DANS LES PROGRAMMES DU BACCALAURÉAT
monde des écoles, et appela poiyr quelque temps sur cette question l'attention du public. L'abbé Gaume déclarait toute l'antiquité antérieure à Jésus-Christ profondément immorale ; mais, dans son désir de conserver les études latines, qu'un prélat catholique ne pourrait sacrifier, il prétendait que l'Église avait donné naissance à une littérature latine aussi parfaite que la première, et que saint Augustin, par exemple, n'était pas moins bon latiniste que Cicéron. N'est-il pas étrange que Bastiat, qui est un utilitaire, ne reproche pas seulement au grec et au \sAin d'être inutiles, et se joigne à l'abbé Gaume pour attaquer la moralité des écrivains romains? Il va -sans dire qu'il ne l'attaque pas de la môme façon. « Je suppose, dit-il *, qu'il existe quelque part aux antipodes une nation qui, haïssant et méprisant le travail, ait fondé tous ses moyens d'existence sur le pillage successif de tous les peuples voisins et sur l'esclavage.^ Cette nation s'est fait une politique, une morale, une religion, une opinion publique conforme au principe brutal qui la conserve et la développe. La France ayant donné au clergé le monopole de l'éducation, celui-ci ne trouve rien de mieux à faire que d'envoyer toute la jeunesse française chez ce peuple, vivre de sa vie, s'inspirer de ses sentiments, s'enthousiasmer de ses enthousiasmes, et respirer ses idées comme l'air. Seulement il a soin que chaque écolier parte muni d'un petit volume appelé YÈvangile. Les générations ainsi élevées reviennent sur le sol de la patrie ; une révolution éclate ; je laisse à penser le rôle qu'elles y jouent.
1. Bastiat, Baccalauréat et Socialisme j chezGuillaumin^ éd. de 1850, p. 10.