DANS LES PROGRAMMES. DU BACCALAURÉAT
élever nos enfants pour notre temps et notre pays ; mais il ne faut pas séparer notre temps et notre pays de la tradition des races latines, et de la tradition humaine. Dans la série des faits historiques, et dans le développement intellectuel et moral de Thumanité, il ne peut pas et il ne doit pas y avoir d'abîmes. C'est une erreur de croire qu'on se sature, comme le dit Bastiat, de toutes les idées d'un peuple dont on étudie et dont on admire la langue. Il y a dans toute civilisation le grand courant humain, et les vices, les faiblesses, les égarements particuliers à chaque peuple et à chaque époque. Ce ne sont pas ces détails qui surnagent ; les idées éternelles font seules les œuvres éternelles. Nous ne donnons pas Pétrone à étudier à nos enfants ; et Bastiat , s'il sortait des généralités, aurait grand'peine à transformer Virgile en ennemi de la morale. Ce n'est pas non plus porter sur l'his-^ toire un jugement sérieux que de ne voir dans les Romains qu'un peuple de pillards et de possesseurs d'esclaves. La morale, comme la poésie et l'éloquence, date de loin; et il sera toujours sage aux hommes d'étudier et d'admirer ce que le temps a respecté, car il ne respecte que ce qui est grand et ce qui est vrai.
Il y a donc lieu de conserver au grec et au latin la part que nous leur faisons aujourd'hui, sauf à les enseigner d'une autre façon ; et il est d'autant plus nécessaire de les maintenir dans le baccalauréat, que c'est à peu près le seul moyen de les conserver dans les collèges. Ils sont de plus en plus rares, ceux qui ne cherchent dans l'étude que le bonheur d'étudier, de savoir et d'admirer. Comme on n'a pas besoin de savoir le latin pour être ingénieur ou receveur d'en-