Fénelon, éd. de Versailles, 1820, t. XVIII, p
ENSEIGNEMENT DE L'hISTOIRE. 379
Mme de Sévigné donc, si fort du monde et de la cour, si remplie d'admiration et de tendresse pour le roi, rend compte du procès de Fouquet. A une audience dans la chambre du Conseil, un des juges le salue : le chancelier l'en reprend aigrement*. D'Ormesson le traite avec ménagement dans son réquisitoire ; il ne conclut qu'au bannissement et à la confiscation des biens : il est disgracié. Neuf juges opinent à la mort; treize au bannissement et à la confiscation : Mme de Sévigné est dans la joie de cette sentence*; on instruit le condamné, par des signaux convenus, une sorte de signaux télégraphiques, de cette heureuse nouvelle. 11 ne partira pas cependant; il ne quittera pas la France; on aime mieux le garder en prison. On le conduit à Pignerol. Sa mère, sa femme, son frère, son fils sont envoyés en exil ; non pas dans la môme ville, ce serait trop de clémence. « Gardez-vous bien de rabattre votre joie pour tout ce procédé, dit Mme de Sévigné ; la mienne en est augmentée s'il se peut, et me fait bien mieux voir la grandeur de notre victoire*. »
C'est presque un lieu commun, dans les cours de littérature, d'accuser Mme de Sévigné de cruauté, pour ce qu'elle dit des supplices tant multipliés en Bretagne, et si atrocement, après une insignifiante révolte. Le récit, à mon avis, est plutôt tragique ; il est d'uni cœur ému et indigné. « Voulez-vous des nouvelles de Rennes? Il y a cinq mille hommes, car il en est venu encore de Nantes. On a fait une taxe
1. lAlirts de Madame de Séoigné^ Hachette, 1862, t. I, p. 443.