DU PROGRAMME DU BACCALAURÉAT
bourgeoisie, et entraient dans le Parlement qui n'était pour beaucoup de conseillers qu'une décoration et l'occasion de se mêler un peu de politique ; quelques-uns, en petit nombre, vivant dans leurs terres, se formaient une bibliothèque et cultivaient les lettres sans ambition. Cette société est bien loin de nous ; les grandes fortunes territoriales disparaissent ; on ne se maintient au premier rang dans le monde des affaires qu'à force de capacité et de travail ; la plupart de ceux qui entrent dans la politique ont une carrière à côté qui leur donne une position solide; presque tout le monde est obligé d'avoir un emploi et d'exercer une profession, non-seulement pour être compté, mais pour suffire à ses besoins et garder son rang. La faveur ouvre bien encore l'accès à l'avancement dans quelques carrières, mais on s'est attaché à la brider par des conditions multipliées dont les principales sont les examens et les concours; nous y mettons une certaine exagération qui s'explique par la fréquence des changements politiques, source des abus de pouvoir et des méfiances contre le pouvoir. Ainsi pour ne parler que du premier pas, si l'on veut être avocat ou médecin, entrer dans la magistrature, au conseil d'État comme auditeur, dans plusieurs ministères comme simple expéditionnaire, dans l'enseignement, cela va sans dire, mais dans les plus modestes fonctions de l'enseignement, celles, par exemple, de maître d'étude, dans plusieurs grandes administrations publiques, il faut d'abord être bachelier; on exige même ce grade des candidats à certaines écoles qui subissent ainsi deux examens au lieu d'un. Aussi voyons-nous tous les élèves de l'enseignement secondaire se présenter
■Si.
40 NÉCESSITÉ DE CONSERVER kE GREC ET LE LATIN
à Texaitien du baccalauréat; les exceptions sont presque insignifiantes.
Bastiat a demandé dans un curieux petit livre intitulé Baccalauréat et Socialisme la suppression du baccalauréat, en attaquant surtout dans le programme ce qui se rapporte au latin et au grec ; mais il avait en horreur le peuple latin, qu'il appelait un peuple de pillards, et la langue latine qui, suivant lui, ne servait à rien:, qu'à empêcher d'apprendre autre chose. Je ne partage pas^ tant s'en faut, son horreur pour les Romains et pour leur langue, et par conséquent je ne saurais être touché de ses arguments. Si les études n'aboutissaient pas à un examen un peu solennel, les élèves se relâcheraient et nous verrions le niveau intellectuel baisser sensiblement. Faut-il ôter du baccalauréat les études grecques et latines ? c'est une question au fond toute différente ; et pourtant c'est aujourd'hui la mêmç question, puisque ces études font la moitié au moins du programme des collèges et de oelui du baècalauréat.
Le latin n'aqu'une sorte d'ennemis, et ces ennemis
sont les utilitaires ; mais l'antiquité classique a des ennemis dans deux: camps fort différents : d'abord dans celui des utilitaires qui, ne voulant pas même de la langue latine, sapent les études classiques par leur base ; et ensuite dans certains membres du clergé catholique et du clergé protestant, qui refusent d'admettre que le meilleur moyen de former des catholi- «[ues soit «de les mettre à l'école chez les païens. La querelle fut très-vive, parmi les savants allemands, de 1820 à 1825 ; elle a été renouvelée, en France, vers 1851, par l'abbé Gaume, dont un pamphlet très-violent, appelé le Ver rongeur, ût explosion en dehors du