UTILITÂ DE LA GYMNASTIQUE
lourd et disgracieux; ils ne savent faire exactement que ce qu'ils ont appris, et sont les ph:tiiL:igftiiches du monde quand il est question de^ifi'applîquer à une nouvelle sorte de travail. Leurlbfte même, qui tient à l'usage constant des muscles, n'est pas toujours accompagnée d'une bonne santé. lï y a autant de difFércnce entre le mouvement uniforme, mal réglé, sans autre but que l'exécution d'un travail, et le mouvement étudié, varié, combiné, qui développe également chaque membre, et dont le but unique est de produire la vigueur et la santé, qu'entre les hurlements discordants qu'on entend le dimanche dans nos églises de campagne, et un concert de voix et d'instruments dirigé par un chef d'orchestre habile. Je ne sais pas si le laboureur tracera mieux son sillon, ou fera plus de besogne dans sa journée, pour avoir appris la gymnastique ; mais je suis sûr qu'il se portera mieux, qu'il se fera remarquer p'ar son aptitude à tous les exercices s'il entre dans l'armée, et que, quand il aura quelque chose à faire en dehors de son métier, ce qui arrive très-fréquemment, il le fera mieux que tous les autres. Cela est encore plus vrai pour les ouvriers que pour les laboureurs. Tous les ouvrages ne sont pas des ouvrages de force. Un forgeron, un charpentier a des bras redoutables; je ne vois pas ce qu'un tailleur ou un cordonnier, qui passe tout le jour, sur sa chaise ou son établi, occupé à coudre, gagne de force à ce métier-là. Un margeur reste constamment assis et ne fait qu'un mouvement machinal de la main ; un rattacheur se meut dans un espace de quelques mètres, et apprend tout au plus à faire un nœud dans un fil qui se casse. Ce n'est pas contre l'excès de mouvement, c'est contre l'excès d'immobilité qu'ils ont
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besoin d*étre protégés. Quand les enfants sortent de l'atelier, îtoiiCjBrassoient pas; ils courent: vous avez là une indication infaillible. En visitant, dans la Gi~ ronde, la maison de jedusion pour femmes qu'on a établie à Cadillac, 48tp8 le. château du duc d'Épernon, je remarquai que, pendant la récréation, presque toutes les femmes se promenaient une à une, à la file indienne, en gardant la distance réglementaire sous Tœil vigilant des sœurs, tandis qu'on permettait à une vingtaine d'entre elles de s'asseoir dans un coin de la cour, sur les marches d'un escalier de pierre. J'en compris la raison en visitant les ateliers : les promeneuses restaient toute la journée sur un banc, à couper et à coudre; et les autres se tenaient debout, occupées à repasser. Les rattacheurs sont aussi debout; mais ils ne font que quelques pas nonchalamment, et ce peu de mouvement n'apaise pas le besoin d'activité physique qui est si vif chez les enfants.
Mais il ne s'agit ici ni de jeunes ouvriers, ni déjeunes paysans. L'enfant dont nous nous occupons a été élevé dans une ville; il a très-peu couru et très-peu marché ; on l'a tenu cloué cinq heures par jour sur les bancs de l'école, et cela dès l'âge de six ans. A présent qu'il est au collège, s'il est externe, sa plus grande fatigue physique consiste à franchir quatre fois l'espace qui sépare la maison de ses parents du lycée ; s'il est interne, il a ses trois récréations, qui, mises au bout l'une de l'autre, ne font tout au plus que deux heures. La nuit, il couche dans la même chambre que trente camarades ; il passe avec eux, dans une autre chambre, sept heures par jour, et neuf heures s'il se prépare àl'École normale ou à l'École polytechnique, assis sur un banc et penché sur un pupitre, avec interdic-