COMPARAISON AVEC L*ANGLET£RRE
sagrives sait bien que cette liberté, que je souhaite comme lui, suppose la suppression des salles d'étude et même le remplacement des grands internats par des pensions de famille. Les écoles publiques, en Angleterre, même les plus célèbres, n'ont jamais un très-grand nombre d'élèves. S'il y a quelquefois jusqu'à huit cents élèves à Eton, ils ne forment pas, conmieà Louis-le-Grand, par exemple, un pensionnat unique ; ces élèves habitent chez les divers professeurs, ou même chez des personnes étrangères à l'établissement, et il y a très-peu de familles qui reçoivent chez elles plus de sept ou huit jeunes gens ; les pensions
grandes écoles; dans les unes^ à Eton^ par exemple, chaque élève a d'ordinaire sa cellule : un lit-armoire se relève le jour, et la chambre à coucher devient un petit salon où le pensionnaire, assis, Thiver, auprès d'un brillant feu de houille, l'été près de la fenêtre ouverte sur la campagne, travaille librement à ses devoirs. Dans les autres, comme à Rugby, des dortoirs de deux à seize lits réunissent la nuit seulement plusieurs élèves; mais le jour ces élèves ont aussi leur petit retrait Les grands y travaillent seuls, s'ils le préfèrent ; avec un ami, s'ils le veulent. Les petits partagent une étude à deux, travaillent, et quelquefois sans doute ne travaillent pas, ensemble. C'est là qu'ils déjeunent le matin, là qu'ils prennent le thé vers six heures du soir. Ils s'invitent et se reçoivent les uns les autres à ces petits repas secondaires. Il est facile de voir que la tendance générale de cette éducation, c'est de faire de l'école l'apprentissage de la vie, l'initiation à un usage raisonnable de la liberté.
Leurs maîtres n'ont pas reculé devant une épreuve plus hardie, et dont le succès, au point de vue de l'instruction, est pour le moins contestable : ils ont effacé toute ligne de démarcation entre la récréation et l'étude. Une fois la classe et la répétition terminées, l'enfant est maître de son temps; il en dispose à son gré et sans aucun contrôle. Toute la campagne lui appartient, tous les jeux sont à sa disposition. 11 peut sortir de la maison et y rentrer quand il lui plaît : la seule restriction, c'est l'heure de la leçon, celle du repas et celle delà clôture. Le seul contre-poids à cette liberté excessive, c'est l'obligation d'avoir fini à temps le devoir imposé. » (Demogeot et Montucci, Bapport sur renseignement secondaire en Angleterre et en Ecosse, 1867, p. 18.)
ET l'allebiagne. 127
qui réunissent trente ou quarante élèves sont trèspeu nombreuses. Dans certaines écoles, les boursiers ou scholars vivent en commun ; ce sont des exceptions trè&-rares; car la plupart du temps la bourse est représentée par une somme d'argent qui diminue la dépense des familles, et n'impose d'autre obligation que de suivre en qualité d'externe les cours d'une école déterminée. Il en est de même en Allemagne, où les gymnases sont tous des externats, système infiniment préférable au nôtre, comme j'aurai occasion de le démontrer. C'est à peine si on trouve encore en Allemagne quelques gymnases [Alumnat) composés exclusivement d'internes, et un nombre tout aussi restreint d'établissements recevant à la fois des internes et des externes. Ce sont d'anciennes fondations, qu'on a eu raison de respecter, et qui ne forment qu'une minime exception à la règle générale ^ Dans de telles conditions, on peut se départir d'un formalisme trop étroit, parce que la surveillance, pour être cachée, n'en est pas moins facile et constante. L'institution des maîtres d'étude, qui nous cause ici tant de soucis , est presque totalement inconnue en Angleterre et en Allemagne. Elle est remplacée par le système tutorial, plus particulièrement développé dans les écoles anglaises, et par l'habitude, commune aux deux pays, de confier aux élèves les plus avancés et les plus distingués les fonctions de moniteurs. Tant
1 . On peut lire même aujourd'hui^ avec autant d'intérêt que de profit, le Rapport sur Vinstruction secondaire en Prusse, écrit par M. Cousin en 1831, et dont il a fait, en 1837, une seconde édition à laquelle mes citations se réfèrent. Voyez aussi Études sur Vinstruction secondaire et supérieure en AUevMigne, par Minssen, Paris, 1866, p. 10 sqq.) Hippeau, II,, p. 205 sg.
^- ISS RÉDUCTION DE9 HEURES DB 'TRAV^.
que nos lycées auront de grands internats et seront confinés dans les édifices actuels, qui ne permettent ni de renoncer aux dortoirs ni de remplacer les salles d'étude par des chambres particulières, il faudra que la durée et le moment des récréations soient fixés, sous peine de rendre le travail eVia surveil- ■ lance impossibles. ' f ^
Tout ce qui peut être permis à M. Foi^agrive9> . c'est de rêver une organisation meilleure, qui Inèlte ' les enfants arrivés & un certain Age en possession d'eux-mêmes pour tout le temps qu'ils prissent en dehors de la classe. Dans l'état où nous sommes, la , seule réforme qui paraisse possible est celle que ré-
clamé M. deLaprade,etqui consiste^ séparer chaque exercice par quelques minutes de récréation. Pour celle-là, je crois qu'on devrait l'essayer sur-le-champ. On l'a déjà mise à l'épreuve dans quelques-uns de nos collèges, et le résultat de l'expérience est satisfaisant. Lorsque M. Cousin visita le gymnase de Francfort, en 1631, les classes y étaient séparées par de courtes récréations de cinq ou six minutes, et cette coutume, qui s'est conservée partout oii deux classes se suivent (ce sont, comme on sait, des classes d'une heure), ne lui parut avoir aucun inconvénient*. Elle est également suivie par les écoles primaires, & Bàle, à. Zurich, et dans d'autres villes de la Suisse allemande, et les résultats en sont excellents pour la santé des enfants et même pour leurs études'. Je l'ai vu pratiquer avec succès, mais à une époque fort différente
1. Cousit), de l'Imtruttian lecondaire dnns h royaume di Prune, p. 143. — UiDSsen, II., p. 21.
3. i/yaténe tvAaire, par L. Guillaume, Genève, i8G4, chap. i, Paimt «nire ki l«font.
.:>. .r-V »tÙb»ucti6n des heures de travail. 129
. de la nôtre, et au milieu d'une population scolaire ' dont la composition, les idées et les habitudes éton- . ■ À^ient bien les lycéens de Paris, et peut-être même .rtniui de Pontivy et de Sainl^Brieuc. Lorsque j'étais ;&if collège dffXannes, en 1828, il y avait toujours dix . foinutes de récréation au milieu de la classe. Je ne donne paâ le collège de Vannes tel qu'il était alors p't^r un lAodële. Les classes étaient immenses et il .n'était pas rare d'y compter quatre-vingts ou même : œot ^ëve», ^us rangés sur une seule file contre la dtùraille. Elles étaient humides, dallées de grandes pierres et enfoncées au-dessous du sol; il fallait descendre deux ou trois marches pour y accéder, 11 n'y avait Jamais eu d'autre cheminée dans tout le collège que celle de M. le principal, tes poêles étaient incptanu3; je ne crois même pas qu'il y en'eût alors dans la ville. Nous étions tous pauvres, quelques-uns misérables et très-légèrement vêtus dans I98 plus grands froids. Nos classes donnaient par devant sur un désert qu'on appelait la cour et par derrière sur la campagne. Après la messe, que nous entendions tous les matins, nous avions un bon quart d'heure pour battre la semelle, et à neuf heures, ma foi! le régent frappait sur sa chaire avec une gaule, et nous commencions une ronde etTrénée en poussant des cris terribles. Cela nous remettait le cœur ; et dès que les coups de gaule recommençaient, aous courions à nos places tout essoufflés. A peine assis, la leçon reprenait et tout le monde était attentif. Ces souvenirs, qui datent de loin, me portent à supposer que M. de Laprade n'a pas tort de croire à l'innocuité des courtes récréations multipliées. Deux ou trois coups de poing donnés ou reçus, même quelques cris poussés à
pleine poitrine sans autre raison que le plaisir de crier, soulagent un jeune garçon et le mettent en spirit pour continuer la besogne. Ce n'est pas la discipline qui y perd quelque chose, c^est seulement le canty dont je ne me soucie pas le moins du monde. Je ne suis pas aussi complètement de Tavis de M. de Laprade sur les quatre heures de classe, qu'il accepte, et sur les quatre heures d'études, dont il se contente. Je pense que quatre heures de classe c'est trop long, et que quatre heures d'études c'est un peu court.
Les conférences de l'École normale, qui sont de véritables classes faites à des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans, très-studieux et très-sérieux, ne durent qu'une heure et demie; et dans cette durée le professeur trouve du temps pour tout. J'en parle par expérience, ayant été dix ans professeur à l'Ecole. J'ai aussi quelque expérience des classes de collège; et je crois qu'on obtiendrait, non pas les mêmes résultats qu'on obtient aujourd'hui, mais des résultats meilleurs, avec des classes d'une heure et demie, parce que l'attention serait continue, tandis qu'à présent on est distrait et épuisé pendant la dernière dê^ mi-heure. M. Adolphe Garnier, qui était très-habile dans les petites choses, ce qui ne l'empêchait pas d'être un de nos psychologues les plus éminents, avait réduit sa classe à. une heure et demie, quand il était professeur au collège Saint-Louis, et employait le reste du temps à faire faire une lecture. Je suis sûr d'avoir raison pour la philosophie et l'histoire j je n'ose pas m'avancer autant pour les autres études, mais je serais bien surpris s'il y avait contre cette abréviation des objections sérieuses. Je puis alléguer l'exemple d'Harrow, d'Eton, de Rugby, et de toutes
les grandes écoles anglaises, où les classes de deux heures sont inconnues ; et l'exemple, à mon avis plue décisif, de l'Allemagne, où les leçons ne durent pas même une heure, et sont des leçons proprement dites, tandis qu'on pourrait m'objecter qu'à Eton et dans quelques autres écoles anglaises, elles ne sont que des examens. Si je ne vais pas jusqu'à proposer sur4e-champ d'adopter le système allemand, qui consiste à faire dans la même journée plusieurs classes de trois quarts d'heure* ou d'une heure, c'est afin de modifier nos habitudes sans les transformer trop brusquement. On y viendra; mais dès à présent, nos habiles et intelligents professeurs donneront en une heure et demie toute la somme d'instruction qu'ils donnaient en deux heures ; ils seront mieux écoutés, et cela fera pour tout le monde un bénéfice net d'une heure par jour.
Si l'on gagne une heure sur le temps des classes, personne ne songera^ j'imagine, à en faire cadeau au temps des études, qui dure maintenant sept heures, et quelquefois même davantage. M. de Laprade voudrait réduire ces sept heures à quatre, et c'est ce qu'il appelle fort plaisamment une commutation de peine. Je crois qu'on peut accepter sans inconvénient, comme temps du travail intellectuel, trois heures de classe et cinq heures ou cinq heures et demie d'études, selon les âges; ou ce qui vaudrait mieux encore, cinq classes d'une heure, et trois heures d'études. Je suis persuadé que, malgré ce retranchement de deux heures , si l'on a<xepte quel^ ques modifications dans les méthodes d'enseignement