‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 20 sur 135 · D EXCITATION ET D ENCOURAGEMENT · texte numérisé non relu

D EXCITATION ET D ENCOURAGEMENT

lier la condition d'admission dans la plupart des carrières, ce qui nous donne une certaine analogie avec les usages de la Chine. Je n'examine pas ici les règlements qui exigent qu'on soit bachelier pour entrer à l'école de Saint-Cyr ou dans le personnel d'une administration. Je me borne à ce qui est purement scolaire, et je dis que l'examen du baccalauréat importe au plus haut degré à l'avenir de nos facultés et de nos collèges ; et que notre habitude de considérer les études de collège comme formant à elles seules une éducation complète, rend encore le baccalauréat plus nécessaire.

En Allemagne, où l'on a placé un examen professionnel à l'entrée de la plupart des carrières, l'examen de maturité ou de sortie, qui répond à notre ' baccalauréat, est subi néanmoins par tous les étudiants, parce que l'immatriculation dans une fa- ; culte ne s'obtient qu'à ce prix, et qu'on ne passe point pour avoir fait des études complètes quand on n'a pas suivi les Universités pendant trois ans. En Angleterre où les Universités ne sont fréquentées:^ que par les jeunes gens de l'aristocratie, et par ceux qui se destinent au clergé ou à l'enseignement, on commence depuis quelques années à placer à la fin des études secondaires, des examens qui ne sont qu'un moyen d'excitation et d'encouragement, mais qui prennent faveur, et entreront de plus en plus dans les habitudes nationales. Plusieurs grandes écoles demandent aux Universités de leur envoyer à cet effet des examinateurs; et tout récemment, il s'est fondé à Londres une association qui n'a pas d'autre but que de fournir des jurys d'examen aux écoles qui lui en demandent. Quelque chose d'à-

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nalogue se passe •en France pour les jeunes filles. Quoique aucune loi ne leur interdise les grades universitaires, et que quelques-unes se soient présentées avec succès à Texamen du baccalauréat, il ne paraît pas probable que cet exemple soit souvent suivi ; mais comme il y a des examens spéciaux pour les maîtresses de salles d'asile, les institutrices du premier et du second degré, et les inspectrices, on voit à Paris surtout, et même en province, un certain nombre de jeunes personnes subir ces épreuves sans aucune arrière-pensée de se vouer à l'enseignement. Les parents qui exigent cela de leurs enfants ne cherchent dans l'obtention de ces diplômes ni une ressource éventuelle, ni môme un titre d'honneur. C'est à leurs yeux un moyen d'émulation, et il est vrai qu'il n'y en a pas de meilleur qu'un examen quand il est bien fait.

Au fond, Bastiat est à peu près le seul à réclamer la suppression absolue du baccalauréat ; mais on demande de diJGférents côtés, avec beaucoup d'insistance, de changer la composition des jurys d'examen.

Si je donne suite à mon projet de faire pour Renseignement supérieur ce que je fais en ce moment pour l'enseignement secondaire, j'aurai occasion de discuter l'organisation des facultés et tout le système de la collation des grades. Je n'en dirai ici que ce qui est indispensable à mon sujet. L'argument sur lequel on s'appuie pour refuser aux facultés la collation des grades, est tiré du principe de la liberté d'enseignement. Ce principe en lui-même n'est pas contesté. Nous avons la liberté de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire; tout le monde, je crois, est d'accord pour y ajouter la liberté

de renseignement supérieur. Les laïques se contenteraient de la liberté d'enseigner ; mais le clergé veut y joindre le droit de conférer des grades, et subsidiairement, comme on dit au palais, s'il n'obtient pas le droit de les conférer lui-même, il demande au moins que ce droit soit enlevé à l'Université, et conférée un jury mixte ; dans tousles cas, à un jury neutre. Je remarque d'abord que cette dispute est fort ancienne. Elle a été suscitée autrefois contre l'Université de Paris par les jésuites. La lutte des jésuites et de l'Université n'a pas duré moins de deux siècles. La bulle de Paul III Regimini militantis ecclesice^ qui institue la Compagnie de Jésus, est du 27 septembre 1540. Le collège de Clermont, qui fut depuis Louisle-Grand, fut ouvert à Paris en 1563, et on commença l'année suivante à y enseigner les humanités. L'Université fit aussitôt opposition devant le Parlement. Le procès, après avoir subi des phases diverses, était encore pendant lorsque, en 1594, l'arrêt qui condamna Jean Ghatel prononça la dispersion des jésuites. L'Université se crut délivrée ; il n'en fut rien. D'abord les parlements de Bordeaux et de Toulouse refusèrent de s'associer aux rigueurs du parlement de Paris, ce qui permit aux jésuites de conserver leurs maisons dans le midi de la France. En outre, ils avaient, sur nos frontières, les collèges de Douai et de Pont-à-Mousson, l'un en Flandre, l'autre en Lorraine, où les élèves français affluèrent tout aus- • sitôt* Rappelés par lettres patentes de Henri IV en septembre 1603, ils rentrèrent en possession de tous leurs collèges, et en fondèrent de tous côtés de nouveaux. Ils n'occupèrent cependant que trois ans après leur collège de Clermont, et durent subir de nom-

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breux procès avant d'y rouvrir leurs classes d'huma»nités, ce qui eut lieu avec un grand éclat en 1618. La prospérité de ce collège fut bientôt si grande qu'il ne comptait pas moins de cinq cents pensionnaires^ et qu'il fallait y retenir une chambre -un an d'avance. Les jésuites eurent en quelques années quarante collèges dans le seul ressort du parlement de Paris ; ils ne cessaient d'en fonder de toutes parts, à Rouen, à Rennes, à Angoulôme, à Bordeaux , à Toulouse, à Pau, à Lyon, à Billom, à Glermont, à Besançon, à Dijon, à Langres. On peut dire avec vérité qu'ils couvraient toute la France. Dans les procès qu'ils soutenaient presque sans interruptions, et dans les innombrables écrits qu'on publiait contre eux, on expliquait la rapidité de leurs succès par la gratuité de leurs leçons, car en aucun temps ils ne reçurent aucun payement des élèves externes, et par les concessions qu'ils faisaient aux enfants et aux familles, en rendant leur enseignement agréable, et en y joignant la danse, l'escrime et des représentations théâtrales. On mettait enfin, avec raison, parmi les puissants instruments de leur domination , l'habileté avec laquelle ils s'insinuaient auprès des grands, l'art infini qu'ils déployaient pour tirer parti de tous les événements, et les richesses en argent, bénéfices, immeubles, qu'ils arrachaient à la générosité dé leurs patrons. L'Université, ses avocats et ses défenseurs officieux, ne voulurent jamais compter aussi, au nombre de leurs avantages, l'excellence de leurs méthodes, la science de leurs professeurs, leur art souverain de s'emparer des esprits et de rendre l'autorité aimable. Tandis que l'Université s'obstinait dans ses anciennes règles, conservait des collèges dont les

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bâtiments s'écroulaient, et qui, souvent, n'avaient d'autres habitants qu'un principal et huit ou dix boursiers ; se consumait en luttes contre les ordres mendiants et en querelles intestines; réclamait de ses élèves une rétribution plus que modeste, qui ne lui épargnait aucun des ennuis et des embarras de la pauvreté, et dans son amour de la tradition se cantonnait volontairement dans ce qui avait été aux premiers siècles le berceau des écoles, refusant même pendant longtemps de passer la Seine et d'ouvrir un collège sur la rive droite ; les jésuites, débarrassés de tout cet attirail de fondations, la plupart insignifiantes, de dispositions étranges et surannées, ne consultant que l'intérêt de leur institut et le goût des familles, appliquaient partout un règlement trèsintelligent, une méthode très-sûre, et portaient les ressources de l'enseignement dans des villes où un collège était à la fois une nouveauté et un bienfait. Ils avaient à Rome, auprès du pape, leur général; en France, auprès du roi, le confesseur; ils en vinrent à un tel degré de puissance qu'ils purent une fois contraindre l'Université à accepter pour chef un ami notoire de leur ordre, qui fut promu sans élection , en vertu de lettres de jussion; il n'y avait pas eu d'exemple d'une telle violation des statuts, et elle ne se rôôouvela jamais. Au milieu de cette splendeur, une seule ambition leur restait, qu'ils ne parvinrent pas à satisfaire *. Ils voulaient être incorporés à

1. On lit dans les Constitutions de saint Ignace de Loyola, chap. xi : « La même raison de charité qui fait qu'on se charge des collèges et .qu'on y tient des classes publiques pour élever dans la bonine doctrine et dans les bonnes mœurs non-seulement les nôtres, mais plus encore les étrangers, pourra aller jusqu'à nous faire accepter la charge de quelques universités, afin de multiplier le bien que nous pouvons

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rUniversité et participer à la collation des grades. Leur première tentative un peu sérieuse, et qui faillit réussir, eut lieu très-peu de temps après leur premier exil. Ils avaient conservé, non sans lutte, le collège de Tournon, qui était dans le ressort du parlement de Toulouse. Ce collège, au seizième siècle, était le siège d'une Université qu'ils entreprirent de faire revivre; ils avaient même obtenu des lettres patentes, que le parlement de Toulouse avait enregistrées, lorsque les Universités de Valence, de Toulouse et de Cahors firent annuler cet enregistrement. Les jésuites en appelèrent de cette annulation au conseil d'État. Toutes les Universités, et à leur tête celle de Paris, se liguèrent pour leur résister, et obtinrent gain de cause. Battus de ce côté, ils songèrent à transformer en Université leur collège d'Angoulême. Aussitôt la ligue se reconstitua, et devant cet accord, les jésuites se sentirent perdus, ils reculèrent. A Paris, TUniversité voyait avec indignation leurs continuels empiétements. Forcée de souffrir l'existence de leurs collèges, elle se vengeait en défendant à ses boursiers de fréquenter leurs leçons et à ses suppôts de le leur permettre. Le recteur faisait afficher des ordonnances où il menaçait d'exclusion tout principal qui permettrait à ses écoliers d'étudier chez les jésuites. Pour comprendre ces interdictions il faut se rappeler que, des quarante col^ lèges que l'Université possédait à Paris, un petit

faire, et de l'étepdre^ autant par les sciences qu'on y enseignera que par les personnes qui y viendront prendre des grades, pour aller ensuite enseigner avec plus d'autorité ce qu'elles auront appris. » Cf. Crétineau-Joly, Histoire religieuse, politique et littéraire de la Coni^ pagnie de Jésus, 2' éd., Paris, 1846, t. IV, p. 146.

nombre seulement étaient des collèges de plein exercice, et que la plupart des autres n'étaient qu'une réunion de boursiers vivant en commun sous la direction d'un principal et suivant, en qualité d'externes, les cours d'un autre collège. La gratuité des leçons des jésuites était un puissant attrait pour les étudiants pauvres, et plus d'une fois, quand le recteur accompagné des censeurs procédait à la visite des collèges, il eut lieu de constater que ses prescriptions étaient enfreintes. L'Université ne se contenta pas de défendre à ses écoliers de suivre les cours du collège de Clermont. Elle prit le parti de demander un certificat d'origine à ceux qui se présentaient pour obtenir des grades, et d'exclure les élèves des jésuites. Vers la fin de 1642, le recteur ayant refusé d'admettre aux épreuves quatre écoliers du collège de Clermont, les candidats évincés se pourvurent devant le c'ônseil privé, et firent sommation à la Compagnie de Jésus d'intervenir dans la cause, comme partie intéressée. La Compagnie ne demandait pas mieux, et l'on peut supposer qu'elle avait elle-même cherché et préparé cette occasion. Elle présenta une requête dans laquelle elle rappelait que," déjà en 1618, deux facultés de l'Université, la faculté de théologie et la faculté des arts, avaient voulu fermer à ses élèves l'accès aux grades universitaires, mais que cette prétention avait été repoussée par le conseil d'État. Elle demandait en conséquence « que le collège de Clermont fust déclaré estre de l'Université ; le principal et les professeurs d'iceluy fondez en pareils droits, privilèges et prérogatives que les professeurs des autres collèges; les escoliers recevables aux degrez, et fondez aux mêmes

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(Jroits que les autres sans distinction. Et pour ce qu'il est évident, ajoutait la requête, que lesdicts recteur et supposts sont suspects pour les examens des escoliers des suppliants, plaise à Vostre Majesté ordonner, qu'après un examen valable , faict par devant les dicts suppliants, leurs dicts escoliers, trouvez capables, seront par eux receus aux degrés de théologie et des arts en ladicte Université, dont iceux suppliants pourront leur expédier toutes lettres nécessaires, en conséquence desquelles ils jouiront de tous privilèges, tant pour la nomination aux bénéfices qu'autres actes quelconques, dedans et dehors la dicte Université, ainsi que les autres graduez d'icelle, avec défense aux dicts recteurs, supposts et graduez de leur apporter aucun trouble. Et les dicts suppliants continueront leurs prières pour la santé et prospérité de Votre Majesté*. »

A juger sainement les choses, TUniversité n'avait pas raison dans son refus de conférer des grades aux élèves des jésuites. Mais les jésuites demandant à être traités autrement que les autres réguliers, et surtout, sous prétexte de suspicion des maîtres de rUniversité, prétendant obtenir le droit de se substituer à eux dans les examens, et d'introduire ainsi, dans le corps de l'Université, des membres qu'elle n'aurait pas choisis, qui lui auraient été imposés par ses rivaux et qui auraient participé à ses droits et à ses délibérations, n'allaient à rien moins qu'à ruiner l'Université, à l'absorber dans leur institut et à faire, avec le temps, du recteur et de son conseil, des sujets du général résidant à Rome. 11 était impossible que

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