DES MÉTHODES D^ENSEIGNEMENT
Nous entrerons, s'il vous plaît, dans une classe de rhétorique, et nous assisterons à la leçon. Mais j'avertis que nous entrons dans une classe un peu arriérée, où renseignement se donne comme il se donnait partout il y a vingt-cinq ans. Aujourd'hui, dans les grands collèges, et particulièrement quand le professeur sort de TÉcole normale, la méthode ressemble beaucoup plus à celle que je recommanderai tout à l'heure. On en devine la raison. C'est que la réforme que je propose n'est pas ma réforme; c'est celle que poursuivent depuis plusieurs années les professeurs les plus éminents de l'Université. Mon livre a été précédé du livre de M. Michel Bréal, qui avait été précédé par celui de M. Clavel, par celui de M. Labbé, et par beaucoup d'autres; et pendant que nous écrivons, il y a des maîtres pleins de résolution et de talent qui nous devancent. Le tableau que je vais tracer n'en est pas moins ressemblant, à l'heure actuelle, pour la grande majorité des collèges.
Il est huit heures et demie. Le professeur fait re-
cueillir les copies ; on les dépose sur la diaire, et fl procède à la récitation des leçons. D y a cinquante ëlèyes dans la classe ; un élève récite dix lignes de Tacite; un autre, cinq vers d'Homère. Ceci n'a pour but que de tenir les élèves en haleine et de les obliger à apprendre leurs leçons ; car ils récitent, en courant, d'un ton monotone, sans tenir compte du sens, et, pour les vers, sans marquer la prosodie. Puis, vient la correction des devoirs. C'est aujourd'hui urt discours latin. 11 a pour sujet le discours des envoyés du sénat à César avant le passage du Rubicon. Pour traiter ce sujet, les élèves ont dû évidemment se représenter l'entrevue comme une scène de tragédie : César est debout, ayant à côté de lui son lieutenant; ses licteurs se tiennent à quelques pas en arrière; l'armée, rangée et immobile, garnit le fond du thëâ* tre. Les délégués arrivent , et l'un d'entre eux prononce aussitôt sa harangue, en style pompeux, avec un exorde par insinuation, une proposition, une confirmation, et une péroraison pathétique. César lui répondra sans doute par un autre discours; après quoi, la négociation sera terminée. Un élève, choisi parmi les forts, lit sa copie, et le professeur l'avertit de lire lentement, pour que tout le monde comprenne; mais personne n'écoute. Et pourquoi écouterait- on? Le discours, quoique correct, n*est pas un modèle de sfrjle. Le professeur interrompt deux ou trois fois pour signaler des inadvertances. 11 indique à l'élève une expression de Salluste, qu'il aurait pu intercaler heureusement dans un passage : cela lui aurait fait honneur, en montrant qu'il avait lu ses auteurs, ou tout au moins son Conciones; il est vrai que ce lambeau de Salluste,
COUSU tant bien que mal à un style d'une étoffé toute diflFérente, en aurait fait ressortir la pauvreté. La confirmation est irrésistible; César, après l'avoir entendue, doit être convaincu qu'un bon citoyen est fait pour obéir aux lois de sa patrie, et qu'un général victorieux ne peut sans crime se servir de sa renommée et de son influence sur ses légions pour renverser la constitution de son pays. La péroraison paraît faible; le souffle a manqué; César ne sera pas ému. Le professeur suggère une ou deux idées, qui ne sont que des lieux communs, mais qu'il exprime avec une certaine verve, et dans un latin élégant. Il appelle un second élève, et lui fait lire seulement un passage de son devoir, qu'il a noté par avance, et dont il fait ressortir le mauvais goût. Enfin, il lit lui-même une fort plate copie, où les solécismes. abondent, et il fait rire toute la classe aux dépens d'un paresseux. Comme il est alors neuf heures et demie, on prend le xxiv* chant de V Iliade.
Mv9)3ai TtaTpbçaoîb. Beotç iTiisfxsX' 'A/^iXXsu, TrjXfxou, ôa::ep l^wv, 6Xo5) lia yi^paoç où85). Ka\ {ilv 7U0U xervov TreptvatéTai d{i.^\ç â6vTÊÇ Te(poucj', o58é tiç laxiv dp^ xa\ Xoiybv ifxuvai*.
Le professeur demande qu'on raconte d'abord les événements qui ont précédé, et qu'on décrive le lieu de la scène. Un élève, qui s'exprime avec talent, et qui a certainement lu le xxiv* chant, donne ces détails en citant quelquefois avec beaucoup d'à-propos les expressions mêmes d'Homère. Puis il traduit par membres de phrase : Mv^aai Traxpoç aolo, souviens-toi