LA NOURRITURE
légumes verts, est pour beaucoup dans la supériorité physique de nos voisins. Autrefois les Anglais se nourrissaient à peu près comme nous, et se portaient aussi mal. Je n'admire pas tout dans leur régime ; je crois le vin infiniment supérieur à la bière ; le pain vaut mieux que les pommes de terre; le café peut soutenir la lutte contre le thé fia vieille et honnête soupe française, le bouillon de bœuf avec du pain et des légumes, est aussi saine qu'agréable. Mais le principe anglais n'en est pas moins juste et bienfaisant. Ne pas surexciter l'appétit, ne pas le tromper; préférer le bœuf aux autres viandes et le rôti aux ragoûts : telle est la doctrine que je recommande en toute humilité ; et je ne la donne pas pour une découverte. A défaut de l'Académie de médecine, qui, je le crois, ne me contredirait pas trop, je puis m'appuyer sur l'autorité de Platon, qui lui-même faisait remonter beaucoup plus haut l'origine de son opinion : « Tu sais que, dans les repas des héros, Homère ne leur fait jamais manger de poisson, et cela, quoiqu'ils se trouvent au bord de la mer, sur l'Hellespont, ni de viandes bouillies, mais seulement des viandes rôties; apprêts commodes pour des gens de guerre, à qui il est bien plus aisé de se servir simplement du feu, que de traîner avec eux des vases de cuisine.
— J'en conviens.
— Je ne crois pas non plus qu'Homère parle jamais de ragoûts : les athlètes eux-mêmes ne savent-ils pas qu'il faut s'en abstenir quand on veut se bien porter?
— Assurément, ils le savent, et s'en abstiennent.
— Si ce genre de vie te parait convenable, tu n'ap-