Cournot^ IL, p
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en ce moment quelque chose d'assez curieux. Le collège est un carré formé par quatre rues. Il y étouffe, mais on ne peut l'agrandir sans le transférer ailleurs, ce qui est sujet à de grandes difficultés pour les finances et le choix de l'emplacement. Vis-à-vis de lui, à quinze mètres de distance, en bordure sur la rue principale, les jésuites ont fondé un collège rival. Ils entendront le tambour annoncer tous nos exercices, comme nous entendrons la cloche annoncer les leurs. Que vont-ils faire là? De la science? On ne choisit pas Brest pour faire de la science. Ils vont faire de la préparation, et ils la feront avec succès, sacrifiant tout au désir d'avoir beaucoup d'élèves reçus, et de disputer à l'Université le corps des officiers de marine. Dans ces conditions, la concurrence ne tourne pas précisément au profit de la science, et c'est l'institution du concours qui en est cause.
Cette obligation où se trouve l'Université d'organiser ses cours en vue de la préparation aux examens a des conséquences fâcheuses pour l'ensemble de son enseignement scientifique. Elle a des cours différents pour les aspirants aux écoles spéciales et pour les aspirants au baccalauréat; mais elle n'a qu'un corps de professeurs, et tout professeur de mathématiques aspire à faire le cours de spéciales. C'est ce genre d'enseignement qu'ils préfèrent, c'est à lui qu'ils se destinent ; ils désirent naturellement que l'enseignement dés mathématiques dans les autres classes soit modelé sur celui-là, et il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour s'apercevoir qu'ils y parviennent.
Un élève qui veut passer l'examen, n'a plus que l'examen en vue ; tout le reste cesse d'avoir de la va- AeixT à ses yeux; ou même il se reproche le temps
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qu'il donne à d'autres études, parce que ses rivaux ne se détournant jamais de leur but prendraient aussitôt l'avance sur lui. Comme d'ailleurs il y a une limite d'âge, on commence à se préparer de trèsbonne heure. Si par malheur on échoue, on ne possède pour toute richesse intellectuelle que ces réponses confiées plutôt à la mémoire qu'à l'entendement, qui, par conséquent, disparaissent bien vite sans laisser de traces derrière elles, et sans avoir communiqué aucune force à l'esprit, et qui roulent ou sur des questions insérées dans le programme pour ajouter à la difficulté de l'examen, ou sur des matières qu'un élève de l'École polytechnique a besoin de savoir, et qui sont sans utilité dans une carrière différente. Le jeune homme qui voit à vingt ans se fermer définitivement devant lui la porte de l'École polytechnique a le regret de se dire que son éducation est manquée et qu'il commence la vie dans les conditions les plus désastreuses.
Enfin, pendant cette longue préparation, qui absorbe les années les plus précieuses de la vie, le père est, comme le maître, et comme l'Université, victime du programme, obligé de le subir, de le laisser maître absolu non-seulement des matières enseignées, mais de la méthode et des procédés de renseignement. Il a abjuré toute autorité, le jour où il a dit : tu iras à l'École polytechnique. Qu*il mette son fils au collège ou qu'il le garde chez lui , dès ce moment il ne lui appartient plus, mais à l'entraînement et au programme : heureux s'il réussit , et s*il lui reste assez de force intellectuelle pour commencer, une fois reçu, à étudier pour apprendre, après s'être accoutumé pendant si longtemps à étudier pour répondre; Heureux
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aussi si ces quatre ou cinq années de travail opiniâtre n'ont pas fatigué son corps en abaissant son esprit, et si les forces de la jeunesse triomphent de cette longue et énervante application.
Je n'ose pas dire que je voudrais restreindre infiniment le programme, laisser aux juges une bien plus grande latitude d'appréciation, multiplier les épreuves, en les échelonnant, par exemple, de semestre en semestre, confier toujours aux mêmes juges, pour chaque épreuve, le jugement de tous les concurrents. Pour rÉcole polytechnique, l'École navale et rÉcole forestière, le concours a été divisé en deux parties, dont la première est éliminatoire. Ce procédé était déjà employé avec succès dans le concours pour rÉcole normale supérieure. On pourrait sans inconvénient recourir à des commissions multiples pour la première épreuve : une commission centrale et unique est nécessaire quand il s'agit de choisir les plus capables. Le résultat d'un concours ainsi organisé serait certainement plus juste, et par conséquent plus rassurant pour les familles, pour les services publics et pour la science. Une autre réforme que les familles appellent de leurs vœux consisterait à reculer de deux ou trois ans la limite d'âge maximum. Je comprends une limite sévère pour la marine, parce qu'il faut s'habituer de bonne heure à la mer ; et pourtant les jeunes gens qui deviennent élèves de première classe en sortant de l'École polytechnique ne sont pas pour cela de mauvais marins. Mais pour les autres carrières, où est la difficulté d'y entrer deux ou trois ans plus tard ? On n'est reçu à l'École polytechnique que jusqu'à vingt et lin ans, à moins d'avoir deux ans de service effectif dans l'armée)
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dans ce dernier cas, il suffit de n'avoir pas, au 1" juillet de Tannée du concours, dépassé l'âge de vingtcinq ans : donc l'École polytechnique peut, sans inconvénient pour elle, recevoir des élèves de vingtcinq ans ; donc elle a tort de fixer la limite à vingt ans, à son propre détriment, et au détriment des études et de la santé des élèves. Ces trois ou quatre ans que je demande, ne feraient pas perdus, s'ils permettaient de faire une préparation solide au lieu d'une préparation hâtive. Les écoles de l'État y gagneraient ; et ce serait pour nos collèges un bienfait immense, car nous serions libres alors d'étudier pour étudier; et au lieu qu'aujourd'hui les élèves qui se destinent aux carrières civiles imitent l'exemple, subissent le sort des candidats aux^ écoles de l'État, les uns et les autres échapperaieot aux méthodes de bourrage et d'entraînement, ^ serifteni instruits et élevés comme des hommes. Je. ne suis pas compétent pour donner mon avis sur le fond même du concours ; mais j'ai le droit assurément de dire que le système actuel, n'est pas équitable, qu'il ne /net pas les plus capables à la pretoière place, qu'il prépare mal aux études de l'école^ qu'il compromet la santé des jeunes gens, qu'il sacrifie absolument ceux qui succombent, qu'il exerce une influence déplorable sur les autres études, et .qu'il ôte à l'Université et aux parents la direction de l'éducation.