‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 66 sur 135 · PREMIÈRES TENTATIVES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES TENTATIVES

formé une excellente commission, restée en activité, et qui ne demandait pas mieux que de me seconder. La Ville de Paris faisait des sacrifices. J'avais l'appui assuré, et très-intelligent, de mon collègue le général de Cissey. Quelques-uns des proviseurs étaient pleins de bonne volonté. Les élèves et les familles commençaient à répondre. J'espère que ce mouvement ne s'arrêtera pas. Il faut en haut une volonté Irès-ferme, parce qu'on a contre soi l'ignorance, la routine et les programmes d'examen. Nous avons eu, à Paris, le gymnase du colonel Amoros, qui appliquait les principes de Pestalozzi; celui de Triât; nous en avons aujourd'hui un assez grand nombre, entre autres, celui de M. Paz, où je me vante d'avoir été un élève assidu jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans. L'habile professeur du lycéeLouis-le-Grand,M. Laine, a gouverné longtemps la gymnastique à l'hôpital des Enfants malades, où ses remèdes, au témoignage d'un juge compétent, M. Bérard*, étaient plus efficaces que tous les autres agents de la thérapeutique. L'école de Joinville-le-Pont, dirigée dans le principe par le colonel d'Argy, et aujourd'hui par le commandant de Féraudy, fournit d'excellents moniteurs à toute l'armée. Il se fonde des sociétés libres de gymnastique, parmi lesquelles je veux citer celle de Reims, qui est admirable, et celle du Havre, dont j'ai l'honneur d'être président. On commence à faire des fêtes de gymnastique, comme il y a des assauts de maîtres d'armes et des concours d'orphéons.

1. Rapport à M. Fortoul, ministre de rinstruction publique, par M. Bérard, professeur à la Faculté de médecine de Paris, président de la commission de gymnastique. 13 mars 1854.

POUR l'enseignement de la gymnastique. 149

Tout cela n'est encore qu'à côté de nous, et non pas en nous. Les convictions sont très-rares. L'entrain n'y est pas. M. Bérard, dans son Rapport de 1854, affirme que sur 150 sous-officiers exercés au fort de Vincennes (ou plutôt au fort de la Faisanderie, à Joinville-le-Pont, près Vincennes), pas un seul, dans un espace de six mois, n'avait passé un seul jour à l'infirmerie. Il rappelle qu'à l'hôpital des Enfants, tous les malades qui avaient la chorée, maladie dont la source est dans le centre nerveux, ont été guéris par la gymnastique. Il demande pourquoi nous ne pourrions pas opérer sur le corps humain les merveilles que les horticulteurs et les laboureurs accomplissent sur les plantes et les animaux. « Créer la matière organisée, dit-il, est et sera à tout jamais au-dessus de la puissance de l'homme. Mais qu'on donne à l'homme une créature vivante, il la modifie, il la pétrit à son gré. Pour subvenir à ses besoins naturels, pour satisfaire ses appétits factices, il a transformé en quelque sorte les animaux qu'il s'est soumis. Chez ceux-ci, qu'il destine à sa table, il a amoindri le poids relatif du squelette, diminué la tête, raccourci les membres, et démesurément amplifié les masses charnues et succulentes que la digestion élaborera. Chez ceux-là, dont il utilise la vitesse, il a élevé la taille, effilé les membres, élargi la poitrine et desséché les muscles. Ce pouvoir de modifier les êtres vivants, il le fait sentir à ses semblables; et tandis que soumis à certaines pratiques, tel homme acquiert les formes athlétiques et l'énergie musculaire qui assurent le triomphe dans ces luttes si chères à l'Angleterre, cet autre, obéissant à des règles difl'érentes, se verra méthodiquement ré-

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