CHAPITRE III
LA RBFORMB DU BACOAIiAURÉAT.
Pendant longtemps le baccalauréat a été pour nos écoliers un maître presque aussi dur que TÉcole polytechnique. Deux circonstances le rendaient moins terrible : d'abord, l'absence de limite d'âge. On peut se présenter deux fois par an, et cela indéfiniment. Il est vrai qu'il faut, bon gré, mal gré, être bachelier à dix-^huit ans. Le candidat assez malheureux pour échouer trois ou quatre fois et qui atteint sa vingtième année , se dégoûte et prend une autre carrière. (Ces sortes d'accidents, déjà fort rares, deviendraient impossibles si les examens de passage d'une classe à l'autre étaient enfin pris au sérieux.) L'autre avantage du baccalauréat, c'est qu'il est un examen au lieu d'être un concours. Quant au programme en lui-même, aujourd'hui ce n'est rien ; il y a vingt ans, c'était l'encyclopédie de toutes les sciences humaines. On se consolait de son immensité en pensant qu'il n'y avait en France ni un élève ni un maître qui fût capable de répondre à toutes les questions qu'il contenait. La conséquence d'un tel état de
choses était une incertitude cruelle sur le résultat de l'examen, et Tobligation d'effleurer une infinité de matières et de n'en approfondir aucune.
Aujourd'hui, grâce à M. Duruy, le programme a disparu. Mais nous verrons que le voisinage de la préparation aux écoles d'une part, et les habitudes contractées avant la réforme de M. Duruy de l'autre, conservent aux études de nos collèges ce caractère d'études préparatoires qui est le contraire des bonnes études. Il ne suffit pas qu'une réforme soit décrétée, pour qu'elle soit faite. Il y a, j'en conviens et je m'en félicite, peu de chose à changer dans le règlement ; mais il reste beaucoup à faire pour que la pratique soit tolérable.
Il existe une classe en Angleterre qui possède une grande partie du sol, vit largement de son revenu, n'embrasse aucune carrière lucrative et se destine uniquement à la vie politique.
Tu regere imperio populos ^...
Nous avions aussi, en France, avant la Révolution, des gentilshommes qui regardaient comme au-dessous d'eux d'exercer une profession : travailler, c'était déroger. Les nobles, s'ils étaient de grande maison, vivaient à la cour où ils obtenaient des emplois que la faveur donnait plutôt que le mérite ; d'autres prenaient le parti de l'armée en achetant une enseigne ou une compagnie; et ne commençaient à apprendre leur métier que quand ils étaient ainsi pourvus; d'autres enfin se faisaient de robe, comme la haute