‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 5 sur 135 · Montaigne, liv. I, chap. xxv, t. I, p · texte numérisé non relu

Montaigne, liv. I, chap. xxv, t. I, p

du baccalauréat pour que Texamen cesse d'être un examen de mémoire, et que les professeurs cessent d'être des préparateurs. Le programme, à une époque, avait compté jusqu'à quatre cents numéros ; il fallait mettre tout cela dans sa pochette ; il tomba à cent quarante-six, puis à soixante-neuf, et enfin M. Duruy,dans un moment d'inspiration, le supprima tout à fait. Nous verrons que, tout supprimé qu'il est, il exerce encore des ravages. Le même ministre ayant dit un jour après tout le monde : « H faut faire des hommes et non des bacheliers, » l'applaudissement fut universel. Qu'est-ce que cela, faire des hommes? Évidemment donner de la vigueur et de l'indépendance à l'esprit, accoutumer les enfants à penser par eux-mêmes, à user, en tous sens raisonnables, de leur liberté ; en un seul mot, à vouloir. La science dont on charge leur mémoire est chez eux et non pas à eux. Ils ne l'ont pas épousée. « Tout ainsi que les oiseaux vont quelquefois à la queste du grain, et le portent au bec sans le taster pour en faire bêchée à leurs petits : ainsi nos pédantes vont pillotants la science dans les livres, et ne la logent qu'au bout de leurs lèvres, pour la dégorger seulement et mettre au vent * . » Ils auront beau garder la science au bout de leur bec, et la dégorger avec suffisance ; elle n'ajoute rien à leur valeur si, par une compréhension complète et par une approbation raisonnée, ils n'en font pas leur opinion personnelle, et en quelque sorte leur substance propre.

Au fond, le vrai savant est celui qui s'est rendu amoureux de chercher, et capable de juger. On n'ac-

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