‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 3 sur 135 · ib., chap. XIV, 1. 1, p · texte numérisé non relu

ib., chap. XIV, 1. 1, p

4. « Le yéritable savant et le véritable philosophe ne s'arrête ni à l'autorité des autres, ni à ses préjugés; il remonte toujours, jusqu'à ce qu'il ait trouvé un principe de lumière naturelle et une vérité si claire qu'il ne la puisse révoquer en doute; mais aussi une fois qu'il l'a trouvée, il en tire hardiment toutes les conséquences et ne s'en écarte jamais. » (L'abbé Fleury, Traité du choix et de la méthode des études, 1686, chap. xzi.)

l'éducation.

Quintilien, avaient dit avant eux qu'une bonne éducation ne consiste pas à charger la mémoire de l'enfant, et à y verser de la science comme dans un entonnoir, mais à développer et à discipliner sa force. Son éducation est achevée, non quand il obéit docilement à une règle imposée ou à un maître, mais quand il connaît bien son devoir et met son bonheur à le remplir ; son instruction, non quand il a amassé une ample provision d'opinions toutes faites , mais quand il s'est accoutumé à aimer le travail intelfectuel, et rendu capable d'y réussir. Vivre, c'est vouloir. Et même, en un sens, penser, c'est vouloir. Élever un enfant, en faire un homme , c'est éclaiiior et fortifier sa volonté *.

L'application de cette doctrine, qui sera éternellement vraie, devient plus nécessaire à mesure que la liberté politique se développe.

Avant la Révolution, la société était ainsi faite, qu'on avait besoin de moins de ressources personnelles qu'aujourd'hui. La vie était resserrée dans un plus étroit espace ; on y restait, on s'y soutenait ; les liens de famille, d'amitié, de voisinage, avaient une valeur qu'ils ont, en partie, perdue. Les esprits, comme les corps, manquaient d'horizons; il fallait croire, ou du moins agir comme si l'on croyait, sous peine d'ê-

1. Charron aussi a dit : « Le premier précepte, principal et fondement des aultres, qui regarde le but et la fin de rinstruction, et que je désire plus inculquer^ à cause qu'il est peu embrassé et suivi, et tous courent après son contraire, c'est d'avoir beaucoup plus soin d'exercer, cultiver et faire valoir le naturel et propre bien, et moins amasser et acquérir de l'estranger; plus tendre à la sagesse, qu'à la science et à l'art; plus à former bien le jugement, et par conséquent la volonté et la conscience, qu'à remplir la mémoire et reschaufîer l'imagination. » (De la Sagesse, liv. III, cbap. xiv.)

tre puni par la loi et condamné par Topinion ; de môme en politique. Enfin Tambition elle-même était circonscrite dans des limites sévères : l'argent, la naissance, les privilèges élevaient des barrières de tous côtés *. Aujourd'hui que toutes les doctrines sont discutées, toutes les carrières ouvertes, et, par la facilité et la rapidité des voyages, toutes les existences mobiles, on dépend beaucoup plus de soi, on soutient plus de luttes, et des luttes où on est seul contre tous ; on a bien plus besoin d'être armé contre Terreur, le découragement et Thomme-ennemi. Il nous faut une éducation qui nous iftsse penser, qui nous rende capables de lutter ; qui nous détourne avec une violence invincible de tout ce qui est déshonnête ou vulgaire. Nous avons à soutenir un rôle plus grand, mais plus difficile. Nous vivons plus, mais à plus de frais.

La France, après avoir été longuement renfermée en elle-même, a commencé à voir le monde, d'abord en le conquérant : elle ne Ta vu qu'avec son orgueil ; ensuite en subissant l'invasion : elle ne Ta vu qu'avec sa haine. A présent elle l'étudié. Elle a, depuis quarante ans, envoyé partout des savants pour visiter les écoles des autres peuples. De toutes ces étu-

1. Même alors on se plaignait des collèges. L'abbé Fleury, dont l'ouvrage est antérieur au Traité des Études de Rollin^ s'exprime ainsi {II,, chap. i) : « Les hommes les plus sensés et qui ont le mieux étudié se plaignent souvent de plusieurs défauts qu'ils remarquent dans nos études; ils voient qu'après que leurs enfants ont été huit uu dix ans au collège^ il leur en reste peu de chose qui leur soit véritablement utile, et qu'ils ont encore bien du chemin à faire pour se rendre capables de régler leurs mœurs^ de conduire leurs affaires, de se bien acquitter de tous les devoirs de la vie, en un mot pour devenir habiles gens et honnêtes gens. »

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des, qui ont redoublé dans les quinze dernières années, elle n'a pas tiré jusqu'à ce jour grand profit. Elle a pourtant appris ceci : c'est qu'en Angleterre et en Allemagne, on songe plus que chez nous à former la volonté. On y prépare à la vie ; nous préparons surtout aux examens. Sénèque, sous l'empire romain, se plaignait du môme mal : Non vitœ, sed schohe discirmis * .

J'ai lu avec intérêt le livre de deux professeurs, MM.DemogeotetMontucci, sur l'enseignement secondaire en Angleterre*. On voit que l'impression principale qu'ilfe ont reçue, c'est qu'en Angleterre on accoutume les enfants. à vouloir, et en France à être conduits. Gela est vrai en tout : pour les détails matériels de la vie, pour les relations avec les maîtres et les camarades, pour les jeux, pour les devoirs, pour la façon de se préparer à suivre la leçon, et jusque pour l'explication des auteurs. Chez nous, tout est règlement, silence, mémoire. Chez eux, tout est liberté, mouvement, effort intellectuel. Les deux auteurs ne sont pas éblouis ; ils voient l'excès ; ils signalent les côtés faibles ; ils montrent en beaucoup de points notre supériorité. Mais le grand caractère, qu'ils tracent fortement, c'est que toute l'éducation anglaise est un apprentissage de liberté et de virilité.

Ouvrez la barrière à deux jeunes hommes de vingt ans : l'un a gagné par son éducation un goût très-vif pour les lettres et une excellente méthode ; mais il ne connaît qu'un très-petit nombre de livres dont il comprend à fond, et dont il aime les merveilles ; l'autre a lu tous les passages difficiles des classiques

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