CHAPITRE III
PLANS D'ETUDES, MÉTHODES D'ENSEIGNEMENT ET MATÉRIEL SCOLAIRE. LES REMÈDES.
Les logiciens sont à peu près d'accord, depuis StuartMill, pour diviser les sciences en trois groupes, celui des sciences "mathématiques, celui des sciences physiques et naturelles et celui des sciences morales. Cette classification convient à la pédagogie autant qu'à la logique ; les disciplines du savoir y sont réparties d'après les principales différences de leurs objets et de leurs méthodes. La mesure des grandeurs numériques et figurées, l'étude de la nature, celle des productions de l'esprit humain, voilà bien l'ensemble des recherches scientifiques. Les unes nous forment à la rigueur du raisonnement, les autres à l'observation et à l'expérimentation, les dernières à l'art des conjectures, à l'appréciation des vraisemblances ; ces qualités, du moins, devraient être le fruit des études.
Nous ne cherchons pas à faire des esprits mûrs, mais des esprits exercés dans les divers ordres de l'activité intellectuelle et dont les tendances se révèlent, dont la qualité propre s'accuse par cet exercice même. Au moment où il termine son instruction générale le jeune homme doit être arrivé à se connaître lui-même, je veux dire à savoir par expérience quelles sont ses aptitudes et ses goûts.
Gomment inculquer le savoir pour qu'il se transforme en énergie intellectuelle, pour que le combustible n'étouffe pas le feu, pour que l'enfant acquière toutes les notions indispensables et garde la liberté de l'esprit ? Telle est la première question que nous devons nous poser.
Voici la seconde : quelle doit être, dans l'enseignement, la proportion de chaque ordre de sciences, le choix et la distribution des matières ?
La question de méthode précède naturellement celle du plan d'études, car le choix des matières ne dépend pas seulement de leur importance mais aussi des facultés de l'enfant. Nous devons lui enseigner ce qu'il peut comprendre, à l'âge où il peut le comprendre ou quand nous avons un moyen de le lui faire saisir. Gela est élémentaire.
A«ce double point de vue, nous traiterons successivement des sciences morales, des sciences naturelles et des sciences exactes.
Commençons par les sciences morales. Elles forment, d'après nos horaires, le groupe le plus considérable. 11 comprend les langues, l'histoire et la géographie, puis, en seconde ligne, certains cours facultatifs
DE L EDUCATION INTELLECTUELLE : LES REMEDES é\f
(au Gymnase scientifique) et la philosophie. Les langues et l'histoire, en voilà le noyau. Les langues anciennes, les langues vivantes, la langue maternelle doivent être considérées séparément.
Laissons les langues vivantes. C'est là aujourd'hui notre fort. On emploie presque partout la méthode directe, avec telle atténuation ou telle modification que l'on juge utile, mais aussi avec des résultats dont nous ne saurions trop nous féliciter. Cet enseignement a fait l'objet de discussions utiles ; j'en cite pour preuve le rapport solide, précis, lumineux que M. Hùbscher a présenté il y a peu d'années à la société des maîtres secondaires. L'accord n'est pas fait dans toutes les questions de détail, mais il n'est ni indispensable ni désirable que l'on procède en tous lieux de façon identique. L'unité de la méthode exclut l'uniformité et cela surtout quand la méthode consiste à rendre l'enseignement vivant.
Les résultats acquis sont encourageants, parfois brillants. A l'appui de mon dire, je transcris ces mots de la notice de l'Ecole industrielle :
« Qui l'eût cru jadis? 11 nous est donné d'entendre de jeunes Vaudois, de 16 à 18 ans, faire devant leurs camarades des conférences allemandes d'une heure ; et la plupart de ces élèves ne connaissent de cette langue que ce qu'ils ont appris à l'Ecole et au Gymnase 1 ».
Les résultats obtenus dans l'enseignement de l'anglais sont fort réjouissants aussi.