^ degré.

Le programme de l'agriculture, basée sur les sciences naturelles, n'a pas besoin de modifications profondes. Il pourra, dans ses traits essentiels, rester ce qu'il est, d'autant plus que celui du 4^ degré ne sera guère que le développement de celui du 5«. On réservera cependant au degré complémentaire les notions les plus difficiles d'agronomie et de zootechnie.

Par la force même des choses, les deux derniers degrés devront être concentriques dans les écoles rurales ; en effet, rares seront les établissements où un maître pourra être

chargé du seul 4" degré. Dans l'immense majorité des cas, il devra enseigner au 5« en même temps qu'au ¥ degré.

Il sera donc obligé d'associer les élèves des deux catégories à la plupart de ses leçons pratiques, quitte à entreprendre à la fois des travaux de difficulté inégale.

Comme le programme d'agriculture proprement dite du o« degré pourra être allégé à charge de celui du 4*, il serait utile d'étendre légèrement l'étude de la physique et celle de la physiologie végétale, qui se prêtent à des expériences du plus haut intérêt que les élèves surveilleront eux-mêmes et reproduiront chez eux.

En élargissant ainsi les bases scientifiques de l'enseignement agricole, on lui donnera une assiette plus solide.

Nous avons montré plus haut comment certaines notions d'hygiène peuvent être enseignées à l'occasion, et comme applications pratiques aux leçons d'histoire naturelle consacrées à l'organisme humain. D'autres sont des corollaires évidents de leçons de physique et, dans les écoles de filles, de leçons d'économie domestique.

Il sera toutefois utile de réserver un certain nombre de leçons spéciales à cette branche, afin de donner aux élèves une vue synthétique des prescriptions d'hygiène : mais nous estimons qu'une quinzaine de ces leçons spéciales par année suffiront amplement, d'autant plus que les maîtres continueront à prodiguer les recommandations pratiques que nous avons préconisées pour les élèves des deux premiers degrés.

Les considérations que nous avons émises dans le chapitre précédent au sujet des travaux manuels valent pour le 5^ degré. Ajoutons-y que, dès l'instant où la loi généralisait l'institution d'un enseignement complémentaire à tendances pratiques voué au préapprentissage, la pratique des travaux manuels dans les trois degrés inférieurs pour développer la dextérité chez les enfants perdait de son importance. Le car-

tonnage ne servira plus qu'à éclairer les leçons de formes géométriques et de dessin.

Il arrivera peut-être un jour où les méthodes Montessori, dûment mises au point, pourront être appliquées à tous les degrés de l'enseignement primaire ; mais, en attendant ce jour, nous devons à la vérité de reconnaître que notre personnel n'est pas formé à l'emploi judicieux du travail manuel comme moyen d'enseignement.

De nombreux exemples, que nous avons eus sous les yeux en Allemagne, nous permettent d'affirmer, en outre, que si le travail manuel n'est pas intimement incorporé aux leçons de choses, il constitue toujours une perte d'argent, à cause du gaspillage des matières premières, et presque toujours une perte de temps, ce qui est plus grave. D'autre part, tout comme à la campagne, beaucoup de maîtres se verront confier l'enseignement au 5^ et au Â^ degré réunis. Dans ce cas, il ne leur restera d'autre alternative que de commencer le travail pratique dès la 5^ année, à moins que la disposition propice des locaux, jointe à une forte autorité sur les élèves, ne leur permettent de mener de front l'enseignement du dessin au 5^ degré avec celui du travail pratique au A^.

Le dessin au 5^ degré des écoles des communes urbaines et des centres industriels sera la continuation du dessin à main levée et une initiation au dessin à l'aide d'instruments, préparatoire au cours de dessin industriel ou de dessin de constructions civiles. On commencera aussi le tracé de croquis cotés d'objets usuels simples et leur remise au net d'après les règles de l'art.

Il en sera de même dans les écoles rurales qui comptent un nombre suffisant d'élèves appartenant au monde des artisans. Le maître pourra même leur consacrer des leçons spéciales de dessin, à l'époque de l'année où la majorité des fils de cultivateurs sont régulièrement en congé pour participer aux travaux saisonniers. Pour ce qui est du dessin aux tuturs cultivateurs, nous croyons pouvoir préconiser sur-

tout le dessin à main levée d'objets usuels, d'instruments aratoires, éventuellement d'animaux domestiques.

Dans les écoles de filles, le dessin d'ornement appliqué à la lingerie et à la couture devra, plus encore que par le passé, occuper une place d'honneur au programme. Il se combinera avec l'emploi rationnel des couleurs et le mariage des teintes ; il se complétera par le tracé de patrons et de modèles peu compliqués.

Pour achever la revision du programme du 5« degré, il nous reste à parler de la couture, de l'économie domestique et des travaux de ménage. En ce qui concerne les travaux à l'aiguille, il n y aura guère lieu d'innover. Nous nous bornerons à exprimer le vœu de voir abandonner définitivement les anciens errements, qui consistaient notamment à sacrifier trop de temps aux ouvrages d'agrément, au détriment de ce que nous appellerons la couture domestique : les raccommodages et la confection de vêtements de dessous. Grâce à l'action énergique des inspectrices déléguées, la majeure partie des écoles de filles étaient entrées dans cette voie. Qu'elles y persévèrent, et que les dernières hésitantes les y suivent résolument.

Quant à l'enseignement de l'économie domestique et des travaux de ménage, il devra être complètement rénové. L'instauration du ¥ degré, où ces branches trouveront surtout les développements auxquels elles ont droit, permettra de les réserver presque exclusivement aux deux derniers degrés. Car, comme toutes les sciences appliquées, l'économie domestique exige la mise en œuvre d'une certaine dose d'expérience et de maturité d'esprit, que Ton ne rencontre pas encore chez les enfants de 8 à 10 ans, mais qui commencent à se manifester de iO à 12 ans et s'épanouissent largement à partir de ce dernier âge.

Aux deux premiers degrés, l'institutrice se bornera à un enseignement occasionnel de l'économie domestique d'après les grandes lignes du programme de 1897. Le o° de-

^re servira surtout de préparation scientifique au ¥. Il fournira la plus grande partie des bases sur lesquelles s'édifiera l'enseignement théorique et pratique au ¥ degré.

Comme une classe ménagère spécialement aménagée sera annexée à la plupart des écoles de filles, les élèves du 7)^ degré pourront s'y livrer aux travaux ménagers élémentaires, tels que le nettoyage des locaux et des meubles, le lessivage et le repassage. La cuisine sera réservée aux élèves du 4' degré.

Ainsi compris, le o* degré contribuera heureusement à la culture générale des enfants, et constituera en même temps une préparation efficace au préapprentissage qui, au vœu du législateur, doit être le but du ¥ degré.

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