‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 121 sur 135 · Michel Bréal; IL, p · texte numérisé non relu

Michel Bréal; IL, p

2. tLe système d'enseignement que la circulaire récente de M. Jules

Aujourd'hui, c'est à l'étude surtout que l'élève travaille, puisque c'est là qu'il fait ses devoirs, et que, dans la classe, il n'a plus qu'à écouter. La classe, quand elle ne se transforme pas en leçon de faculté, comme cela a lieu trop souvent en histoire, en philosophie et même en rhétorique, est surtout consacrée à la dictée des devoirs pour le lendemain et à la correction des devoirs de la veille ; l'élève y est purement passif, c'est moins une classe qu'une inspection : le professeur s'assure qu'on a travaillé. La correction des devoirs n'intéresse jamais que celui qui lit sa copie ; elle n'instruit pas les autres, et n'éveille pas même leur attention. L'explication des auteurs est étouffée par la récitation, la dictée, la correction; c'est à peine si elle dure quinze ou vingt minutes. Elle devrait être le fond même de la classe ; c'est le seul moment où l'élève travaille réellement sous les yeux de ses condisciples et sous la direction de son maître. « Ce qui doit dominer dans les classes, c'est l'explication », dit RoUin*. La nourrir de faits, de réflexions grammaticales, historiques, philologiques.

Simon recommande d'appliquer à Tétude des langues anciennes dans notre enseignement classique est précisément celui qui^ depuis longtemps, est mis en pratique dans les gymnases d'Allemagne. La suppression du thème, des vers latins et des versions dictées n*y est donc pas considérée comme aussi déplorable qu'a paru le croire le sayant prélat qui a signalé cette innovation « comme la ruine des humanités « et le renversement de la haute éducation intellectuelle en France. » L'introduction successive, dans lesgymnases comme dans nos collèges, d'études étrangères autrefois à l'enseignement classique a rendu nécessaire, non la suppression du grec et du latin, mais l'application des méthodes plus expéditives, qui, sans nuire à ces études auxquelles on doit attacher une importance capitale, permettent de donner place à l'enseignement des langues yivantes, etc. » (Hippeau, II,, p. 195.) 1. Rollin, Traité des Études, éd. Letronne, t. IV, p. 402.

susciter des comparaisons, fournir matière en tous sens àTactivité intellectuelle des élèves, c'est le grand art du maître ; et s'il joint à l'explication des auteurs grecs et latins, des extemporalia comme contreépreuves, et la lecture des auteurs français, cela vaudra un peu mieux, pour former l'esprit des jeunes gens, pour l'éclairer et pour le développer, que la récitation des leçons, la dictée des devoirs, et la correction de quelque thème insipide. Ce temps d'activité qui est si peu de chose dans nos classes, devrait être tout : ce serait la grande réforme *. On pourrait même, si on entrait dans cette voie, ajouter utilement, comme je l'ai dit déjà à plusieurs reprises, une heure ou deux de classe pour chaque jour, et retrancher ces deux heures aux études. Ainsi le maître d'étude disparaîtrait, et deviendrait un professeur ; et le professeur lui-même connaîtrait mieux ses élèves, en serait mieux connu, serait à la fois leur professeur et leur tuteur dans le sens anglais. La classe ne serait plus languissante, mais animée par l'émulation et l'effort constant. Nos collèges cesseraient de ressembler aux collèges français du dix-septième siècle, et entreraient dans la voie qui a si bien réussi à l'Allemagne.

Nous n'imiterions pas nos voisins jusqu'au bout ; nous ne sacrifierions pas le talent à l'érudition ; nous conserverions dans nos classes une culture plus attentive et plus constante du goût littéraire. Cette recherche du style n'est pas seulement une de nos prétentions : c'est un de nos besoins ; il ne faut pas y renoncer, sous peine d'altérer dans une certaine

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