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plus hautes écoles, et quand il s'agit de la chose la plus impossible du monde, c'est-à-dire de juger les maîtres. Puisqu'on ne peut admettre dans chaque école qu'un nombre d'élèves limité, mieux vaut se résigner à subir le concours avec tous ses inconvénients, que de s'abandonner à l'arbitraire. D'ailleurs un examen préalable est, dans tous les cas, nécessaire pour s'assurer que le candidat est en mesure, par ses connaissances acquises et sa capacité personnelle, de suivre utilement les cours. Je ne demande pas non plus, ce que je sais impossible, qu'on ait deux collèges distincts et deux ordres de professeurs, l'un pour la préparation aux écoles, et l'autre pour les études ordinaires. Est-il indispensable à l'avenir des services publics et à l'enseignement des écoles spéciales que le programme soit aussi chargé? Quel est le motif de maintenir une limite d'âge contre laquelle tout le monde se récrie? Ne donne-t-on pas, par ces exigences, une prime à la mémoire, ou tout au moins à ce genre de capacité qui s'empare vite de tout ce qui est élémentaire, et ne peut guère aller au delà? N'y aurait-il pas avantage à rendre l'examen à la fois moins étendu et moins superficiel, et à fournir aux candidats l'occasion de montrer un autre mérite que celui d'avoir beaucoup travaillé et d'avoir bien retenu les leçons d'un maître habile ? N'arrivet-il pas à certains officiers d'artillerie d'oublier leur algèbre, comme il arrive à la plupart des bacheliers d'oublier leur latin? Ce sont des questions que tout le monde s'est posées, et qui ont tant d'importance pour un grand nombre de familles, qu'elles méritent bien qu'on y réfléchisse.

Je puis dire d'abord que le concours, tel qu'il est

organisé, n'a pas lieu dans de bonnes conditions. Il se faisait mieux au début, parce que les écoles spéciales étant beaucoup moins recherchées, il ne s'agissait que d'éliminer les incapables. Une seule commission y suffisait. Aujourd'hui les aspirants se présentent par centaines, et, le concours ne pouvant pas se prolonger indéfiniment, on le fait diriger par des commissions multiples, qui ne sont plus seulement chargées d'éliminer les incapables, ce qui est la partie facile de leur besogne, mais de choisir entre les capables. C'est cette dernière opération qui est presque impossible. On aura beau multiplier les épreuves, il y aura toujours du hasard dans les examens. La santé du candidat, et même celle du juge, non-seulement leur santé, mais leur disposition actuelle, leur humeur; le hasard des questions posées, car on peut savoir toutes les questions, hormis cellelà, ou savoir celle-là et ignorer la plupart des autres ; la manière de les poser, car il dépend de l'examinateur de faire un problème difficile de la question la plus simple ; l'aspect même du candidat, sa présence d'esprit ou sa timidité, son organe ; comme il y a des savants qui bégayent, et d'autres qui ne savent pas exposer leurs propres découvertes, il y a, parmi les jeunes gens, des esprits trèsrouverts qui ont la parole embarrassée, et des esprits très-médiocres qui sont pourvus d'une mémoire et d'une audace imperturbables : qui peut penser à tout cela et ne pas convenir que, si le concours donne de bons résultats pour l'élimination des incapables, il ne vaut guère mieux que le hasard pour le choix entre les capables ? Et même le hasard aurait l'avantage de ne pas décourager les éliminés et de ne pas gonfler d'or-

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gueil les premiers reçus. Joignez à toutes ces raisons la plus forte de toutes : c'est que la liste d'admission est dressée par diverses commissions, dont chacune n'a examiné qu'une portion des candidats. On apprécie par un chiffre la valeur des réponses : opération bien délicate. Il faut que le chiffre par lequel un examinateur exprime ses jugements ait précisément la même valeur que le même chiffre dans l'appréciation de son collègue. Ce principe admis, mais ce principe est la plus gratuite des hypothèses, il ne reste plus qu'à faire une addition pour avoir une liste commune. Je ne sais pas par quelle règle on se détermine quand cinq, six, dix candidats ont le même total sur la liste des diverses commissions. Je sais seulement qu'il faut toute une série d'opérations sur l«s diverses moyennes obtenues pour créer, à doses presque infinitésimales, des différences qui mettent la conscience des juges en repos. J'entends aussi qu'on se renseigne mutuellement sur la valeur des concurrents; mais ces renseignements sont-ils bien précis? Permettent-ils une sérieuse comparaison ? Les examinateurs ne le soutiendraient pas. Us font pour le mieux, ils sont habiles, ils sont honnêtes ; voilà ce qui est hors de question. Mais le concours dépend autant du hasard que de la capacité, cela n'est pas contestable ; et ce qui le prouverait au besoin, c'est qu'une fois entrés à l'école, les élèves conservent rarement leur rang d'examen ; ce sont des bouleversements presque complets*. Je puis citer

1 . ■ On s*cn aperçoit bien vite à l'École polytechnique, où le premier classement intérieur bouleverse si souvent le classement résultant de la liste d'admission, sans qu'il y ait pour cela le moindre reproctie

mon propre exemple pour un concours beaucoup moins nombreux et beaucoup plus régulier : J'ai été reçu à l'École normale Tavant-dernier; j'en. suis sorti le premier. C'est moi, moi-même qui ai reçu agrégé, bien des années après, celui qui avait été le premier de ma promotion. Ces exemples ne sont pas très-rares. Si vous comparez le programme du concours d'admission à l'École polytechnique en 1810, à ceux de 1830 et de 1873, vous vous convaincrez qu'on lui a fait faire un terrible chemin. C'est d'abord un programme tout uni, qu'un élève ordinaire peut préparer en un an sans trop de fatigue. Peu à peu les exigences augmentent , et aujourd'hui elles sont telles, qu'il faut se fatiguer et s'épuiser pour passer un examen passable. Ce n'est pas que l'École elle-même ait absolument besoin qu'on sache tout cela ; mais c'est l'examinateur qui, ne sachant plus comment choisir, augmente la part du hasard pour diminuer d'autant la sienne. S'il n'y a que vingt questions, tout le monde les étudiera; s'il y en a deux cents, le meilleur élève en possédera au plus cent cinquante. Assurément, c'est un malheur pour lui de tomber sur ce qu'il ne sait pas; mais la conscience du juge est à couvert. Cela est dans la logique du système ; il est impossible qu'avec le temps on n'arrive pas à ce ré* sultat. Il est aussi dans la logique du système qu'aux difficultés qui naissent du projgramme, l'examinateur ajoute celles qui naissent d'une certaine façon de po* séries questions, et d'argumenter contre l'élève. On en vient peu à peu à chercher les questions les plus

à faire à ceux qui ont dû dresser la liste d'admission avec les éléments dont ils disposaient. » (Cournot, des Institutions dHnstruction publique mFrancei Paris, 1864, p. 187.)

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captieuses, qui sont loin d'être les plus importantes. Il n'y a pas de concours, en quelque genre que ce soit, qui n'aboutisse à la longue à cette conséquence; et pourtant, quand on en est là, on va directement contre le but qu'on se propose, et l'art de subir un examen se substitue à l'étude sérieuse et réellement efficace *.

Le premier malheur qui en résulte, et c'est un très-grand malheur, est l'invention d'un art de préparer aux examens, qui se substitue à l'art d'enseigner la science. Pendant que l'examinateur torture son candidat et lui propose des énigmes en guise de questions, il est lui-même examiné, étudié, percé à jour par les préparateurs qui composent l'auditoire. On a bien vite découvert ses ruses, noté ses formules, deviné ses fantaisies, exploré les recoins de l'arsenal scientifique où il va chercher ses meilleures armes. Si on avait toujours le même examinateur, on le battrait à coup sûr. Ce n'est plus la science qu'on apprend, c'est la façon de répondre à telle personne. Cet exercice est pénible, il est long, il ne profite pas à l'esprit; je vais même jusqu'à croire qu*il lui est nuisible ;• mais il est infaillible, ou à peu près ; il ne demande qu'un bon préparateur, de la ténacité et du temps. Tout le monde est au courant de cette situation «. On va donc à l'établissement qui fait re^ cevoir beaucoup d'élèves. On commence l'étude du programme de bonne heure, et on se présente avant

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