Infelix operis summâ, quia ponere totum Nesciet
(Hor., Art, poet,, v. 34.)
longs devoirs, et des devoirs qui ne les préparent ni à bien écrire, ni à creuser sérieusement un sujet, ni à disposer librement de leur esprit; que la classe n'est pas pour eux , comme cela devrait être en rhétorique, un temps de plaisir; que les trente derniers sortiront de là ne connaissant Horace et Virgile que de nom ; et que les premiers remporteront des prix en alignant des lieux communs, et passeront de bons examens à force de mémoire*.
Et c'est une rhétorique. Ailleurs nous aurions trouvé, à côté d'Horace et de Virgile, et peut-être à leur place, des Selectœ, des Excerpta; au lieu d'un discours latin, des thèmes, des versions, des vers, des analyses grammaticales et logiques ; au lieu de l'explication par membres de phrase, le mot à mot. Expende, pèse; Hannibalem, Annibal; quoi libras, coinbien de livres; mvenieSy trouveras-tu; in duce summoy dans le grand général? Hic estj voilà celui ; quem non
1, Un professeur allemand, M. Thiersch, qui visita nos collèges en 1836 et 1837, trace un tableau peu flatteur de notre enseignement. On y reconnaîtra encore quelques-uns de nos lycées. « Je retrouvai à Nancy le caractère de la méthode française, qui consiste dans un attachement pédantesque aux formes de renseignement. Règles de grammaire et passages des auteurs, tout se réduit à une affaire de mémoire. Dans les hautes classes, les choses ne se passent pas autrement, et l'explication des textes, à cause de la tyrannie du mot à mot qui précède le bon français, est ce qu'on peut imaginer de plus capable de produire la fatigue et le dégoût. Les thèmes, qui se traînent dans la même ornière, sont, dans les classes intermédiaires, d'une incorrection qui témoigne de l'impuissance inhérente à ces formes creuses, sans mouvement et sans vie. 11 en résulte que les jeunes gens arrivent en rhétorique et en philosophie sans connaître autre chose de la littérature ancienne que les extraits contenus dans les chrestomathies, ou quelques textes reproduits dans de déplorables éditions. » (Thiersch, Veher den gegenwœrtigen Zustand des œffientichen Unterrichts in den Westlicken Staalen von Deutscklandy in Hoirlandj Frankreich und Belgienj in-8% Stuttgart, 1838.)
capit, que ne contient pas, à qui ne suffît pas ; Africa^ TAfrique. qualis faciès^ ô quelle figure; et dignay et digne; quali tabellâ^ de quel tableau; cùm hellua Getula, quand une bête de Gétulie (un chameau? un éléphant?); portaret, portait; ducem luscwm^ le gênérai borgne. C'est sous cette forme que se présentent pour la première fois à nos écoliers quelques-uns des plus beaux vers qu'il y ait au monde :
Expende Hannibalem : quoi libras in duce summo
Invenies? Hic est quem non capit Africa Mauro
Percussa Oceano, Niloque admota tepenti,
Rursus ad ^Ethiopum populos, altosque elephantos.
Additur imperiis Hispania : Pyrenaeum
Transilii....
Jam tenet Italiam : tamen ultra pergere tendît.
Actum, inquit, nihil est, nisi Pœno milite portas
Frangimus, el mediâ vexillum pono suburrâ.
qualis faciès, et quali digna tabellâ,
Cum Getula ducem portaret bellua luscum?
Exitus ergo quis est? gloria! Vincitur idem
Nempe, et in exsilium prœceps fugit, atque ibî magnus
Mirandusque cliens sedet ad praetoria régis,
Donec Bithyno libeat vigilare tyranno.
Finem animae, quee res humanas miscuit olim,
Non gladii, non saxa dabunt, nec tela, sed ille
Gannarum vîndex, ae tanti sanguinis ultor
Annulas. I démens, et saevas curre per Alpes,
Ut pueris placeas, et declamatio fias ' .
Je sais bien qu'on leur donne ensuite le bon français. Quelle différence, si on leur avait enseigné rapidement le latin dans leurs premières années, quand la mémoire toute fraîche apprend une langue en se jouant, et si, parvenus à quatorze ou quinze ans, il&