‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 110 sur 135 · I démens, et ssevas curre per Alpes · texte numérisé non relu

I démens, et ssevas curre per Alpes

Ut pueris placeas, et declamatio fias.

(Juv., liv. IV, sat. X, V. 166.)

graphie que j'ai instituée d'accord avec les deux inspecteurs généraux et la commission supérieure, ne prend aux élèves que deux heures par quinzaine, soit par semaineune heure, ou même trois quarts d'heure, quand la réduction sur la durée des classes aura été adoptée, ce qui ne peut tarder.

J'ai pris un peu plus, trois heures par semaine, pour les langues vivantes. C'est très-évidemment un minimum; mais nous l'avons cru suffisant. Nous avions aussi, pour l'enseignement des langues vivantes, un comité qui avait à sa tête M. Saint-René Taillandier, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne, alors secrétaire général du ministère ; le vice-recteur de l'Académie ne cessait de consulter les proviseurs et les professeurs. J'avais mis à l'œuvre quatre inspecteurs spéciaux, qui parcouraient constamment la France pour s'assurer que nos instructions étaient suivies, et je m'occupais de relever le personnel, en créant à l'École normale une section des langues vivantes, et en assurant aux professeurs de cet ordre le même traitement et les mêmes avantages qu'à leurs collègues. J'avais aussi mis les études de langues sur le même pied que toutes les autres, soit pour les prix d'excellence, soit pour les compositions des prix, soit pour les examens de passage et l'examen du baccalauréat. Quant aux trois heures prises sur le temps des classes, à la place de deux heures de conférence, et dont il s'agit surtout en ce moment, je n'hésite pas à dire qu'on n'a le choix qu'entre ces deux alternatives : ou les conserver, ou renoncer à l'enseignement des langues vivantes.

Y veut-on renoncer? Qui l'oserait? Dans le commerce, dans la marine marchande, dans la carrière

310 ÉTUDES NOUVELLES À INTRODinRE.

des consulats, on demande à grands cris que les langues vivantes soient enseignées. La marine de l'État, la guerre, ne le réclament pas moins impérieusement. La connaissance d'une langue étrangère au moins est un complément indispensable de l'éducation d'un homme du monde. Les rapports des nations entre elles, par l'échange des livres et des idées, par les voyages qui se multiplient depuis la création des chemins de fer, se sont transformés avec une telle rapidité, qu'il y aurait folie à rester, comme il y a quarante ans, comme il y a cent ans, cantonnés dans notre langue et notre pays, à la risée de l'Europe qui nous a devancés de bien loin. Les lettrés, les savants n'ont pas moins besoin de lire les Allemands, les Anglais , les Italiens dans leur langue. Personne ne le conteste; il faut donc entrer dans cette voie. Mais comment? Par des conférences, comme autrefois? D'abord, il n'y en avait que deux, nombre trèsinsuffisant; et ensuite, tous ceux qui se mêlent des collèges le savent, on n'apprend rien ou presque rien dans une conférence. Les conférences sont fort bonnes comme répétition, elles ne peuvent jamais tenir lieu de classe. Les jeunes gens ne les prennent pas au sérieux; c'est la classe, la classe régulière qui est le centre de leur activité. On peut regarder cela comme un axiome. Depuis qu'ils ont trois heures de classe par semaine, les progrès sont manifestes. J'ai assisté moi-même à plusieurs classes où le maître et les élèves ne parlaient qu'en allemand, les élèves avec beaucoup de facilité. Supposez que maintenant on enlève une heure aux langues vivantes pour la rendre au Jatin, on ne saura pas mieux le latin, et on ne saura plus du tout les langues vivantes. Je doute

fort qu'il se trouve une personne de bon sens pour contester cette vérité, ou pour la braver.

La distinction des classes et des conférences tient surtout à l'organisation actuelle, qui comporte deux classes par jour, de deux heures chacune. Ces deux classes sont le fond même du collège ; tout ce qui se fait en dehors est réputé accessoire. La transformation des classes de deux heures en classes d'une heure et demie ne mettra pas fin à ce préjugé ; et c'est un des motifs qui me font penser que la classe d'une heure et demie est encore trop longue. On en viendra aux classes d'une heure, sans aller cependant jusqu'aux classes de trois quarts d'heure, comme en Allemagne; et alors il y en aura, par jour, quatre ou peut-être cinq : le nombre des heures de travail ne sera pas augmenté pour cela, parce que le temps ajouté aux classes sera retranché aux études. Les avantages sont une plus grande variété, une séparation plus complète entre les différentes sortes d'études, une intervention plus active du professeur dans le travail de l'élève, et peut-être la possibilité d'instituer des cours facultatifs. Ce dernier point n'est pas sans importance, dans notre pays surtout, ofi l'éducation est réputée complète quand on a suivi jusqu'à la fin les cours d'un collège. Aveè les classes d'une heure, il y aurait, par exemple, une classe de latin et une classe de grec : aujourd'hui le temps est réparti un peu arbitrairement entre ces deux langues, selon les préférences et les aptitudes du maître. Les cours facultatifs, qui n'auraient lieu que dans les grands collèges, rentreraient bien dans notre plan général d'augmenter la liberté des élèves. On aurait, si on y lient, un cours

31S ÉTUDES NOUVELLES k DmODUIRE.

fttcultatif de versification grecqpie et latine : celui-là ne tarderait pas à être désert Cette réforme permettrait d'introduire, ou Fhébreu, comme en Allemagne et dans notre ancienne Université, ou les premiers éléments du sanscrit, auquel nous accordons à peine une chaire au Collège de France. L'orientalisme nous échappe absolument; c'est une lacune fâcheuse dans nos études littéraires, historiques, philosophiques. Comme la littérature sanscrite est immense, il y a trois périodes qui devraient être représentées dans le haut enseignement, sinon dans l'enseignement secondaire, savoir : celle des hymnes du Véda et de leurs commentaires; celle du sanscrit proprement dit, et enfin la période bouddhique. A ces trois chaires, on en ajouterait une de Zend, la Perse ayant été un des grands centres de la civilisation du monde. C'est au Collège de France que ces quatre chaires seraient bien placées; il suffirait d'avoir, à l'École normale et dans quelques-uns des meilleurs collèges, une chaire pour le sanscrit proprement dit, qui est la littérature classique. La chaire du Collège de France ne produit pas d'élèves, parce qu'il n'y a nulle part, dans nos collèges, un enseignement qui conduise et prépare à celui-là.

Notre ancienne Université connaissait la distinction des cours obligatoires et des cours facultatifs; on la pratique actuellement en Allemagne et en Angleterre. Dans les programmes d'examens des écoles anglaises, il y a toujours une partie obligatoire sur laquelle tous les élèves doivent répondre, et d'autres parties, entre lesquelles Je candidat peut choisir. Pourquoi, sur tant de lycées, n'en aurionsnous pas deux ou trois qui seraient de véritables

ÉTUDES NOUVEU-ES k INTRODUIRE. 318

séminaires philologiques, où les jeunes gens qui se ' destinent aux carrières littéraires trouveraient, dans les cours facultatifs, des ressources plus variées et plus abondantes? Ce serait un beau luxe pour notre Université, et cela ne ferait que nous mettre au niveau de Térudition des autres peuples. Je me borne à indiquer ces modifications , dont le moment n'est pas encore venu; commençons par le nécessaire avant de penser au luxe; mais ne renonçons pas pour l'avenir à étendre notre enseignement, sans rien imposer.

Je reviens à mes additions; il n'en reste plus qu'une : ce sont les exercices de langue et de littérature françaises. Je ne suis pas, pour emprunter ce joli mot à Montaigne, un enlumineur de mes propres actes; mais j'avoue que je crois avoir rendu un service à nos enfants en rétablissant l'étude de la langue maternelle. Il n'a fallu pour cela qu'un peu de bon sens; n'est-il pas étonnant que tant d'hommes distingués qui dirigent l'Université n'y aient pas songé depuis longtemps*? Je ne puis m'empécher de croire

1. On y a souvent songé dans Tancienne Université; mais cette étude a été abandonnée chaque fois^ parce qu'elle dérobait du temps à Tétude du latin. Voici un curieux passage du Traité des Études, « On vient de faire tout récemment dans un collège Tessai d'un nouvel exercice, qu'on a lieu d'espérer qui aura des suites avantageuses par l'heureux succès qu'il a eu. II regarde la langue française. On avait fait lire à deux jeunes frères des remarques sur cette langue extraites avec choix et discernement de plusieurs livres qui traitent de cette matière. Ils en ont fait l'application à plusieurs endroits tirés de VHistoire de Théodose par M. Fléchier, et ils y ont fait observer en même temps, comme cela se pratique en lisant un auteur latin, ce qui s'y trouve de plus beau et de plus remarquable. Cette interrogation a paru être fort du goût du public, et a fait désirer qu'elle fût mise dans la suite en usage. N'esl-il pas raisonnable en effet de cultiver

et de dire que c'est une des conséquences de notre admiration un peu béate pour la langue latine. L'éternel lieu commun, que les versions suffisent pour apprendre le français, ne saurait être sérieusement soutenu. Elles n'apprennent pas toute la langue; si, d'ailleurs, elles enseignent la valeur des mots et la variété des tours, elles n'apprennent pas à trouver, à choisir les idées, à faire preuve d'originalité ; elles ne font pas vivre l'esprit d'une vie propre, elles n'éveillent l'imagination^ la sensibilité, la raison , tout ce qui fait l'être humain, que d'une manière indirecte et détournée. On le voit bien aux lettres de nos écoliers, si inférieures à celles des petites filles. « Le moyen le plus sûr, et presque le seul, d'acquérir une connaissance parfaite des finesses de notre langue, c'est de converser souvent avec un homme instruit. Nous avons beau lire aujourd'hui des auteurs latins, l'étude la plus assidue ne nous apprendra jamais quelles fautes les copistes ont glissées dans les manuscrits, quels mots impropres Salluste, Tite-Live ont employés. Nous ne pouvons presque jamais discerner ce qui est hardiesse heureuse d'avec ce qui est licence condamnable*. » Quelques dictées en huitième et en septième, des narrations timides en seconde, et des discours français en rhétorique, voilà jusqu'ici tout ce que nous donnions à la langue nationale. En sortant du collège, nos enfants avaient quelque habitude de l'amplification; je ne

avec quel(iue soio Tétude de notre langue propre et naturelle, pendant que nous donnons tant de temps à celle des langues anciennes et étrangères?» (Rollin, Traité des Études, t. IV (XXVIII des Œuvres), ^.26^,) 1. Voltaire, Connaissance des beautés de la poésie et de Véloquence, éd. Beuchot, t. XXXIX, p. 224.

sais trop s'il faut s'en féliciter; mais ils ne connaissaient ni les origines de la langue, ni son histoire, ni les chefs-d'œuvre du seizième siècle. La plupart ne se faisaient quelque idée de ceux du dix-septième que par des notices apprises par cœur. Les gymnases allemands ne traitent pas leur langue avec cette insouciance; tous les programmes portent en tête pour toutes les classes : langue allemande. Et pourtant notre langue est très-belle : d'une clarté, d'une précision incomparable, féconde en ressources, si nous savions étudier nos grands écrivains, et remonter au delà du siècle de Louis XIV, qui n'est pas le seul grand siècle de la littérature française. Cette étude, bien conduite, est de toutes la plus attrayante, et je crois que, par son secours, on vaincra le plus grand ennemi de nos collèges, qui est l'ennui. 11 ne faut pas que les lettres, qui font le bonheur de tous les esprits élevésj se présentent d'abord à nous sous un aspect rebutant. Je voudrais qu'on apprît au collège à les aimer, et je ne demanderais pas qu'on y apprît autre chose.

Voilà tout le poids dont j'ai surchargé la journée de nos enfants. C'est beaucoup comme importance ; mais c'est bien peu comme durée. Si peu que ce soit, il faut savoir sur quoi le prendre; car, on s'en souvient, la journée était déjà trop pleine. J'ai bien cherché; je n'ai trouvé que trois moyens : supprimer les vers latins, diminuer le nombre des thèmes, et, en général, celui des devoirs écrits. Voyons si ces suppressions et ces modifications sont possibles. Mais partons de ce principe, que, si on ne les accepte pas, il faudra renoncer aux langues vivantes, à la géographie et à la langue française ; et même, car nos

enfants sont trop surchargés, chercher encore dans les autres branches d'études quelque sacrifice qui ne soit pas trop douloureux. Garder à la fois les vers latins et tout le reste, tout le monde voudra bien convenir que ce n'est pas une solution.

Je ne puis pas ici invoquer l'exemple de l'Angleterre, car on y fait beaucoup plus de vers latins qu'on n'en a jamais fait chez nous. En Allemagne, au contraire, on ne fait guère que des exercices de métrique, pareils à ceux que je propose *. Quelles sont les raisons qu'on allègue pour maintenir cet exercice ? Je crois que les voici à peu près : Il donne l'intelligence du rhythme et de ce charme particulier qui en résulte; il apprend beaucoup de latin; il développe l'imagination. La première de ces trois raisons est la meilleure. J'avoue que l'habitude de faire des vers

1. Dans les gymnases allemands, on fait en troisième et en seconde des exercices de métrique, analogues à ceux de nos classes de quatrième (vers scandés, retournés, etc.). H n*y a nulle part de composition obligatoire de vers latins. En première, on propose quelques sujets aux meilleurs élèves, qui les traitent facultativement {freûe auffàtze).

Les vers tiennent au contraire une assez grande place dans les écoles classiques anglaises : on sait que ces écoles sont en petit nombre et fréquentées surtout par l'aristocratie. Les études n'y sont activement suivies que par un petit nombre de boursiers, qui se destinent au professorat dans les Universilés.

Lockeétait très-opposé à l'usage de faire faire aux jeimes gens des vers latins. 11 a consacré tout un chapitre à le combattre. « Si, malgré tout cela, dit-il en finissant, quelqu'un s'avise de regarder la poésie comme une étude dans laquelle il souhaite que son fils se perfectionne, parce qu'elle est propre à lui élever l'esprit et lui remplir l'imagination de belles idées, il faut du moins qu'il tombe d'accord que, dans cette vue, son fils fera beaucoup mieux de lire les bons poètes grecs et latins, que de faire de méchants vers de lui-même dans une langue qui ne lui est pas naturelle. » (Locke, de V Éducation des enfants, Paris, 1821, section xxui, § 179, p. 409.)

apprend bien à Toreille la prosodie et la cadence ; on m'accordera cependant, qu'après avoir appris les règles de la métrique, et scandé des vers pendant deux ou trois mois au commencement de l'explication, rélève possédera très-suffisamment ce mécanisme*. Beaucoup de personnes qui n'ont jamais fait de vers en français, en anglais, en allemand, sentent trèsbien l'harmonie des vers dans ces" trois langues. En Angleterre, on exerce les élèves à faire des vers de toute mesure ; en France, on ne fait presque jamais que des vers hexamètres. Et cependant, nous lisons Horace et Térence; et je ne vois pas trop qu'on puisse soutenir que nous n'en comprenons pas les beautés faute d'avoir fait des vers saphiques ou trochaïques. Prétendra-t-on que les Anglais comprennent mieux Homère que nous, et le sentent plus complètement, parce qu'ils font des vers en grec, et que nous n'en faisons jamais ? L'usage de faire des vers nous met, dit-on, beaucoup de latin dans la tête. Ne peut-on, puisqu'on regarde ce bénéfice comme si important, l'obtenir par un moyen moins détourné^? Je ne tiens

1. c Qu^on laisse aux exercices oratoires une certaine place afin de faire connaître d'Une manière pratique le mécanisme de la phrase^ le développement de la pensée et l'enchaînement du discours^; qu'on fasse faire un certain nombre de vers latins afin d'inculquer la connaissance de la quantité et de la métrique : ce sont là des choses que je concède, à contre-cœur peut-être; mais si ces élucubrations puériles continuent de se produire au dehors et d'être signalées comme le nec plus uUrà de la capacité scolaire, on me permettra de les ranger, sous le rapport de l'utilité et de l'intérêt, dans la même catégorie que la poudre et les mouches, et de leur trouver autant d'à-propos qu'au menuet et aux pirouettes. » (Ch. Lenormant, Essais sur Vinstruction publique, publiés par son fils, Paris, 1873, p. 150.)

2. t Je ne parle point ici des vers latins. Si Von en fait, ce sera comme un exercice de grammaire, pour apprendre la quantité et pour

pas beaucoup, pour ma part, à ce qu'on écrive en prose; mais enfin, s'il s'agit de retenir beaucoup de latin, la prose vaut tout autant que les vers ; et elle a même cet avantage que, quand on écrit en prose, on cherche le mot propre, et que quand on écrit en vers, on cherche le synonyme, c'est-à-dire le contraire du mot propre. Nous avons bien de la peine à discerner les synonymes dans notre langue françsuse; nous ne les discernons plus du tout, quand il s'agit d'une langue morte, surtout quand nous nous sommes accoutumés, sous prétexte de faire des vers, à choisir les mots, moins pour ce qu'ils signifient, qu'à cause de leur quantité. Boileau, qui n'aimait pas les vers latins quand ils étaient d'origine française, a écrit sur ce sujet tout un dialogue, qu'il faudrait insérer ici. « Horace. Des vers français? Sur quel sujet? Qu'importe? Rimons, puisque Apollon l'ordonne. Le sujet viendra après.

Sur la rive du fleuve amassant de rarène**..

Un poëte. Halte-là. On ne dit point en notre langue : Sur la rive du fleuve, mais sur le bord de la Hvière. Amasser de Varène ne se dit pas non plus ; il faut dire du sable.

Horace. Vous êtes plaisant. Est-ce que rive et bord

avoir plus de mots à choisir en composant : et je ne sais si ce profit vaut la peine que donnent les vers latins. * (L'abbé Fleury^ Traité du choix et de la méthode des études j^lGSd, chap. xxxv.)

« Il semble qu'il suffit d'avoir montré, en troisième, à les tourner, mesurer et rassembler. Il faut suivre en cela le génie des écoliers. C'est ordinairement un temps perdu que de leur donner des vers à composer au logis. De soixante-dix à quatre-vingts écoliers, il peut y en avoir deux ou trois de qui on arrachera quelque chose; le reste se ^ morfond, se tourmente pour ne rien faire qui vaille. » (Arnauld, RégkmerU des études de Port-Royal.)

ne sont pas des mots synonymes , aussi bien que fleuve et rivière? Comme si je ne savais pas que dans votre cité de Paris la Seine passe sous le Pont-Nouveau. Je sais tout cela sur l'extrémité du doigt*. »

Est-ce bien l'imagination qu'on développe, en demandant aux jeunes gens des vers latins? N'est-ce pas plutôt la mémoire? Leurs vers sont-ils autre chose que des centons*? Ce qu'ils appellent trouver une idée, n'est-ce pas plutôt trouver un hémistiche, et même le trouver tout fait dans le Gradus? Et quelle est cette imagination, qui n'a rien de commun ni avec le goût, ni avec la grâce, ni avec le bon sens, et qui consiste à faire de sang-froid le plus de vers possible sur un sujet donné', sans y mettre ni une idée ni un sentiment? Avec le temps, il s'est formé, pour les vers latins composés au collège, une poétique et une littérature spéciales : on a des sujets, qu'on se transmet de professeurs en professeurs, et des beaiilte, qui sont des traditions de chaque collège, et des corrigés qui n'ont qu'une ressemblance lointaine avec la poésie de Virgile. Tout ce bagage est commode pour la fabrication dont il s'agit ; et les jeunes gens qui aspirent à conquérir le prix devers

1. BoileaU; Dialogue contre les fnodemei qui font des vers latins, éd. de Saint-Surln^ Paris, 1821, t. III, p. 106.

2. Citons encore Boileau, qui a écrit une satire en vers latins contre les vers latins :

Sic Haro, sic Flaccus, sic nostro sœpè Tibullus Carminé disjecti, vano pueriliter ore Bullatas nugas sese stupuere loquentes.

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