‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 106 sur 135 · RÉFORME DE LA DIVISION INFÉRIEURE DES LYCÉES · texte numérisé non relu

RÉFORME DE LA DIVISION INFÉRIEURE DES LYCÉES

parler couramment l'anglais ouTallemand; on n'aurait pas, avec des enfants de cet âge, la prétention de faire de la littérature ; on leur apprendrait tout simplement la langue usuelle; on leur mettrait en main un instrument qui leur serait utile toute leur vie, et très-utile, en particulier, pour leurs études classiques. Ils y prendraient goût aisément; parler une nouvelle langue est un vif plaisir pour tout le monde, même pour les enfants ; ce sont les devoirs qui les ennuient, et les pédanteries grammaticales dont ils ne voient pas Tapplication et Futilité. Je suivrais la même méthode pour le latin pendant ces deux années de sixième et de cinquième. On leur en apprendrait assez pour qu'ils pussent, sans autre travail, lire couramment un auteur facile, et même échanger au besoin quelques phrases usuelles. Enfin, ils sauraient à fond la langue française, ou pour mieux dire l'orthographe, car c'est de cela seulement qu'il s'agit, et de quelques exercices de style, qui sont faciles à tout âge, quand on ne demande que d'exprimer clairement des choses que l'on sait. Aujourd'hui le latin commence dès le premier jour, le grec le suit bientôt après ; et ces deux études, qui ont huit ans devant elles, cheminent mollement, languissamment, se traînant dans des devoirs sans aucun attrait, dans des expositions de règles et de principes qui seraient ennuyeuses pour tout le monde, et le sont mortellement pour des enfants incapables d'en saisir l'utilité. Cette marche est très-logique et infiniment peu pratique. Je demande à ceux qui s'y obstinent, si le latin est aussi difficile à apprendre que l'allemand? Il est évident que non. Peut-on, en quatre ans, apprendre à parler et à lire l'allemand avec facilité?

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Cela dépend plus du maître que de Télève. Donneîfcmoi un bon maître, et un enfant ayant quelques dispositions : il saura l'allemand avant la fin de la troi- . sième année ; et je soutiens qu'en deux ans on lui apprendra assez de latin pour qu'il puisse lire un auteur facile. Ce qui lui importe surtout, au sortir de CCS premières classes, c'est de comprendre une inscription moderne, un livre de prières, quelques termes scientifiques, quelques citations*.

Les défenseurs de la méthode lente assurent que le latin n'est qu'un accessoire ou un prétexte, un moyen tout au plus, et qu'il s'agit, en apprenant le latin, d'apprendre la philosophie, la littérature, l'histoire ; de se familiariser avec les grands esprits de l'antiquité. Je ne prétends pas que les modernes doivent se sufQre à eux-mêmes, et recommencer à nouveau l'œuvre du temps ; je ne nie pas que l'héritage du passé ne soit le fonds le plus solide de notre richesse intellectuelle. Je ne veux pas même rappeler qye les Grecs n'ont eu besoin d'étudier ni langues

1. « J'ai longuement réfléchi à ces choses, et je crois qu'il y a une réforme à opérer, réforme urgente autant qu'indispensable. L'âge le plus fécond pour les études, celui où la curiosité est plus vive, où la mémoire est plus fraîche, l'esprit moins distrait par les soucis du cœur, est précisément celui dont les routines actuelles savent le moins profiter. Comme des gens qui ont du temps à perdre, que nul besoin, nul ennemi ne talonne, nous employons ces trois ou quatre années à parcourir lentement et mollement l'espace étroit qui sépare le de Viris Ulustribus des récits de Quinte-Curce, et qu'un esprit ordinaire peut parcourir en quelques mois.... Au lieu d'enfermer ce pauvre enfant dans Tétude d'une langue inconnue, étude ardue et rebutante qui ne répond à aucune des questions qu'il se pose en lui-même, donnons-lui comme travail indispensable l'étude de la langue maternelle, etc. • (Le R. P. LAur. Lécuyer, prieur de l'école Âlbert-le-Grand d'Ârcueil, la Religion^ le patrie et la famille dans V éducation de la jeunesse, 1872, p. 28-31.)

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■mortes ni langues vivantes, et qu'en apprenant le grée, c'était une langue vivante qu'apprenaient les Romains. Je ne discute pas, pour le moment, cette fameuse théorie que le meilleur moyen d'apprendre la philosophie, l'histoire, les sciences, c'est de les coudre à l'étude de la langue latine; j'accorde même, si l'on veut, que le latin est le véhicule nécessaire de toutes ces belles connaissances : mais sachons au moins par où commencer ; et nous commencerons, si nous sommes sages, par mettre les enfants en état de comprendre un livre facile. C'est à cela que l'enfant est propre, et c'est à cela qu'il prend plaisir, non pas à éplucher des difficultés et à se fourrer des abstractions dans la tête. Tout le secret d'enseigner les langues est dans ce mot : arriver vite à les faire comprendre. In médias res. Si l'enfant a lu avec plaisir quelques pages de latin, le jeune ^ homme sera le premier à vous demander de lui expliquer les règles et de lui faire lire les auteurs difficiles. Ainsi, la préparation sera meilleure pour les restants, et l'éducation sera complète pour les partants : c'est le problème qu'il fallait résoudre.

Aucun embarras pour l'arithmétique et les premières notions de géométrie ; encore moins pour l'histoire naturelle; il n'y a qu'à la faire aimer. J'admire que certains professeurs parviennent à la rendre ennuyeuse. C'est qu'ils s'obstinent à commencer par le commencement: une grande faute, et bien générale. Pour l'histoire, on ne commencera pas, j'imagine, par l'histoire des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Celle de la Grèce, qui est si ravissante pour ceux qui savent le grec, est insupportable pour le reste du monde ; et celle de Rome est inintelligible pour qui

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ne la lit pas dans les auteurs latins. L'histoire amusante et attrayante par excellence, c'est la nôtre. Commencez par là: voilà tout le monde conquis à Tétude de l'histoire. Je veux bien que l'on consacre d'abord quelques semaines à une revue générale de l'histoire du monde, pourvu qu'on arrive sur-le-champ à la France et à son histoire. Soyez sûr qu'on voudra plus tard connaître les origines: on ira à Rome avec les Gaulois. Mais, encore une fois, par ce procédé, ceux qui nous quitteront à treize ans sauront ce qu'ils ont besoin de savoir, ce qui les touche, l'histoire de leur pays.

Il est donc très-facile et très-utile, à tous les points de vue, de réaliser la pensée de M. Cousin. On rendra ensuite très-sérieux, et même assez sévère, l'examen de passage pour aller de cinquième en quatrième. En Prusse, quand M. Cousin a visité les gymnases, l'interdiction de passer outre ne pouvait être prononcée qu'à l'unanimité. Comme interdiction, l'unanimité peut être demandée; mais les familles ne s'obstineront pas après un mauvais examen; elles se rendront aux conseils qu'on leur donnera, dans leur intérêt et dans l'intérêt de tout le monde.

M. Cousin voyait encore un autre avantage dans l'introduction de ce système : celui de modifier l'organisation des petits collèges. Nous avions de son temps et nous avons encore, quoique en moindre nombre, des collèges composés de deux ou trois maîtres insuffisamment payés, conduisant tant bien que mal les écoliers jusqu'en seconde ou en rhétorique. « Le mal que font ces tristes écoles est incalculable. Elles attirent par l'appât du bon marché, à l'instruction

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