‹ La réforme de l'enseignement secondaire dans le canton de VaudChapitre 27 sur 30 · Op. cit. p · texte numérisé non relu

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dans le domaine de l'éducation, voilà bien plutôt la vraie mission d'un tel enseignement. Ceux que Ton aura pénétrés de cet esprit se feront une plus haute idée de leur métier. Ils trouveront les bonnes méthodes parce qu'ils auront envie de les chercher. Et la vue claire du but supérieur de l'enseignement leur donnera plus de liberté dans le choix des moyens, plus de souplesse d'allure et plus de fermeté réfléchie.

Ne dites pas que cela est vague, chimérique, impraticable. Ce qui est chimérique, c'est de croire que l'on forme de bons professeurs en leur inculquant des notions décousues, en les maintenant terre à terre, en leur faisant faire quelques leçons suivies de quelques critiques de détail. Entre la théorie sans l'application et l'application sans la théorie, j'hésiterais, pour ma part, à me prononcer, car je ne puis voir où est le moindre mal.

Dans tout ce qu'on a dit et proposé chez nous, on s'est montré en quelque sorte obsédé de l'inquiétude du minimum. De peur de ne rien obtenir on a dit : qu'est-ce que nous pourrions bien ne pas demander; qu'est-ce que nous pourrions ne pas faire? A quoi pourrions-nous renoncer ?

Etait-ce le bon moyen de faire comprendre à notre peuple et aux pouvoirs publics la nécessité urgente d'une création prévue par la loi et annoncée par* le règlement général ?

A demander l'impossible, on rend l'échec certain. Mais, à limiter trop strictement la tâche, on risque d'oublier le but et de se contenter de quelque chose d'insuffisant qui deviendra promptement inefficace.

L'idéal, à mon humble avis, serait de compléter l'enseignement de la Faculté des lettres et d'organiser près de cette Faculté une section de pédagogie, qui rendrait d'utiles services à nos candidats et qui serait pour la Faculté un élément de succès et une très heureuse extension. L'hygiène scolaire, les questions d'organisation et de législation scolaire, les problèmes de l'éducation morale, les expériences de psychologie infantile, tout cet ensemble de recherches qui forment bien un département de la science sociale, mérite une plus large place à notre programme. L'école d'application, qu'on se représente si coûteuse, consisterait en une série de cours du soir pour lesquels, certes, les inscriptions ne feraient pas défaut.

Une école théorique et pratique de pédagogie, annexée à la Faculté des lettres, où les étudiants de la Faculté des sciences auraient un accès facile, et dont le programme comporterait les principaux sujets des études pédagogiques actuelles, de la puériculture h la psychologie individuelle. Nous aurions pour sanction un diplôme d'études pédagogiques supérieures. Il serait la consécration d'une préparation spéciale, utile aux futurs directeurs d'établissements d'instruction, publics ou privés, et à tous ceux qui ont à se mêler d'éducation. D'ailleurs il n'aurait pas la rigidité des diplômes ordinaires. Les études seraient combinées de façon à ne pas retarder l'examen de licence es lettres ni la licence es sciences. Gela n'est pas si malaisé qu'on a l'air de le croire.

Mais il ne semble pas que nous ayons le goût des plans d'extension. Au lieu d'une création originale et

heureuse qui, sans entraîner de grands frais, eût été un enrichissement précieux de la Faculté des lettres, contentons-nous de satisfaire tant bien que mal aux nécessités urgentes. Et puisque Messieurs les directeurs de nos établissements cantonaux s'y montrent disposés, organisons avec leur aide et chez eux une série d'exercices pratiques. Laissons aux candidats le choix de l'époque. Bornons-nous à exiger qu'ils aient assisté à quelques classes, puis donné eux-mêmes un certain nombre de leçons jugées suffisantes par une commission qui suivrait ces exercices et en ferait la critique. Les candidats avancés pourraient être chargés de certains remplacements dans nos établissements d'instruction secondaire. Quant à la préparation théorique, il serait bon d'élaborer un programme clair et précis des principales questions que le candidat devrait connaître et qu'on ne manquerait pas d'aborder, en présence du professeur de pédagogie, dans la discussion des exercices pratiques. Ce serait moins un examen, au sens propre du terme, qu'un entretien critique, où l'on s'assurerait que le candidat est instruit des principes et des problèmes et qu'il sait appliquer les notions acquises. %

Point de diplôme ; point de certificat. Une simple attestation, inscrite/si l'on veut, dans le livret d'étudiant, après chaque exercice admis. Car il ne faut pas nous faire d'illusions, ni surtout en créer chez nos étudiants. Le système que je propose est une combinaison partielle des propositions de M. Guex, de celles du Collège cantonal et des conclusions de certaines délibérations de la Faculté des lettres. Ce sera pour le

candidat une courte initiation, un rapide apprentissage du métier, rien de plus. La culture pédagogique qui fait les vrais éducateurs est tout autre chose. C'est à peine si l'on pourra donner une vague idée de ce que les étudiants trouvent, par exemple, au Teachers Collège de la Columbia University, ou à l'Ecole normale supérieure de Tokyo. Mais on agit selon ses ressources. L'initiation pratique, que nous pourrions organiser à peu de frais et sans difficulté, sera chose excellente à condition qu'on la donne pour un commencement, et qu'on inspire aux jeunes gens le désir de la compléter, de s'informer plus amplement et de se former par l'observation et la réflexion critique.

11 est temps que cette question aboutisse, m'écrit M. E. Payot. Certes, il en est temps. Je vois bien qu'elle aboutira... par le petit bout. Soit, pourvu que nous ne préjugions pas de l'avenir. Les problèmes de l'éducation individuelle et sociale, considérée comme une préparation à la vie, prennent aujourd'hui tant de portée qu'il n'en faudrait pas davantage pour justifier une réorganisation ou en quelque sorte une « mise au point » de notre Faculté des lettres. Puissent les efforts sincères que nous tenterons nous conduire à une conception plus claire des tâches actuelles, nous empêcher, tout au moins, de les perdre de vue.

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