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bourses de gymnase sont un encouragement au travail et une récompense pour le talent *.
Le système des bourses est beaucoup plus compliqué en Angleterre, parce que l'Angleterre est, par excellence, le pays de la complication ; mais ce qui ressort de cette organisation multiple et confuse, c'est l'abondance extraordinaire des ressources et l'habileté avec laquelle on les fait servir à susciter le talent. Il y a d'abord, dans les écoles publiques, un certain nombre de fundationers ; ce sont les titulaires des bourses fondées à l'origine de l'école. Puis viennent des boursiers de toute provenance : tantôt c'est un comté ou une commune, très-souvent une corporation, souvent aussi un élève, ou simplement une personne généreuse qui fonde une rente, dont les arrérages entretiennent un ou plusieurs boursiers dans une Université ou une école. Le taux des bourses varie comme leur provenance. Il y en a de très-opulentes ; d'autres ne représentent que les frais d'externat. On compte soixante-dix fundationers à Eton, soixante-dix à Winchester (la plus ancienne école du royaume-uni), quarante à Westminster, trente-deux à Harrow, soixante et un à Rugby, vingtsix à Shrewsbury, quarante-quatre à Charterhouse. Plus l'antiquité de l'école est vénérable, plus la bourse est insignifiante, si la valeur du bénéfice a été évaluée en argent dans la Charte de fondation,
1. La valeur d'une bourse dans un gymnase varie de 40 à 200 thalers (de 150 à 750 fr.) par an. On la conserve pendant toute la durée des études au gymnase, et même^ dans la plupart des cas^ pendant les études à TUniversité. Les bourses spéciales fondées dans les Universités sont données pour trois ans. Elles varient de 80 à 400 thalers (de 300 à 1500 fr.). Cf. Minssen, lU, p. 32.
parce que la somme est restée la même, pendant que le prix de toutes les denrées était plus que décuplé. Au contraire, les fondations constituées sur des terres ont augmenté de valeur dans une proportion énorme. A côté des boursiers qui n'ont droit qu'à l'externat, et qui ne sont (Jue des boursiers ad honorem^ d'autres touchent un revenu de cent et même cent trente-deux livres. Tantôt cette pension fait du titulaire quelque chose d'assez semblable à l'actionnaire d'une compagnie, elle s'appelle alors schola/rshipj et tantôt elle ne donne que des aliments ou de l'argent (exhibition)^ sans aucun droit de propriété ou d'administration. Rien ne ressemble plus à notre ancienne Université, où, dans certains collèges, les régents étaient les commensaux de leurs écoliers. La principale différence est que les fondations françaises étaient presque toutes faites en argent, ce qui, avec le temps, les rendit tout à fait insuffisantes, et amena la déchéance et même la suppression de la plupart des collèges, tandis que les fondations anglaises, consistant presque toutes en propriétés, ont profité de la plus-value. L'usage s'est d'ailleurs continué de faire des donations, souvent très-importantes, à la maison où on a été élevé, et les corporations, dont plusieurs ont des revenus considérables, adoptent assez volontiers une école et la font riche par leurs libéralités.
Les Universités ne sont pas à cet égard moins favorisées que les écoles inférieures. Indépendamment de leurs chaires, qui sont très-recherchées pour l'honneur et le profit, elles disposent de dotations ou rentes perpétuelles, par lesquelles elles s'attachent les sujets les plus distingués, et leur
donnent les moyens, leurs études terminées, de se Hvrer à la carrière des lettres ou à celle des sciences, sans souci des besoins matériels de la vie. Ces dotations ne se perdent que quand celui qui en est pourvu obtient un bénéfice supérieur ou un emploi richement rétribué. Le titre ^es prébendaires est celui d'agrégé, fellow. Une fellowship rapporte de cent à deux cents livres. Elles sont presque toutes possédées par des ecclésiastiques.
Comme il n'y a jamais eu d'autres règles pour la fondation que la volonté des fondateurs, certains établissements sont plus riches que les autres ; il y en a qui le sont trop. A Saint-Paul, école publique, où les élèves, au nombre de cent cinquante-trois, sont tous externes et tous boursiers, on est sûr, avec un travail médiocre et une capacité très-ordinaire, d'entrer à l'Université comme boursier, après avoir traversé en la même qualité toutes les classes de la maison. Dans ces conditions, l'émulation n'existe plus. Il en était de môme à Winchester avant la réforme de Técole ; les bourses pour l'école elle-même s'obtenaient dès l'âge de treize ans, dans un concours qui ne demandait guère qu'un effort de mémoire ; une fois nanti de sa bourse, l'enfant parcourait tout le cours des études de l'école, entrait ensuite comme boursier au new-college d'Oxford, et plus tard échangeait presque infailliblement cette position contre celle de fellow. L'école de Winchester est une de celles qui ont récemment adopté la mesure du concours. Cette réforme rend à l'institution des bourses son véritable caractère.
Elle n'est pas encore générale. A Charterhouseï a Saint-Paul, & Merchant-Taylors, le corps gouver-
nant se considère comme le représentant direct des fondateurs, et ses membres exercent à tour de rôle le droit de nomination. Mais à Winchester, à Eton, à Westminster, dans un grand nombre de nouvelles écoles qui ne dirigent pas leurs élèves vers les Universités, et répandent surtout Tinstruction usuelle à la manière de nos collèges d'enseignement secondaire spécial, le concours est désormais de règle. Il existe à Manchester de temps immémorial, et même il y a conservé le caractère des anciennes argumentations, si chères aux écoles du moyen âge. Deux concurrents luttent d'abord Tun contre l'autre; le vainqueur esta son tour provoqué par un concurrent nouveau, et quelquefois un sujet hors ligne tient tête successivement à tous ses condisciples et arrive par droit de conquête à la tête de la liste. Ce tournoi dure plusieurs semaines. À Eton, et dans la plupart des autres écoles, le concours a des formes plus niodernés, et consiste surtout en compositions. Il y a des concours pour entrer à l'école comme boursiers; il y en a, entre les élèves payants, pour acquérir une bourse. Les Anglais n'ont pas voulu que la bourse eût, à aucun degré, l'air d'un secours, et supposât dans celui qui l'obtient une sorte d'indigence. Nous disons, en France, 'pauvreté rCest pas vice^ et nous ne respectons pas toujours ce proverbe dans la pratique. En Angleterre, on ne le respecte jamais; on y a le culte de la fortune, et les pauvres cachent leur pauvreté comme on cacherait une infirmité ou un crime. On peut donc concourir, et on concourt pour les bourses, même quand on est riche, parce qu'elles sont surtout une récompense et un honneur. On a bien été quelque peu embarrassé par
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certains titres d'anciennes fondations qui portaient expressément : « Pour des enfants pauvres ; » mais dans tous les pays où on conserve les traditions scrupuleusement, on les interprète librement ; et on a décidé que le fils d'un millionnaire peut être considéré comme pauvre , s'il ne possède aucune fortune personnelle et n'a que l'espérance de succéder à celle de son père.
Nous pouvons donc conclure qu'en Angleterre et en Allemagne, les anciennes bourses ont pu être fondées, comme chez nous, à titre charitable, en même' temps que dans un but de propagande littéraire; mais qu'aujourd'hui le second caractère a complètement effacé le premier, de telle sorte que les fondations nouvelles et les revenus des fondations anciennes sont exclusivement employés comme moyens d'exciter l'émulation dans les écoles, et d'assurer aux sciences et aux lettres le meilleur recrutement possible. Ce sont les vrais principes de la matière. En Angleterre particulièrement, la discipline n'existe plus que pour assurer la régularité matérielle : dès qu'il s'agit de susciter les grands efforts intellectuels, on ne compte que sur l'appât des bourses et des autres récompenses dont j'aurai à parler. En un mot, on fait en sorte que les ehfants veuillent travailler; les maîtres sont des amis qui les aident, et non plus des surveillants qui les gênent. La seule autorité puissante est l'autorité aimée.
Et errât longé, meâ quidem sententiâ,
Qui imperium credat esse graviùs, aut stabiliùs
Vi quod fit, quàm illud, quod amicitiâ adjungitur*.