ÉTAT ACTUEL DE L^EXAMEN DU BACCALAUREAT
parle là des influences morales qui perpétuent le règne de la routine.
Il y a, de cette regrettable pérennité, une cause matérielle, indéniable, que tout le monde voit, qui provoque partout des plaintes et des réclamations, et que très-peu de personnes ont le courage d'attaquer en face. Cette cause, la voici : c'est que le programme du baccalauréat, en disparaissant, a laissé subsister dans son entier le programme d'études qui avait été fait d'après lui, et qui lui correspond très-exactement. Quand on avait les quatre cents numéros, on enseignait les quatre cents réponses, parce qu'il le fallait, et à présent on les enseigne encore, parce qu'on y est accoutumé et parce que le règlement des études n'a pas changé. On a supprimé le programme sans rien supprimer dans l'enseignement : c'est comme si on n'avait rien fait. On a d'ailleurs conservé la liste des auteurs spécifiés pour chaque classe. Quel est le professeur de rhétorique qui, depuis 1864, ait été libre de supprimer ou de remplacer un seul de ces auteurs? Où voifron qu'il ait été invité ou autorisé à ne plus enseigner tout au long ces préceptes souvent puérils qui constituent l'enseignement de la rhétorique proprement dite? Les professeurs d'histoire np déroulent-ils pas la même série de dates et de menus détails ? Les philosophes font-ils grâce d'un seul problème? Quand ils viennent à la partie historique, oublient-ils une seule école ? En est-il beaucoup qui renoncent, pour mieux faire connsdtre Descartes, à parler du P. Buffîer et de Silvain Régis? Fait-on moins de devoirs écrits? Apprendon moins de leçons par cœur ? Non-seulement on n'a rien supprimé, rien ; mais on a, chaque jour, alourdi
84 ÉTAT ACTUEL DE l'eXAMEN OU BACCALAURÉAT.
le fardeau. Les langues vivantes sont devenues obligatoires ; la géographie a pris une importance nouvelle ; il en est de même de la langue française, si étrangement négligée jusqu'à Tannée dernière*. On demande encore aux écoliers dix heures, onze heures, douze heures de travail par jour, et on dit avec raison que ce n'est pas assez pour ce qu'il y a à faire, et que c'est trop pour ce qu'un jeune homme peut supporter. On n'a pas le temps de respirer dans cette course effrénée ; penser est impossible ; vouloir serait un péril. Il faut se donner, se livrer, n'être autre chose qu'une mémoire. En un mot, c'est tout l'ancien système qui subsiste après que le programme du baccalauréat a été condamné, supprimé, anéanti. On dirait qu'il s'agit d'aller à l'assaut d'une place forte : les premiers ouvrages ont été emportés ; mais le vainqueur, qui se croyait déjà dans la place, voit se dresser devant lui une seconde enceinte^ aussi formidable que la première.
« Quoique pour l'ordinaire ce soit une règle trèssage et. très-judicieuse, d'éviter toute singularité et de suivre les coutumes établies, je ne ssds si, en matière d'éducation, cette règle ne souffre pas quelque exception, et si l'on ne doit pas craindre les dangers et les inconvénients d'une espèce de servitude, qui fait que nous suivons aveuglément les traces de ceux qui nous ont précédés, que nous consultons moins la raison que la coutume, et que nous nous réglons plutôt sur ce qui se fait que sur ce qui doit se faire*. »
N'est-il pas surprenant que tout le monde soit d'ac-