Montaigne, liv. I, chap. xxv, t. I, p
2. ■ Les heures de travail, de récréation, de sommeil sont réglementaires, entre 9 heures 1/2 et 11 heures, et partout les mêmes, avec les dififérences attribuées à la division des petits. Ceux-ci travaillent un peu EDoins,* et dorment un peu plus. On pourrait et Ton devrait diminuer les heures de travail, et accorder plus de temps aux exercices de la récréation et de la promenade. » (M. Vernois, Rapport sur Vélat hygiénique des lycées en 1867, p. 80. Cf. aussi la page 112.) Quelques proviseurs ont trouvé le moyen de diminuer la durée du travail et d'augmenter celle des récréations. A Vanvres, où la tyrannie des programmes ne se fait pas encore sentir, les grands élèves ont par jour 5 heures 1/4 de récréation et 9 heures 1/2 d'études ou de classe, et les petits 5 heures 3/4 de récréation, 7 heures 3/4 d'études.
3. Je ne réponds pas qu'au plus profond de la pensée des inventeurs, et avec les i-dées que le moyen âge avait léguées, ces maisons ne fussent en principe de véritables pénitenciers, et qu'il n'y eût pas dans la règle établie un parti préconçu d'infliger la douleur à Tenfant comme l'éducation nécessaire à notre nature corrompue. Horrible et naïve exagération du dogme du péché originel ! » (De Laprade, VÉdu-cation homicide , éd. de 1868, chap. i, p. 17.)
et dans ce siècle qui montre pour les botes une humanité dont je ne me plains pas, on peut répéter ce que Xénophon disait déjà aux anciens, que l'homme sait mieux gouverner son cheval que son semblable*. »
Je sais que les promenades du jeudi, si on veut bien les réformer, et les jours de sortie, sont de grands et puissants soulagements. Ce sont comme deux jours de jeunesse qu'on laisse prendre à nos enfants, sur les sept jours dont la semaine se compose; mais les cinq autres sont vraiment trop chargés. Il y a une trop longue contention d'esprit, une trop longue immobilité de corps, une ponctualité trop morne. On éprouve, en voyant ces jeunes gens et ces enfants, qui ont tous besoin d'expansion, de mouvement et de bruit, soumis à une si dure contrainte, le même sentiment qu'en parcourant un pays où la nature est facile et le gouvernement oppresseur. On dit que l'enfance est une époque heureuse de la vie ; oui, certes, si on voulait bien la laisser jouir de son bonheur. Beaucoup d'hommes habitués à parler par cœur sans se soucier de ce qu'ils disent,^ vont répétant qu'ils regrettent le temps de leur enfance. Et moi aussi, je regretterais mon enfance, si j'en avais eu une. Mais nos collégiens ne sont enfants que deux jours par semaine, et deux heures par jour le reste du temps.
M. de Laprade appelle cette éducation : Yéditcation homicide. Le mot est dur. Il a beaucoup irrité les professeurs de l'État, et même ceux de l'enseigne-
1. Labbé, des Réformes de renseignement secondaire, Paris, 1865, chap. iz, p. 114.
DANS LEUR RAPPORT AVEC l'hYGIÈNE.
ment libre, qui pour la plupart copient servilement les règlements de TÉtat. Il n'est pas juste, car, si on le prenait dans toute sa force, il voudrait dire que la mortalité est plus considérable et les maladies plus nombreuses dans les collèges que partout ailleurs. Or la statistique ne prouve rien de pareil. Il est trèsimportant de le constater, d'abord pour rendre hommage à la vérité, et ensuite, pour ne pas alarmer les familles par des craintes chimériques *. Mais on peut
1. En 1867, M. Vernoîs, membre de TAcadémie de médecine, chargé d'inspecter les lycées au point de vue de Phygiène, a constaté les résultats suivants :
Le lycée de Tours (à cause d'une épidémie d'oreillons) avait 20 malades sur 207 élèves
Vanvres avait 14
Paris (Henri IV) 5
Nancy 5
Versailles . 5
Angouléme . . • 4
Brest 4
Nice 4
Paris (Louis-le-Grand) 4
Bordeaux 3
Gaen
Tarbes
Vendôme
Agen
Bourg
Marseille
Metz ,
Paris (Saint-Louis) ....
Poitiers
La Rochelle
Toumon
Alençon
Auch
Bar-le-Duc
Coutances
Napoléon-Vendée.^. . , , Périgueux
hOI
dire que la santé serait encore meilleure d^ns les collèges, si Tiritérêt du corps y était un peu moins sacrifié à l'intérêt prétendu de l'esprit, et que l'esprit lui-môme gagnerait peut-être à faire moins de choses, et à faire mieux ce qu'il fait. « Comme les plantes s'étouffent de trop d'humeur, et les lampes de trop d'huile, aussi fait l'action de l'esprit, » dit Montaigne*. Les collégiens ne meurent pas, et ils ne deviennent ni idiots, ni phthisiques; mais ils auraient l'intelligence plus vigoureuse, et le corps plus dispos, si on écoutait une partie des conseils de M. de Laprade. C'est parce que nous le croyons, lui et moi.
Saint-Étienne avait.... » malades sur 149 élèves. Toulouse » — 207
Dans 46 lycées, il n'y avait aucun malade. (Vernois^ État hygiénique des lycées de Vempire en 1867, p. 20.)
On lit dans le même rapport^ p. 26 : < La question des épidémies est une des plus intéressantes à étudier dans les lycées. On peut poser en principe, qu'à part les épidémies de rougeoles, de scarlatines et d'oreillons, inhérentes pour ainsi dire à l'âge des élèves, les lycées traversent indemnes toutes les grandes invasions meurtrières de choléra, de suette, de variole, de méningite cérébro-spinale, d'angine couenneuse et de fièvre typhoïde qui désolent les villes ; et que, d'après des résumés qui me sont propres, le même bénéfice n'existe pas en faveur des établissements non-universitaires. Cela tient trèscertainement à la bonne discipline, à l'accomplissement régulier d'un régime bien surveillé, à l'impossibilité d'écarts graves dans les habitudes, et à tous les soins dont sont entourés constamment à toute heure de nuit et de jour les enfants confiés à l'Université. Il faudrait proclamer bien haut de pareils faits pour qu'ils puissentmrvenir à la connaissance de toutes les familles. »
Quant à la mortalité, M. Vernois, après avoir constaté que les familles retirent souvent leurs enfants dans les cas grave!^ déclare que^ dans une période de cinq ans, la mortalité a été de 1 sur 3000 à paii: près, soit 0,07 pour 500, tandis que d'après les recensements officiels, les décès moyens annuels pour les garçons de dix à quinze ans, dans la population française, soàt de 0,54 pour 100. (P. 28.) l. Liv. 1, chap. xxiv, p. 169.
DANS LEUR RAPPORT AVEC l'hYGIÈNE. 125
après un long examen des faits, que nous nous croyons obligés de parler de réforme, tout en convenant qu'il faut être très-conservateur en fait de pédagogie et ne réformer qu'à son corps défendant.
M. de Laprade, dans son ouvrage remanié et complété, a retiré ou du moins expliqué ce terrible mot d*ÈdiuMHon homicide qui avait causé tant de rumeurs. Le noble écrivain connaît trop bien l'Université pour ne pas Taimer, et tout en critiquant le régler ment, il proteste de son admiration et de son respect pour ceux qui ont la charge de le faire exécuter. Voici, à peu près, comment il entend la réforme pour la durée du travail ; nous parlerons plus tard de l'emploi du temps. Il accepte les quatre heures de classe; il voudrait réduire à quatre les sept heures d'étude. Il pense qu'un quart d'heure de liberté entre chaque exercice ferait beaucoup de bien aux enfants et ne ferait aucun mal à la discipline. Je suis de son avis sur ce dernier point, je vais môme jusqu'à souhaiter, avec M. Fonssagrives*, qu'on puisse un jour supprimer la distinction entre la récréation et l'étude comme cela se fait en Angleterre. Dans la plupart des écoles anglaises, les élèves, en dehors des classes, ne sont astreints qu'aux heures des repas et au couvre-feu. Ils sont obligés de remplir une tâche, et sévèrement punis s'ils y manquent; on ne les force pas de travailler à telle heure et de jouer à teUe autre. Ils sont libres de jouer, de se promener, de se rendre visite, de se réunir pour la conversation ou le travail*. Mais M. Fons-
\.VÉducatùm physique des garçons, par Fonssagrives, Paris, 1870, p. 136.
2. « Pour le logement des pensionnaires, deux systèmes divisent les