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t80 EN3EIGNEMENT DE l'hISTOIRE.
de cent mille écus sur les bourgeois, et si on ne les trouve dans les vingt-quatre heures, elle sera doublée, et exigible par les soldats. On a chassé et banni toute une grande rue, et défendu de les recueillir sur peine de la vie, de sorte qu'on voyait tous ces misérables, vieillards, femmes accouchées, enfants, errer en pleurs au sortir de cette ville, sans savoir où aller, sans avoir de nourriture et de quoi se coucher. On roua avant-hier un violon qui avait commencé la danse et la pillerie du papier timbré ; il a été écartelé après sa mort, et ses quatre quartiers exposés aux quatre coins de la ville, comme ceux de Josseran à Aix. Il dit en mourant que c'étaient les fermiers du papier timbré qui lui avaient donné vingtcinq écus pour commencer la sédition, et jamais on n'a pu en tirer autre chose. On a pris soixante bourgeois; on commencera demain à pendre. Cette province est un bel exemple pour les autres, et surtout de respecter les gouverneurs et les gouvernantes, de ne leur point dire d'injures, et de ne point jeter des pierres dans leur jardin*. » C'est cette dernière phrase, d'une si poignante ironie, qui a valu à Mme de Sévigné une réputation d'insensibilité. Je crois, au contraire, qu'elle était révoltée de ce qui restait de férocité dans nos mœurs; mais elle ne faisait pas de sermon, ni de livres de morale ; elle écrivait des lettres à sa fille, et ne laissait percer que rarement le fond de sa pensée. Mme de Grignan a été à Marseille, elle a vu les galères. Sa mère lui écrit : « Comment! des hommes gémir jour et nuit sous la pesanteur de leurs chaînes ! Voilà ce qu'on