Michel Bréal, U.y p. 202 sqq
2. H. About, qui parle si bien le français et qui satit si parfaitement le grec et le latin, a porté le jugement qu'on Ta lire sur les méthodes que je propose d'abandonner : ■ Le grec et le latin sont des langues bien faites, logiques et par conséquent faciles à apprendre, d'autant plus faciles que vous n'aurez jamais l'occasion de les écrire ni de les parler, et qu'il vous suffit d'apprendre à les lire. Or, il n'y a pas une langue en Europe qu'un jeune homme de quatorze ans ne puisse lire au bout de quelques mois; et la jeunesse de mon temps se traînait dix ou douze années sur les bancs des écoles gréco-latines ! Et elle sortait du collège sans pouvoir traduire Virgile et Homère à livre ouvert. Donc nous avons été victimes de programmes mal faits et à refaire. Au lieu d'apprendre à lire le grec et le latin, ce qui est utile, nous avons perdu plusieurs années à faire des thèmes grecs, des vers €ft des discours latins, ce qui est absurde. » (Edmond About, le Frogrês, Paris, 4* édition, 1867, p. 345.)
3. • J'ai hâte de voir achever l'œuvre commencée, de voir dispa« ndtre, à la suite des vers latins et des thèmes d'élégance, les narrations en latin, les dissertations en latin, les discours latins, tous procédés que personne certainement n'imaginerait d'introduire aujour*
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de ces audaces que peuvent seuls se permettre des latinistes de premier ordre. D'ailleurs, je le répète pour la vingtième fois, il faut améliorer le système d'études peu à peu, s'avancer avec circonspection, en se ménageant la possibilité de reculer si on a fait un faux pas, et paraître immobile, même quand on marche. Quelques professeurs de mérite, d'accord avec moi sur le principe, m'avaient demandé de conserver les thèmes d'élégance , non pour le latin , mais pour le français, qu'on apprend mieux, disaient-ils, dont on saisit mieux les finesses quand on s'efforce de le traduire. Cet avantage, si c'en est un, sera bien mieux obtenu par la traduction du français en allemand, en anglais ou en espagnol, parce qu'alors au moins il s'agira de langues qu'on peut être appelé à parler, et qui expriment les mœurs et les idées de notre siècle*. Je ne crois pas d'ailleurs que le thème soit plus utile
d^hui dans l'éducation classique et qui n'y subsistent que comme des restes du passé. » (Havet, Cours du Collège de France, leçon du 5 no- Tembre 1872.) On peut lire aussi, sur ce sujet, deux articles de M. G. Boissier, professeur au Collège de France {Revue des DeuoD-Mondes, 15 août 1869 et l" août 1872), l'un sur V enseignement secondaire j l'autre sur le livre de M. Bréal.
1. c Beaucoup de personnes pensent que, sans le thème, l'étude du grec et du latin serait affaiblie ; que cette habitude de convertir un texte français en grec ou en latin accoutume les jeunes gens à se rendre compte des délicatesse de la langue qu'ils étudient; qu'ils comprennent mieux les beautés originales; qu'ils les gravent plus sûrement dans leur mémoire.
« Je réponds que ces arguments seraient bons pour les langues vivantes, parce qu'on doit les parler et qu'il importe d'essayer ses forces, même au prix des barbarismes et des solécismes, inévitables au début, toujours probables, quoique plus rares, à mesure que l'on avance. Dans l'étude des langues anciennes, qu'on ne parlera pas, qu'on n'écrira même pas, le thème n'a guère d'autre effet que d'accoutumer l'élève aune grécité, aune latinité inférieures, dont il est l'auteur, et de lui prendre, pour des essais infructueux, des moments qui seraient mieux