DEUXIÈME PARTIE
Il faut revenir encore sur ce point capital, de la domination exercée par le programme d'examen sur le régime entier de l'éducation. Quand on parle aux enfants, on ne songe qu'à leur ordonner d'être prêts pour prendre part au concours ; on ne pense aussi qu'à cela dans le choix d'un établissement, et dans les recommandations qu'on adresse aux maîtres. On ne s'informe pas du nombre d'enfants qui sortent du collège épuisés et malsains, mais du nombre de candidats reçus au baccalauréat et aux diverses écoles. Quelques parents visitent les salles, les cours, les dortoirs, se font présenter les aliments : ce sont les sages. Si on leur propose de prendre un peu sur le temps de la. préparation pour des exercices militaires, pour la promenade et la gymnastique, ils s'eflfrayent; et les maîtres eux-mêmes, intéressés par amour-propre au succès de leurs élèves, ne songent qu'à tirer de leur esprit tout ce qu'il peut donner, et se croient quittes envers le corps, pourvu qu'il ait une nourriture saine, et un médecin dans ses maladies.
92 NÉCESSITÉ d'une RÉFORME HYGIÉNIQUE.
En dehors même de cet éternel souci de Idi prépara^ tiorty qui altère profondément l'éducation intellectuelle, et ne nous laisse pas lé teiyps de songer à l'éducation physique, nous sommes fort étrangers, en France, aux véritables conditions de l'hygiène. Être bien nourris, bien vêtus, n'avoir pas froid, se bourrer de drogues au moindre malaise, et prendre de temps en temps un peu d'exercice, voilà le fond de notre sagesse; encore la mettons-nous surtout en paroles, et vivons-nous pour la plupart sans autre règle que nos goûts et nos habitudes. Nous ne voulons pas comprendre la nécessité de faire l'éducation du corps comme on fait celle de l'esprit, et de donner au corps humain les soins intelligents qu'on prodigue aux animaux de rapport : on dirait que l'hygiène de nos chenils et de nos étables nous importe plus que la nôtre, et que nous sommes indifférents à ces deux grands éléments de bonheur, la santé et la force. Quand les abus auxquels donnait lieu l'emploi des enfants dans les manufactures sont devenus absolument intolérables, les moralistes ont ému tout le monde en étalant cette horrible plaie sociale ; mais personne, si ce n'est M. de Laprade, et avec lui un très-petit nombre d'hommes de cœur, n'a fait un retour sur la situation de nos propres enfants, pour qui la préparation aux examens, le travail excessif, et l'absence de soins, ou des soins malentendus, sont aussi délétères que peut l'être pour les enfants d'ouvriers le travail prématuré dans les usines. Cependant, indépendamment de la tendresse paternelle, l'intérêt même de l'État devrait nous avertir. Il ne suffit pas d'avoir des fonctionnaires et des officiers capables; il faut en outre qu'ils soient bien portants.